‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 52 sur 52 · Ù0 CONFESSIONS · texte numérisé non relu

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ques heures les Ver^aillais occuperont le quar-. lier...

Nous mangeons de grand appélit, eux surtout, servis par la bonne remontée sur mes pas,, que nous plaisantâmes sur ses craintes et qui. parut plus tranquille désormais. Moî, cette* soudaine visite ti aii»is chers mais /)n''SLnls me contrariait un peu, étant donné les vues dont j*al parlé plus haut, — mais Tbospitalité, dans, des circonstances pareilles, primait tout, n'est» • ce pas ?

Vers dix, onze heures, nous perçûmes distinc-tement la fusillade qui s'approchait. Un bruit sec et roulant de moulin : le tic-tac, vraiment..* Et du balcon nous assistâmes au déploiement en, bon ordre du bataillon des vengeurs de Fiourens (Florence, prononçaient les gens de la rue, de même qu'ils disaient Félixe Pyat et Paschale- Grousset) gamins dans les quinze, seize ans,, vêtus en chasseurs à pied de la garde impériale, costume noir et vert, culottes de zouaves, largèceinture blanche, et l'air crâne, trop crâne,, mais qui se firent tuer jusqu'aux derniers, le^

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lendemain à la barricade du pont d'Austerlitz

par des marins par trop furieux vraiment...

En même temps sortait du campanile de ïHàtel de Ville une mince fumée noire ; et au bout de deux, trois minutes, au plus, toutes les fenêtres du monument pétèrent, laissant échapper d'é* normes flammes, et le toit s'écroulait parmi une immensément haute et large aigrette d'étincelles. Ce feu dura jusqu^au soir, tombant dès lors sous la forme d*un brasier colossal qui devint pour les journées s'ensuivant, un gigantesque fumeron. Et le spectacle, horriblement beau, fut repris à la nuit, par la canonnade des buttes Montmartre qui forma de neuf heures à trois heures du matin un feu d'artifice comme on n'en voit pas. Dans la journée nous avions eu l'explosion de la poudrière du Luxembourg, terriblement forte, et Tinvasion, pleine de promesses, dans l'escalier de la maison, d'une iouie de gens avec leurs hardes, échappés des entours du Panthéon sur la menace et^ dans leurs esprits, la certitude de rîmmî-* neute destruction par la mine, de l'œuvre de Soufflot. Ma femme n'était pas revenue, ce qui

ne m'étonnait pas par ces circonstances et j'étais bien anxieux de ce que devenait ma mère dans un quartier paisible d'ordinaire, mais, dès le principe, fortement travaillé dans le sens insurrectionnel... Vers quatre heures du matin, mes hôtes couchés sur des matelas dans la salle à manger, moi dans la chambre nuptiale cette fois déserte, comme Taube se levait radieuse dans le ciel tout retentissant du bruit infâme de la bataille, — un grand coup de sonnette nous fit ,tressaiilir. Je courus à moitié nu à la porte : ma mère, haletante, avait passé la nuit entière à franchir des barricades assiégées : tout à l'heure, là, tout près, n*avait*elle pas assisté, rue de Poissy, à un massacre d* «, insurgés», hommes, femmes, enfants.

Oh, disait-elle en frémissant encore, je suis femme de militaire, mais, aujourd'hui, j'ai l'uniforme et les armes en horreur.

Combien de baisers, n'est*ce pas, et quelle effusion !

— Et ta femme ?

A ce moment un second coup de sonnette se fit entendre. C'était ma femme. Enfin I Cette

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fois je i*embrassai bien fort et nous pleurâmes de joie tous trois. On s^occupa de faire évader nos amis compromis, ce qui eut lieu» grâce à ma garde-robe dégarnie et celle un peu aussi, de l'excellent propriétaire d*a1ors, M. Brazies père qui se prêta, en véritable homme de cœur à cette œuvre de salut. Les fugitifs purent regagner leurs domiciles sains et saufs, moyennant toutefois une petite aventure arrivée à Lepelietier qui, s'étant engagé pour la durée de la guerre, avait fait vaillamment toute la campagne de Paris depuis la retraite de Mézières, et qui, à ma porte, rencontra des soldats de son régiment conduits par un sergent qu'il connaissait pour avoir bu avec lui à la cantine, et avec qui il but, cette fois, à la cause de TOrdre N. de D î

Eux partis, ma femme nous coniia qu'elle était enceinte de deux mois passés : ce qui, pour quelque temps, me ramena vers elle, scion, d'ailleurs, les conseils de ma mère qui se doutait bien que tout n'allait pas pour le mieux dans mon ménage.

£t tout alla cahin-caha dans ce ménage...

gôi coifPissibNi

jusqu'à l'arrivée à Paris, vers octobre 1871, d*Arthur Rimbaud, pour qui ma femme conçut

tout de suite une jalousie absolument injuste, alors ! dans le sens vilainement désobligeant qu'elle Tentendait... Il nes'agisaait en principe, won pas mcmc d'une affection, d'une sympathie quelconque entre deux natures si différentes que celle du poète des Assis et la mienne, mais bien d'une admiration, d'un ctounement extrêmes en face de ce gamin de seize ans qui avait dès alors écrit des choses, a dit excellemment Fénéon, peut-être au-dessus delà littérature»...

Ici finissent, pour un temps peut-être, mes « Confessions j>. L'ensemble de mon œuvre en prose et en vers témoigne assez, d'aucuns disent ou trouvent que c'est trop, de beaucoup de défauts, de vices même, et d'encore plus de malechaUce plus ou moins dignement supportée.

Mais tout de même et sans trop de vanité ou

d'orgueil miens, le mot de Rousseau peut servir de morale moyenne à ma vie :

« On est fier quand on se compare ».

Ou plutôt, pour conclure comme le chrétien

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que j*ai essayé d*être et qui ii*est peut-être pas tout à fait submergé, ne dois je pas répéter, pariant de tout mon passé, avec cet autre confesseur de soi-même, l'adorable évêque d^Hippone :

« Domine, noverim, te l »

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