VI PRÉFACE
je respire à peine, j'ai besoin d'air, de mouvement. Si Ton m'interroge, je ne réponds pas, tant mon âme est absorbée dans une vague et délicieuse rêverie t
Vous l'avouerai -je , lecteur? Et pourquoi pas? Cet
effet électrique, sinon magique, n'a rien qui ne puisse être
facilement compris de vous-
* Si dans ce moment mou émotion est aussi vive, c'est
que dans le cours de ma carrière d'artiste, huit heures
étaient le moment où j'allais paraître en scène. Alors,
l'œil avidement appliqué au trou du rideau, je voyais avec
un plaisir extrême la foule qui se pressait à l'envi pour
me toir. Ainsi qu'à présent le cœur me battait, car j'étais
heureux et fier d'un tel succès .
Souvent aussi, à ce sentiment venait se mêler une inquiétude, un doute même. Mon Dieu t me disais-je avec terreur, suis-je assez sûr de moi pour justifier un tel empressement, une telle vogue ?
Mais bientôt, rassuré par le passé, je voyais avec plus de calme arriver l'instant suprême d'agiter la sonnette. J'entrais alors en scène ; j'étais près de la rampe, devant mes juges ; je me trompe, devant des spectateurs amis, dont j'allais essayer de gagner les suffrages.