‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 48 sur 52 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

jours, armé de mon fusil à piston qui devait bientôt se promouvoir en un fusil à « tabatière »

je montai des gardes combien inutiles î Dans les commencements, c'était véritablement charmant, véritablement, et je n'exagère en rien. D abord, on étail dans ce délicieux mois de septembre aux matinées aigrelettes et clairettes si préférées des gens matineux comme je Tai toujours été : la marche au pas, l'exercice, gymnastiques astringentes et apéritives au possible, etc., etc., quelles piquantes nouveautés ! Il y avait bien à cette médaille... militaire, un revers, qui était, immédiatement parlant (mats ceci rentrant un peu, en quelque sorte, dans notre plan héroïque à mon héroïne de femme et à moi), qui était cette séparation d'un jour et d^une nuit, d ailleurs vite et bien compensée par une mise s'cnsui\ auL ilcs s.n morceaux doubles », caresses et baisers, — et aussi, aussi, des habitudes de jeu de bouchon, de marchands de vin, de pipes, qu'on arrose et de propos... soldatesques qu'on échange puis qu'on retient, si bien, si bien, que notre première querelle eut lieu ! O la première querelle

dans un jeune ménagej quelle affaire ! Date mémorable, souvent fatale. Ce dernier cas fut

le nôtre.

Elle vint à propos d*une rentrée, tardive et des plus avinées ou absînthées, des remparts]

Ma femme éclata en sanglots dès m'avoir vu, puis en reproches... Çà, aussi, c'était en trop — et je me fâchai à mon tour. Et très haut. Le lendemain, qui était donc un jour de bureau et de repos relatif pour moi, comme je rentrais de meilleure heure que d'ordinaire, mon travail à 1 Hôtel de Ville terminé, ma femme n'y était pas.

« Madame a dit en partant qu'elle reviendrait ^ juste pour diner ; elle est chez ses parents. » Or ses parents, par une étrange stratégie en vue d'éviter le bombardement, avaient quitté leur maison de Montmartre pour prendre un appartement boulevard Saint-Germain ! A deux pas d'ailleurs de chez nous. Sans débrider, et un peu furieux, au tond, de quoi et pourquoi, je fis le mauvais geste d'aller là, — non sans avoir demandé depuis quand Madame était sortie.

Depuis peu. Mais les bonnes faut*il s'y fier, les

jeunes bonnes des jeunes femmes surtout ?...

Bien entendu je trouvai ma femme qui m'ac-

cueiilit même avec un plaisir sans nul doute sincère» mais qui, dans la disposition d'esprit où je me trouvais, me parut comme ironique, — et le soir, chez nous, après un dîner, brûlé, de cheval et de conserves de champignons, se produisirent la seconde scène et — > la première claque.

Dieu vous préserve d'entamer Tune et de donner l'autre !

Je devais, de par la logique même et la loi morale aussi bien que physique de la vitesseacquise^ amèrement regretter ma double initia» tive dans ce cas... de conscience.

C 'allait, parbleu ! ne plus finir. Qui a bu^ boira et tel, n'est-ce pas, mon Dieu, qui a frappé, périra frappé, selon votre parole. Avec des masses, des tas, des flottes de réconciliations sincères, comment donc ! ce fut toujours à recommencer. Tei un jeu de balles, de foot èally car cela en venait trop souvent jusqu'au trépignement. Et cela dura ainsi ba-' lancé, compensé, pour parler plus équipollem* meniy jusqu'à la fin du siège de Paris. Je passe sur les héroïsmes de ces mois plutôt maussades •et férocement enrhumés jusqu'aux rhumatismes futurs... et présents. Depuis, des bronchites, ■grâce auxquelles je pus quitter « les armes » et rentrer dans la vie privée, désormais une espèce d'enfer Intermittent duquel ne me tira, par d'étranges moyens, comme on va voir, et pour

un temps trop court ! que la Commune, ellemême, dans SCS suprêmes horreurs.

J'étais resté à Paris après le lô mars. D'abord^ j'y avais mon travail, précisément dans le locale siège de l'insurrection triodiphante ; ensuite ma mère, soutirante eu ce moment, y habitait toujours la rue Lécluse, puis nous y possédions, ma femme et moi, notre joli appartement sur le quai, avec un balcon qui nous était mitoyen avec celui de Mme Clément, femme du déjà célèbre alors ex-commissaire (impérial) aux.

délégations judiciaires, pour le moment à l'é^ tranger, enRn et plutôt surtout parce que le mouvement me plaisait, (ju'il me semblait une revanche sur la veulerie des gens du Quatre^ Septembre, que je com[)taîs des amis parmi le& nouveaux venus, Raoul Rigault, par exemple, mon camarade d'étude, pendant des années, à la pension L..., Jules Andrieu, mon collègue de tout naguère, à THotel de Ville, et d'autresen sous-ordre ; et encore cette dernière consi* dération ne primait pas dans mes motifs politi^ ques ; non, j'avais, dès l'abord, aimé, compris^ croyais-je, en tout cas bien sympathisé avec

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