LA DIRECTION
M. Rouher est le chef incontesté, respecté, obéi du parti à l'intérieur. Nul autre que lui ne saurait avoir l'autorité et ne pourrait ex€rcer le prestige et à la fois commander la confiance. Il a cette chance heureuse et rare de dominer
toutes les rivalités et d'être le premier de tous autant par Padhésion des adversaires que par Taccord des amis. Les difficultés que quelques-uns ont malencontreusement essayé de lui susciter n'ont fait que l'affermir, loin de Tébranler. Toutefois M. Rouher, qui pouvait suffire à la tâche pour faire sortir le bonapartisme de ses ruines, s'y épuise presque en vain depuis que le parti a reconquis sa place dans le mouvement des opinions et se trouve représenté dans le Parlement par une minorité imposante, c'est-à-dire depuis que, pour lui, la multiplicité du travail s'est développée en même temps que la multiplicité des devoirs. Le général en chef d'une grande armée a des obligations autres que le commandant d'une troupe de partisans ; et, sous peine d'échouer dans son œuvre, il a besoin de s'entourer d'un per« sonnel suffisant d^officiers qui l'assistent, portent ses instructions sans qu'il soit contraint de les transmettre luimême, et fassent exécuter ses ordres sans qu*il se trcave condamné à les notifier en personne. Ce quUl faut à M. Rouher, c'est un état-major, ou, pour parler plus exactement, un ministère, dont il sera le président, et qui, sous sa direction supérieure, s'appliquera à pourvoir à toutes les exigences que la situation actuelle indique et à celles plus considérables encore que la marche des événements déterminera.
Il serait puéril d'insister sur ce point. Néanmoins il n*est pas superflu de dire que le besoin d'une direction active devient très pressant et qu'il serait dangereux de ne pas procéder d'urgence à son égard.
d'un journaliste 265
l'organisation
Sous ce rapport, on a beaucoup tenté depuis cinq ans ; en réalité, on n'a presque rien fait.
Tandis que le parti républicain a été organisé par les sociétés secrètes; tandis que le parti légitimiste possède des cadres très sérieux formés des nobles et des prêtres ; tandis que le parti orléaniste, composé de bourgeois, porte son influence, suivant les événements, tantôt à la Royauté, tantôt à la République, le parti bonapartiste est abandonné presque à lui-même. Il représente une armée très nombreuse, dépourvue de sous-officiers et d'officiers et se ralliant à peine au mot d'ordre de quelques généraux, qu'on vpit de temps en temps, presque par hasard, parce qu'ils ont le tort grave de résider partout ailleurs que dans leurs camps. Les orléanistes habitent les villes ; les légitimistes habitent les campagnes, en même temps que le clergé ; les républicains se répandent dans tous les sens ; les bonapartistes ne sont nulle part, et on ne les voit apparaître que tardivement à l'heure de la lutte et quand ils ne peuvent exercer qu'une influ nce insufiisante.
Il en résulte un grand désarroi, et les échecs électoraux qu'on a subis, soit qu^on ait livré bataille, soit que l'on n'ait pas osé affronter le combat, ont justement cette cause et cette origine.
Il s'agit d'accomplir enfin le travail qu'on a abordé imparfaitement jusqu'aujourd'hui. Pour cela il faudrait choisir douze ou quinze hommes dévoués, prudents, d'une politique adroite autant qu^active, à chacun desquels serait départi le soin d'organiser les départements compris dans une ré-