‹ Confidences d'un journalisteChapitre 31 sur 55 · S2 CONFIDENCES · texte numérisé non relu

S2 CONFIDENCES

parce que chaque jour il s'écartait davantage de mes amis. Les partis hostiles ont nié son courage : c'a été un tort en même temps qu'une injustice. Le prince, sur e champ.de bataille, s'est toujours montré digne de sa race, et la légende est menteuse au dernier chef qui lui reproche d'étranges faiblesses. Il n'eût paseu sans doute les conceptions prodigieuses de Napoléon P'; mais, en faisant longtemps la guerre, il eût certainement acquis la réputation d'un capitaine habile, savant et fécond en ressources précieuses.

Quand l'Empire tomba, le prince Napoléon disparut avec lui, mais non pas tout entier, et l'on se rappelle la lettre vigoureuse qu'il adressa à Jules Favre, l'homme odieux et répugnant, sur le Quatre Septembre, morceau où l'on trouve ces lignes si vraies :

Le 4 septembre, Tarmistice discuté à Ferrières, la défense de Paris, les prélimioaires de Versailles, le 18 mars, la paix de Francfort, Vincendie de Paris, voilà vos dates néfiistes. L'histoire vous appellera l'homme fatal. Elle ne trouvera en vous qu'un mobile : la haine du nom do Napoléon.

La guerre funeste, commencée le 19 juillet 1870 par l'Empire est terminée le 10 mai par le gouvernement sans nom auquel vous appartenez. Quest-ce que le gouvernement ? Est-ce la défense nationale ? Non, car vous n'avez fait que capituler. Est-ce un gouvernement de restauration nationale? Non, car la désorganisation et l'anarchie envahissent la France, Est-ce une Monarchie? Non, Est-ce une Repu-

blique ? Encore moins. E^tce la liberté ? Non. Demandez-le aux électeurs opprimés par les décrets d'ostracisme retirés à la dernière heure après 'avoir faussé le choix des citoyens. Ce sont tous les maux réunis par Tabsence d'ordre, de sécurité, de libené, de force.

Parcourons les échelons par lesquels vous nous conduisez au fond de l'abîme. . .

Le 4 septembre, vo as proposez la déchéance; l'émeute, guidée par vous, chasse vos collègues; vous violez votre serment ; vous allez usurper le pouvoir à l'Hôtel de Ville contre le suffrage universel.

L'Empire avait commis des fautes; nos défaites étaient grandes ; mais nos désastres datent de vous : à chacun sa part.

Je me rapprochai du prince Napoléon après la mort du Prince Impérial. A ce moment cruel, les dévouements presque désespérés hésitaient : ils ne savaient oiï trouver leur orientation. Eux-mêmes les sénateurs et les députés impérialistes cherchaient leur voie sans essayer, pour ainsi dire, de la rencontrer. Tout était flottant; d'un instant à l'autre, le parti entier pouvait s'effondrer dans un naufrage sans lendemain. Ce que nul n'osait, nous eûmes, nous les journalistes de province, l'énergie de l'entreprendre et aussi de l'accomplir. Dans une réunion que j'eus l'honneur de présider, la résolution suivante fut discutée mot à mot, presque lettre à lettre, et adoptée finalement à l'unanimité :

Les représentants de la presse impérialiste départ*imentale

prennent acte des informations autorisées qui leur ont été fournies. Ils déclarent reconnaître l'hérédité impériale telle qu^elle a été définie et consacrée par la Constitution et le plébiciste. Ils affirment nettement leur volonté de maintenir dans toute sa fermeté la ligne de conduite politique qu'ils ont toujours suivie, au double point de vue de la conservation sociale et de la liberté religieuse.

Accompagné d'un de mes confrères, je portai cette résolution au prince Napoléon, qui Taccueillit avec une grande satisfaction, tout en en discutant un peu trop minutieusement les termes. Cependant, sur notre observation qu'elle ne pouvait être aucunement modifiée, il l'accepta en disant : « Je comprends que vous ne changiez pas d'habit : moi, je puis retourner ma veste. Je vous remercie, Messieurs. Maintenant nous marcherons ensemble : vous pouvez compter sur moi. »

Le branle était donné ; « la glace, comme on dit, était rompue. » A la suite de notre démonstration, le parti Impérialiste tout entier proclama le prince Napoléon hériiier de l'Empire. L'unité se reconstitua parmi nous comme par miracle ; tous les nuages se dissipèrent, parce que tous les anciens griefs disparurent. Successivement le Prince publia des programmes et fit de publiques déclarations; il s'affirma en des manifestes vraiment superbes, dont lun surtout produisit dans le pays un effet presque foudroyant. Il était ainsi conçu :

Paris, 13 février 1874.

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