‹ Confidences d'un journalisteChapitre 27 sur 55 · Q6 CONFIDENCES · texte numérisé non relu

Q6 CONFIDENCES

gion déterminée, llestbien entendu qu'on parle ici, non pas d'une organisation platonique, superficielle et par conséquent stérile, mais bien d'une organisation sérieuse, pratique et permanente, dans le programme de laquelle se trouve comprise la résidence obligatoire pendant plusieurs mois chaque année. La résidence, en effet, est Tunique moyen d^entretenir des rapports suivis avec les populations, de se créer parmi elles une clientèle, d'y développer son influence et d'y faire progresser l'esprit politique.

Prenant pour exemple la région des département» de l'Ouest, on peut dire que si M. Henri Cheveau était chargé d'y organiser le parti bonapartiste, il devrait habiter pendant une portion de Tété, soit la Loire-Infèrieure, soit TlUe-et- Vilaine, soit le Morbihan, afin de faire rayonner utilement son action sur le Finistère, les Côtes-du-Nord, la Vendée et d'établir partout des rapports avec les chefs départementaux qu'il aurait choisis et qui devraient eux-mêmes, jusqu'aux iirrondissemeots, aux cantons et aux communes, s'appliquer à lui créer des relations suivies pour une action uniforme. Sans résidence obligatoire rien n'est possible, ou, pour mieux parler, rien d'efiicace ne saurait se pratiquer ou seulement s'entreprendre.

Mais est-il donc malaisé à des hommes de conviction et de dévouement de s'y astreindre, lorsque l'intérêt public le leur conseille et que les nécessités sociales le leur imposent?

l'action

L'action est simple, et non multiple. Elle n'offre poiut de difficultés insurmontables. Seulement, elle ne doit subir nul

d'un journaliste 267

retard, et il y aurait un danger considérable à ne pas y avoir recours dans les conditions les plus larges et les plus complètes. Par action on entend la propagande, c'est-à-dire la création de journaux bonapartistes partout où ils font défaut. C'est là le to he or not to he du parti. Sur tous les points nous sommes attaqués, calomniés, outragés ; sur tous les points, à peine d'un dommage propre à déterminer la chute définitive, il e^t indispensable que nous soyons en état de nous défendre, de redresser Terreur et de repousser l'injure.

Sous l'Empire, les républicains ont créé et répandu des journaux afin de séduire Topinion, Sous la République, nous devon« faire ainsi pour la regagner ou pour la maintenir.

Voilà le seul agent actif qu*il soit nécessaire d'employer. Tous les autres doivent être négligés pour celui-là ; c'est-àdire toutes les forces vives du parti, à peine de s'égarer, doivent se porter de ce côté, surtout quand on envisage l'influence que la presse a exercée dans le grand débat électoral du 20 février. Et, à ce sujet, quelques exemples contribueront à porter la lumière sur une nécessité d'ordre tout à fait exceptionnel, et à démontrer que, avec les journaux, tout e^t possible, tandis que, sans les journaux, rien n'est praticable. Ainsi, dans le Finistère où il n'existe pas de journaux bonapartistes, il ne s''est pas présenté un seul candidat bonapartiste; et cependant les populations sont en grande majorité dévouées à l'Empire; dans les Côtes- du-Nord, un journal bonapartiste et deux élus du parti; dans le Morbihan, point de journal et point de candidats; dans la Loire- Inférieure, un journal, quatre candidats et trois élus; dans le Maine-et-Loire, un journal, trois candidats et deux élus ;

dans la Vendée^ point de journal, un seul candidat et pas d'élu ; dans riUe-et-Yilaine, point de journal et point de candidat; et rille-et- Vilaine est, comme la Vendée, tout à fait bonapartiste !

Cela signifie que les populations s'abandonnent quand on néglige de les diriger, et qu'elles se dispersent lorsqu'on cesse de faire fiotter au milieu d'elles le drapeau de la foi et du ralliement.

Ce qui s'est passé au 20 février sVst confirmé le 21 mai, et l'on peut affirmer sans craindre un démenti ou seulement une contestation, que MM. Haentjens, d'Ornano, de Feltre et surtout M. Peyrusse n'auraient pas triomphé si, eombattus à outrance par la presse hostile, ils n'avaient pas été appuyés avec énergie par la presse amie.

Ce qu'il faut, c'est au moins un journal par département.

On avait cru, en un temps, à l'efficacité des feuilles régionales. Ç^a été une erreur. De même que raction du journal de Paris est nulle sur la province autrement que pour maintenir la doctrine, Tactîon du journal provincial est stérile en dehors du département même où il se publie. Ainsi la Sarthe, du Mans, n'exerce pas une influence électorale dans l'Eure-et-Loir, non plus VArmoriquef de Saint-Brieuc. dans le Finistôie, non plus V Union Bretonne, de Nantes, dans rille-et-Yilaine. Un journal est un centre dont les rayonnements sont restreints, en ce sens surtout qu'il doit être considéré comme un élément de groupement et que le groupement est exclusif de l'extension. L'Union Bretonne, par exemple, a formé aisément un comité dans la Loire-Inférieure ; il ne lui a pas été possible d'en constituer un autre dans la Vendée. Or, il y a eu réussite là où un comité exis*

d'un journaliste 269

tait appuyé par le journal ; il y a eu échec là où un comité n'existait pas en Tabsence d'un journal.

Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, démontrent qu'un organe bonapartiste, quotidien, semi-quotidien, ou simplement hebdomadaire, est absolument indispensable au chef-lieu de chaque département.

Si toutes les conditions qu'on vient de dire sont remplies sans relard, en vue des élections municipales qui auront lieu dans quelques mois, des élections des conseillers généraux qui auront lieu en 1877, des élections sénatoriales qui auront lieu en 1879. et des élections législatives qui, suivant les circonstances, peuvent avoir lieu d'un instant à l'autre, le parti bonapartiste se constituera fortement et victorieusement. Si on les néglige, il s'affaissera, peu à peu, écrasé par le fait républicain, dont l'influence est en progrès incontestable, et l'Empire, encore une fois, passera à l'état de légende.

Voilà ce que, dans son dévouement, un ami sincère se permet de dire à Son Altesse Impériale, comme, à une autre époque, il avait pris la liberté d'exprimer à l'Empereur son opinion pleine d'angoisses et de pressentiments douloureux au sujet de la liberté de la presse et du droit de réunion.

A quelques semaines de là, j'appris que ce projet d'organisation avait été discuté et approuvé à l'unanimité par le Conseil du Prince Impérial. J'ajoute, à ma grande confusion, qu'il n'a jamais été appliqué. On me permettra de croire que c'est dommage.

Plusieurs fois, depuis lors, je suis retourné à Gamden, appelé par le Prince. A chaque voyage, j'ai porlé des avis, des observations, presque des doléances. Toujours j'ai élé accueilli avec une bonté exquise, une bienveillance sans bornes.. L'Impératrice et son Fils se sont associés ^ toutes mes joies comme à toutes mes douleurs : par exemple, lorsque j'ai eu le chagrin de perdre ma sainte mère, ils ont daigné m*adresser l'un et l'autre leurs compliments de condoléance; au mariage de mon fils Ernest, ils m'ont envoyé leurs compliments de congratulation; pendant une maladie qui m'a atteint en 1879, ils ont chargé le commandant RoUin, ancien maréchal des logis du palais, de prendre et de leur envoyer de mes nouvelles chaque semaine.

On ne saurait être plus parfait.

Aussi quand les journaux annoncèrent la détermination trop généreuse prise par le Prince d'aller dans le Zoulouland combat' re les sauvages avec les Anglais, ma première pensée, une pensée d'inquiétude et de dévouement, fut d'aller supplier M. Rouherdefaireun effort énergique pour en empêcher la réalisalion. « Le Prince, lui dis-je, a charge d'âmes : il ne s'appartient pas. Son existence nous est trop précieuse pour qu'il l'expose, dans un climat perfide, au fer ou au feu de peuplades barbares. Pour Tamour de Dieu et pour l'intérêt de la France, emiJÔchez-le d'accomplir cette héroïque folie. » Je prêchais un converti. L'illustre homme d'État était plus ému que moi-même d'une

d'un journaliste 271

décision qu'il avait lieu de croire irrévocable. Il perlit pour Ghislehurst; il supplia avec des larmes le Prince de renoncer à son projet (1). Il échoua, hélas ! et quelques mois plus tard, il retournait, éperdu, en Angleterre, mettre au tombeau les dépouilles de l'admirable jeune homme, tombé là-bas dans un guet-apens misérable.

On a essayé d'indiquer les motifs qui ont porlé le Prince à aller affronter et trouver la mort dans le sud de l'Afrique, alors que tant d'intérêts divers devaient le retenir en Europe. On est tombé dans l'erreur et l'on n'a pas rencontré la vérité. Cette vérité, je crois la connaître; mais il ne me semble pas opportun de la

(1) Voici la lettre que M. Rouher m'adressa, à son retour de Ghislehurst, dissimulant ses alarmes pour dissiper mes anxiétés :

Mon cher Mer^OD,

Il était naturel que nos amis fa>sent tout d'abord eiïrayés des d»ngers aiïrontés et nés conséqnences désastreuses d'one mort renc ntrée sur ces rivages lointains. Lp groupe de l'Appel an p*'nple a snbi cette impression. Surpris par celte nonv Ile imp'évue, il s'est abanilonné à une désapprobatinn bruyante.

Ce désarroi commence à disparaître. L'opinini générale admire la résolution du Prince. Elle comprend que, pour lui, les périls sont partout, et qun peutêtre ils sont moins grands en Afrique que dans les rue^ de Londres, où le radier iisine fomente l'assassinat.

Elle ne s'arrête pas hux inconvénients d'une absence de quelques mois. Elle comprend que l'enthon.siasme de la nation anglaise est une grande force à Textéfieur, et se déversera utilement sur notre pays.

Au retour, le Prince aura conquis une force et un prestige nécessaires à l'accomplissement de si mifsion. pendant que la République aura descendu les derniers degrés. Pendant son absence, ses partisans ont le devoir de houtenir sa cause avec plus d'énergie que jamais, et je suis persuadé que tous le comppr ndront ainsi.

Communiquez ces sentiments autour de vous. Vous les ferez partager facilement.

Recevez l'assurance de mes meilleurs senliments.

Page 1