‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 46 sur 52 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

dérangé en personne, mon beau -père étant quelque chose dans les <k légumes y> de Tarrondissement, conseiller cantonal, si je ne me trompe, procéda d'une voix bredouillante à Ténonciation des articles du Code appropriés à la circonstance, et, finalement, à la question double, but de tout ce remue-ménage.

« Consentez- vous à prendre pour épouse Mademoiselle une telle ? consentez- vous à prendre pour époux Monsieur X ?... »

Il fut répondu « à haute et intelligible voix » de part et d'autre, je vous en réponds.

Le mariage religieux qui prit place un quart d'heure après en l'église Notre-Dame de Cli- ^ancourt, m'importait peu -~ et dirai*je qu'il importait peu à ma « femme » ? laquelle, en dépit du vernis que les bienséances sociales exigeaient encore en ces ères reculées, n'était guère plus croyante qne moi ni que ses parents...

£t Dieu ? Tel est le siècle, ils n'y pensèrent pas.

La seule, mais qui m'est bonne, particularitéde cette dernière cérémonie consista en la pré-

sence à la sacristie de Mlle Louise Michel, qui dans ce temps-là vivait de leçons en ville et en avait donné quelques-unes à ma femme. Elle n'osa, me dit-on après, en m'apprenant sa présence à la sacristie, car je ne la connaissais pas de traits, m'aborder pour me congratuler comme c'est l'usage, mais remit à ma femme quelques vers où elle nous engageait à rester de bons •citoyens s*appliquant à en procréer et à en former d'autres. Grand, naïf, trop bon cœur, mais si grand, celui-là, malgré tant de belles erreurs !

Et fouette, cocher, pour le déjeuner dinatoire rue Nicolet, le thé et le piano jusqu'à dix heures... et la nuit nuptiale ! .

LA nuit nuptiale ? — Elle fut tout ce que je m'en étais promis, j'ose dire tout ce que nous nous en promettions, elle et moi, car il y eut dans ces divines heures autant de déli* catcsse de ma pari et de pudeur de la sienne que de passion réelle, ardente, des deux côtés. Elle fut, cette nuit, sans pair dans ma vie et, j'en réponds, tl:uis la sienne, dans toute la sienne I Elle fut suivie de maintes autres nuits . consécutives qui constituent peut être le meilleur de mes souvenirs dans cet ordre de sentiments — car j'ai beaucoup aimé dans ma vie^ beaucoup trop ? eh bien, non ! décidément non I ^ Et l'amour, voyez-vous, croyez-m'en plutôt que de m'en blâmer d'avance, c'est sinon le tout, ah l du moins bien le presque tout, le mobile quasiment unique de toutes les actions dignes .

CONFBSSIONS

de ce nom» et ne me parlez pas d'autre chose» am-

bition, lucre, gloire î tout au plus peut-être de

TArt. Et encore, et encore, l'Art, tout seul ?...

Quoi quUI en soit, une semaine se passa dans la maison de la rue Nicolet puis une autre et

quelques jours dans un appartement que nous

occupâmes rue du Cardinal Lemoine, quinzaine

délicieuse, puérile et grave en même temps, qui devait cesser sitôt pour quelles années et pour <}uel avenir, Dieu vengeur !

Le 4 septembre éclata soudain comme une bombe malgré de déjà sinistres prévisions, mais le malheur surprend toujours. Hélas ! je Taccueillis avec un enthousiasme non coupable, puisque j'avais des convictions sincères et si désintéressées et que je restais patriote, oui, patriote et je sai.-: tous les raisonnements làcontre que je comprends sans les admettre ; mais vraiment quand j'y réfléchis hien maintenant que je n'ai plus guère d'opinions autrement que philosophiques, c'était mal de ne pas voir la France dans le désastre de FEmpire, mais la seule République, cette République revenant, elle aussi, somme toute (mais, c'est

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