‹ Confidences d'un journalisteChapitre 20 sur 55 · L. Massicault · texte numérisé non relu

L. Massicault

J*ai répondu à cette lettre dans les termes suivants :

Nantes, le 7 mai 1875* Monsieur,

J'ignore quelles sont vos habitudes. Quant aux miennes, elles ont toujours été absolument réfractaires à ces falsifications d'écriture où quelques-uns de vos amis excellent. D'autre part, il ne m'est jamais arrivé, comme on dit qu'il arrive à quelques-uns de vos chefs, de modifier mon langag;e parlé pour le reproduire comme langage écrit. Enfin, jusqu'à ce moment, je n'ai permis à personne de prétendre qu'une de mes affirmations manquât d'exactitude.

d'un journaliste 213

Aussi ne serez-vous point surpris que je n'accueille ni vos observations, ni vos critiques.

En premier lieu, la déposition que j'ai faite devant la commission de la presse se trouve transcrite avec une précision pour ainsi dire sténographique dans mon journal du 4 mai ; et, si vous aviez mis à Técouter autant d'attention que j'ai apportée à écouter la vôtre, vous vous seriez épargné la peine de m*adresser, à son sujet) des réclamations mal fondées.

En second lieu, j'ai réellement et très clairement prononcé les paroles qui semblent vous déplaire, et je suis certain que les notes de MM. les secrétaires de la commission en font foi. Je crois, puisque vous le déclarez, que vous n*assisliez pas à la réunion des journalistes où il a été émis, à une grande majorité, un vote contraire à l'expédition par ballots; mais ce vote n'en existe pas moins, et j'aurais manqué à mon devoir, après avoir été, l'an dernier, chargé de l'appuyer auprès de la commission présidée par M. Léonce de Lavergne, si j'avais négligé d'en donner, il y a huit jours, connaissance à la commission présidée par M. Dufaure.

Devant cette dernière commission, vous avez parlé dans l'intérêt d'un parti politique. Je me suis exprimé, moi, non seulement dans l'intérêt du journalisme départemental, mais encore dans l'intérêt de Tordre social. Voilà tout le secret de la différence de nos deux langages.

Je compte, Monsieur, sur votre courtoisie pour l'insertion de la présente lettre, et je vous prie d'agréer l'assurance de ma considération distinguée.

Ernest Merson.

M. Massicault a repris la plume pour m'ôcrire ce qui suit :

Paris, 8 mai 1875, Monsieur,

Ma lettre du 5 mai a rectifié une assertion inexacte de votre déposition écrite, à savoir que j'aurais été présent à certaine réunion présidée par vous, et dans laquelle je me serais associé à une résolution différente de celle que j*ai soutenuedevant la commission de la presse, touchant le transport des journaux par ballots. Que vous permettiez ou non qu'on prétende que vos affirmations manquent d'exactitude, le fait est que celle-là en manquait, et qu'il m'appartenait de le constater. Je Tai constaté en termes convenables, ce me semble, et votre courtoisie, à laquelle je me suis adressé, m'a donné la réparation qui m'était due par l'insertion de ma réponse. Vous prenez texte de cet incident pour vanter vos habitudes et accuser celles de « quelques-uns de mes amis. » Je n'ai rien à débattre là-dessus avec vous. — D'autre part, vous me demandez de publier votre lettre. Je n'ai pas non plus à vous accorder cette demande, ma contestation n'ayant pas dépassé les colonnes et par conséquent la publicité de V Union bretonne. Vous avez pu remarquer, en effet. Monsieur, que les paroles relevées par moi. et que vous auriez prononcées, — que vous avez prononcées, si vous l'exigez absolument, — n'ont été reproduites par aucun des journaux qui ont rendu compte de la réunion.

Je vous autorise. Monsieur, à publier ou non, selon votre gré, la présente lettre, et je vous prie d'agréer l'assurance de ma considération distinguée.

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