‹ Confidences d'un prestidigitateurChapitre 5 sur 36 · ANNONCES · texte numérisé non relu

ANNONCES

M. SEMELÉ, cordonnier, vient de réduire le prix de ses

bettes, qu'il livre au prix coûtant; il espère se retirer sur la quantité.

A qui en prend douze, la treizième est donnée par dessus le marché.

ASSURANCES CONTRE LES VOLEURS. La Compagnie se charge de prendre les objets à domicile pour les garder.

Il n'est pas jusqu'à. la bande qui ne portât aussi son mot.

A Monsieur ou Madame ***, demeurant ici.

Votre abonnement finissant ce soir, le gérant du journal vous prie de le renouveler demain, si vous ne voulez pas le voir expirer (l'abonnement).

Le public avait la bonté de s'amuser de ces plaisanteries, qui lui faisaient patiemment passer l’entr'acte, etme permettaient, à moi, de prendre quelques instants de plus pour préparer la seconde partie de la séance.

Outre les deux perfectionnements que je viens de citer, ce qui contribua beaucoup à me procurer une vogue complète, ce fut une expérience que m'inspira ce dieu fantasque, auquel Pascal attribue toutes les découvertes d’ici-bas ; le hasard me conduisit directement à l'invention de la seconde vue.

Mes deux enfants étant un jour dans le salon, s’amusaient à un jeu créé par leur imagination enfantine Le plus jeune avait bandé les yeux de son

frère et lui faisait deviner les objets qu'il touchait, et, quand celui-ci, guidé par des suppositions, venait à nommer juste, le jeune prenait sa place.

Ce jeu si simple, si naïf, fit cependant germer en moi une des idées les plus compliquées qui me soient jamais venues à l'esprit.

Poursuivi par cette idée, je courus m'’enfermer dans mon cabinet ; j'étais heureusement dans une de ces dispositions où l'intelligence suit avec docilité, avec plaisir même, les combinaisons que la fantaisie lui trace. Je m'appuyai la tête dans mes deux mains, et, sous l'influence d'une surexcitation que je provoquais, je posai les premiers principes de la seconde vue.

Il faudrait un volume entier pour décrire les innombrables combinaisons de cette expérience. Cette description, beaucoup trop sérieuse pour ces Mémoires, prendra place plus tard dans un ouvrage spécial, qui contiendra également l'explication de tous mes secrets de théâtre.

Cependant je ne puis résister au désir d'indiquer sommairement ici quelques-uns des exercices préliminaires, auxquels je crus devoir recourir pour combiner l'expérience que je voulais tenter.

On doit se rappeler les travaux que m'avait autrefois inspirés le talent d’un pianiste, et l'étrange

faculté que j'étais parvenu à acquérir : je lisais tout en jonglant avec quatre boules.

En y songeant sérieusement, je reconnus que cette perception par appréciation pouvait être encore susceptible d’un grand développement, si j'en appliquais les principes à la mémoire et à l'intelligence.

Je résolus en conséquence de faire, avec mon fils Emile, des exercices dans cette nouvelle voie, et pour bien faire comprendre à mon jeune collaborateur la nature des études auxquelles nous allions nous livrer, je pris un dé de domino, le cinq-quatre, que je posai devant lui. Au lieu de lui laisser compter un à un les points des deux nombres, j’exigeai que l’enfant m'en donnât aussitôt le total.

— Neuf, me dit-il.

A ce domino j'en joignis un autre, le quatre-trois.

— Cela fait seize, répondit-il sans hésiter.

Je m'arrêtai là pour une première leçon. Le lendemain nous réussimes à additionner d’un coup d'œil trois et quatre dés, le surlendemain cinq, et en ajoutant chaque jour de nouveaux progrès à ceux de la veille, nous parvinmes à donner instantanément le produit de douze dominos.

Ce résultat obtenu, nous nous occupâmes d'un travail bien autrement difficile et auquel nous nous livrâmes pendant plus d’un mois.

Nous passions, mon fils et moi, assez rapidement

devant un magasin de jouets d'enfants ou tout autre qui était garni de marchandises variées, et nous y jetions un regard attentif.

À quelques pas de là, nous tirions de notre poche un crayon et du papier, et nous luttions séparément à qui décrirait un plus grand nombre d'objets que nous-avions pu saisir au passage..Je dois l'avouer, à cet exercice mon fils devint d’une force à laquelle je ne pus jamais atteindre. Il lui arrivait souvent d'inscrire une quarantaine d'objets, quand j'atteignais à- peine le nombre trente. Un peu piqué de cette défaite, je retournais faire une vérification devant la boutique, et il était rare quil eût commis une erreur.

Mes lecteurs pourront sans doute comprendre la possibilité d’un tel travail, mais à coup sûr ils le trouveront difficile. Quant à mes lectrices, je suis assuré d'avance qu'elles n'auront pas la même opinion, attendu qu'elles font chaque jour des appréeiations au moins aussi extraordinaires.

Ainsi, par exemple, je mets en fait qu'une femme, voyant passer une autre femme dans un équipage lancé à fond de train, aura eu le temps d’analyser toute la toilette de la voyageuse depuis le chapeau jusqu’à la chaussure inclusivement, et qu’elle pourra désigner ensuite non-seulement la forme de l’habillement, la nature et la qualité des étoffes, mais en-

MYSTÈRES ET CONFIDENUES. 11

core dire si les points d'Angleterre, d'Alençon ou de Malines ne sont point simulés par des tulles 1//usion. J'ai vu des femmes de cette force-là.

Cette faculté naturelle ou factice chez les dames, mais que nous avions acquise mon fils et moi par un long travail, me fut d'une grande utilité pour mes séances, car tandis que j'exécutais mes expériences, je voyais encore tout ce qui se passait autour de moi, et je pouvais ainsi me préparer à déjouer toutes les difficultés qu’on me présenterait. Cet exercice m'avait donné pour ainsi dire la possibilité de poursuivre simultanément deux idées, et rien n’est plus favorable à l'escamotage que de pouvoir penser à la fois à ce qu'on dit et à ce qu'on fait, ce qui certes n’est pas la même chose. J'acquis plus tard une telle habitude de cette pratique, qu'il m'est souvent arrivé d'imaginer de nouveaux trucs pendant que j'exécutais ma séance. Un jour, même, je fis la gageure de résoudre un problème de mécanique, tandis que je soutiendrais une conversation. On parla des plaisirs de là vie champêtre, et je calculai, pendant ce temps, la quantité de roues et de pignons, ainsi que leurs dentures nécessaires pour obtenir certaines révolutions données, sans manquer un seul instant de fournir la réplique.

Ces quelques explications suffisent à faire comprendre quelle est la base essentielle de l’expérience

de la seconde vue. J'ajouterai qu'il existait aussi entre mon fils et moi une correspondance secrète, insaisissable, au moyen de laquelle je lui indiquais avec la plus grande facilité le nom, la nature, le volume des objets présentés par les spectateurs.

Comme on ne me voyait pas agir, on pouvait être tenté de croire à quelque chose d’extraordinaire. Du reste, je puis le dire, mon fils Emile, alors âgé de douze ans, possédait toutes les qualités capables de faire naître cette opinion. Sa figure pâle, intelligente et toujours sérieuse, représentait le type d’un enfant doué de quelque faculté surnaturelle.

Deux mois furent employés sans relâche à l’échafaudage de nos artifices. Lorsqu’enfin nous fûmes entièrement sûrs de pouvoir lutter contre toutes les difficultés d’une pareille entreprise, nous annonçàmes la première représentation de la seconde vue.

Le 12 février 4846, je fis imprimer au milieu de mon affiche cette singulière annonce :

Dans cette séance, le fils de M. Robert-Houdin, doué d'une seconde vue merveilleuse, aprèsque ses yeu auront été couverts d'un épais bandeau, désignera tous les objets qui lui seront présentés par les spectateurs.

Je ne saurais dire si ce jour-là l’attrait de cette annonce attira des spectateurs, car ma salle se trouva remplie. Ce que je puis déclarer et ce qui paraîtra

extraordinaire, c’est que l’expérience de la seconde vue, qui eut une si grande vogue, ne produisit aucun effet à la première représentation.

J'ai tout lieu de croire que chaque spectateur se crut la dupe d’une mystification organisée par des compères.

Je fus désolé de ce résultat, car je m'étais fait une grande fête de la surprise que j'allais produire.

Néanmoins n'ayant aucune raison pour douter du succès futur, je voulus tenter une seconde épreuve et j'eus bien raison.

Le lendemain je reconnus avec étonnement dans ma salle quelques-unes des personnes que j'y avais aperçues la veille. Je compris que ces spectateurs venaient une seconde fois pour s'assurer de la réalité de l'expérience. I paraît qu'ils furent convaincus, car la réussite fut complète et me dédommagea amplement de la déception de la veille.

Je me rappelle surtout dans cette séance une marque d'approbation singulière, dont me gratifia un des spectateurs du parterre.

Mon fils lui avait nommé plusieurs objets qu'il avait successivement présentés. Sans se trouver satisfait, notre incrédule se levant comme pour donner plus d'importance à la difficulté qu'il allait offrir, me remit, pour être également nommé, un petit instrument spécial aux marchands de toile et dont

ils se servent pour compter le nombre de fils des étoffes. Me rendant à ses désirs : |

—Qu'est-ce que je tiens à la main, dis-je à l'enfant?

—C'est un instrument destinéà apprécier la finesse des étoffes, et que l’on nomme compte-fil.

—Ah! sac........ fit énergiquement le spectateur; c’est merveilleux! J'aurais: payé dix francs pour voir cela, que je ne les regretterais pas.

Cette exclamation par trop colorée fut en quelque sorte la consécration du succès de cette expérience.

A partir de ce moment, ma salle se trouva beaucoup trop petite, et chaque soir , elle fut, comme on diten Angleterre, Crowded, c’est-à-dire quelque chose comme prête à s’écrouler sous le nombre des spectateurs.

Cette affluence, cette vogue dont j'étais si heureux, m'inspira pour la collection poétique réservée à mes éventails la petite pièce suivante, que je ne présente ici qu'à cause de son à-propos.

De spectateurs nombreux l'aimable compagnie Daignant me visiter ce soir,

M'inspire un noble orgueil, une joie infinie, Car j'ai ma salle pleine et ma caisse garnie, Deux choses bien douces à voir,

Par leur séduisante harmonie ; Et ce double plaisir pouvant être goûté, D'enchanteur que j'étais, je deviens enchanté.

Tout n’est pas rose dans le succès; je pourrais aisément raconter beaucoup de scènes désagréables que me valut la réputation de sorcier dont je jouissais chez quelques esprits plus ou moins égarés. Je n’en citerai qu'une seule, qui résume toutes celles que je passe sous. silence.

Une jeune femme de tournure et de manières élégantes se présente, un jour, chez moi.

Cette Dame avait la figure couverte d'un voile épais, à travers lequel cependant mes yeux exercés distinguaient parfaitement ses traits. Elle était jolie.

Mon inconnue ne consentit à s'asseoir qu'après s'être assurée que nous étions seuls, et que j'étais bien le véritable Robert-Houdin.

Je m'’assis à mon tour, et prenant l'attitude d’un homme prêt à écouter, je me penchai un peu vers ma visiteuse, comme pour l’engager à parler, attendant qu'elle m’expliquât le but de sa mystérieuse visite. À mon grand étonnement, la jeune dame dont les gestes trahissaient une vive émotion, gardait le plus profond silence. Je commençais à trouver cette visite assez étrange, et j'étais sur le point de provoquer à tout prix une explication, lorsque la belle inconnue hasarda timidement ces mots :

— Oh mon Dieu! Monsieur... je ne sais comment vous allez interprèter..…… ma démarche.

lei elle s'arrêta, baissa les veux d’un air très em-

barrassé, puis faisant un violent effort sur elle-même, elle continua :

— Ce que j'ai à vous demander, Monsieur, est très difficile à dire.

— Parlez, Madame, je vous prie, dis-je poliment, je tâcherai de deviner ce que vous ne pourrez me faire comprendre. Et j'étais à me demander ce que signifiait cette réserve.

— Et d’abord, reprit la jeune femme d’une voix faible et en regardant encore autour d'elle, je vais vous dire confidentiellement. .... que j'aime. .... que j'étais aimée et que je..... que je suis trahie.

A ce dernier mot, l’inconnue releva la tête, surmonta la timidité qui la retenait, et, d’un ton ferme et assuré.

— Oui, Monsieur, oui, je suis trahie, ajoutat-elle, et c'est pour cela que je suis venue vous voir.

— Mais, Madame, fis-je assez surpris de cet étrange aveu, je ne vois pas en quoi je puis vous être utile dans cette circonstance.

— Oh! Monsieur, je vous en prie, dit ma solliciteuse en joignant les mains, je vous en prie, ne m’abandonnez pas.

J'étais très embarrassé de mon rôle et de ma contenance. Pourtant j’éprouvais une forte curiosité . de connaître l’histoire cachée sous ce mystère.

MYSTÈRES ET CONFIDENCES. il

— Calmez-vous, Madame, fis-je d'un ton de compatissant intérêt, dites ce que vous attendez de moi, et si cela est en mon pouvoir. ....

— Si cela est en votre pouvoir, reprit vivement la jeune femme, mais rien de plus facile, Monsieur.

— Expliquez-vous, Madame.

— Eh bien! Monsieur, il s'agit de me venger.

— Comment cela?

— Comment? vous le savez mieux que moi, Monsieur. Faut-il done que je vous apprenne que vous avez en votre pouvoir des moyens de. ....

— Moi, Madame !

— Oui, Monsieur, oui vous, car n'êtes-vous pas sorcier? Vous ne pouvez le nier!

A ce mot de sorcier, je faillis éclater de rire; j'en fus empêché par la vive émotion de l’inconnue. Voulant cependant mettre fin à une scène qui commençait à friser le ridicule.

— Malheureusement, Madame, dis-je d’un ton poli mêlé d’ironie, vous m'attribuez un titre que je n'ai jamais eu.

— Comment, Monsieur, s'écrie la jeune femme d’une voix animée, vous ne voulez pas convenir que vous êtes. ....

— Sorcier, Madame! Oh! non, je m'en défends.

— Vous ne le voulez pas?

— Mais non, non, mille fois non, Madame.

A ces mots, la solliciteuse se leva brusquement, murmura quelques paroles incohérentes , parut en proie à une lutte terrible, puis s’approchant de moi les yeux animés et le geste menaçant :

— Ah! vous ne voulez pas, répéta-t-elle d’une voix brève, c'est bien; je sais maintenant ce qu'il me reste à faire.

Stupéfait d’une pareille sortie, je la regardais, immobile et muet, et je commençais à soupçonner la cause de cette incroyable conduite.

— Avec les gens qui s'occupent de magie, repritelle avec une volubilité effrayante, il y a deux moyens d'agir, la prière et la menace. Vous n’avez pas cédé au premier de ces deux moyens ; Dove L il le faut, je vais employer le second.

— Tenez, ajouta-t-—elle, voilà qui vous décidera peut-être à parler.

Et soulevant son mantelet, elle porta vivement la * main sur le manche d’un petit poignard passé à sa ceinture; en même temps elle soulevait brusquement son voile, et me montrait des traits où éclataient tous les signes d’une folie furieuse.

Ne pouvant plus douter du personnage auquel j'avais affaire, mon premier mouvement fut de me lever et de me mettre sur mes gardes; mais cette première impression passée, je repoussai la pensée d’une lutte contre cette infortunée, et il me vint à

l'esprit d'employer un moyen qui presque toujours réussit avec les malheureux privés de raison. Je feignis d'entrer dans ses vues.

— S'il en est ainsi, Madame, lui dis-je, je me rends à vos désirs. Voyons, que voulez-vous ?

— Je vous l'ai dit, Monsieur; il faut que vous me vengiez, et pour cela il n’y a qu'un moyen, c'est de. .. .

lei, il y eut une nouvelle interruption, et la jeune femme, calmée par mon apparente soumission autant qu'embarrassée par la demande qu’elle avait à me faire, redevint tout-à-coup timide et irrésolue.

— Eh bien, Madame ?

— Eh bien.... Monsieur.... Je ne sais comment vous dire.... comment vous expliquer. ... mais 1] me semble qu'il existe certains moyens. certains maléfices pour mettre un homme dans l’impossibilité de. ... dans l'impossibilité. ... d’être infidèle.

— Je comprends, maintenant, Madame, ce que vous désirez. C’est une certaine pratique de magie employée au moyen-âge. Rien ne m'est plus facile. Je vais vous satisfaire.

Décidé à poursuivre la comédie jusqu’au bout, je pris dans ma bibliothèque le plus gros livre que je pus trouver, je le feuilletai, m'arrêtai sur une page que je feignis d'étudier avec une attention profonde,

puis m’adressant à la jeune femme, qui suivait tous mes mouvements avec anxiété.

— Madame, dis-je, d’un ton confidentiel, le maléfice que nous allons accomplir exige que je sache le nom de la personne, veuillez donc me le dire.

— Julien, fit-elle d’une voix émue.

Alors, avec toute la gravité d’un véritable sorcier, j'enfonçai solennellement une épingle dans une bougie allumée, en feignant de prononcer mystérieusement quelques paroles cabalistiques. Après quoi, soufflant la bougie et me tournant vers la pauvre insensée :

— Madame, lui dis-je, c'en est fait; votre vœu est accompli.

— Oh! merci, Monsieur, s’écria-t-elle avec l'expression de la plus profonde reconnaissance.

En même temps elle déposa une bourse sur mon bureau et s’élançca dehors.

Je donnai ordre à mon domestique de suivre cette dame jusqu’à sa demeure, de prendre sur elle tous les renseignements qu'il pourrait se procurer, et de me les rapporter immédiatement.

J'appris que mon inconnue était veuve, depuis peu, d'un mari qu’elle adorait et dont la perte avait troublé sa raison.

Dès le lendemain, je me rendis dans sa famille, et remettant la bourse dont j'étais le dépositaire, je

racontai la scène dont le lecteur vient de lire les détails.

Cette scène, et plusieurs autres qui l'avaient précédée ou qui la suivirent, durent me forcer à prendre des mesures pour me garantir des importuns de toute: nature.

Je ne pouvais songer, comme autrefois, à m'exiler à la campagne. Je pris un moyen équivalent : ce fut de me cloîtrer dans mon atelier, en organisant autour de moi un système de défense contre ceux que, dans ma mauvaise humeur, j'appelais des voleurs de temps.

En ma qualité d'artiste, je recevais chaque jour la visite de gens que Je ne connaissais pas du tout. Quelques-uns étaient intéressants, mais le plus grand nombre, se faisant introduire sous le plus futile prétexte, ne venaient chez moi que pour dépenser une partie des loisirs dont ils ne savaient que faire. Il s'agissait de distinguer les bons visiteurs des mauvais. Voici la combinaison que j'imaginai.

Lorsqu'un de ces messieurs sonnait à ma porte, une communication électrique faisait également sonner un timbre placé dans mon cabinet de travail. J'étais averti et me tenais sur mes gardes. Mon domestique ouvrait, et ainsi que cela se pratique d'ordinaire, il demandait le nom du visiteur. Moi, de mon côté, j'appliquais mon oreille à un instrument

d'acoustique disposé à cet effet et qui me transmettait les moindres paroles de l'inconnu. Si, d’après sa réponse, je jugeais convenable de ne pas le recevoir, je pressais un bouton, et un point blanc, qui paraissait dans un endroit convenu du vestibule, voulait dire que je n’y étais pas. Mon domestique annonçait alors que j'étais absent et offrait au visiteur de s'adresser à mon régisseur.

Il m'arrivait bien quelquefois de me tromper dans mes appréciations et de regretter d’avoir accordé audience, mais j'avais un autre moyen d’abréger la visite de l'importun.

J'avais pratiqué, derrière le canapé sur lequel je m'asseyais, une petite touche électrique correspondant à un timbre que pouvait entendre mon domestique. En cas de besoin, et tout en causant, j'allongeais négligemment le bras sur le dos du meuble où se trouvait cette touche, je la pressais, et le timbre résonnait dans la pièce voisine.

Alors mon domestique, jouant une petite comédie, allait ouvrir la porte d’entrée, tirait la sonnette, que l’on pouvait entendre du salon où nous nous trouvions, et venait ensuite m'avertir que M. X... (nom fabriqué pour la circonstance) demandait à me parler. J'ordonnais que M. X... fût introduit dans le cabinet voisin du salon, et il était bien rare que l’importun ne levàt pas le siége devant une semblable exigence.

On ne peut se faire une idée du temps que me fit gagner cette bienheureuse organisation. Aussi que de fois j'ai béni et mon invention et le célèbre savant auquel on doit la découverte du galvanisme!

Cette exaltation doit facilement se comprendre, car le temps était pour moi d'une valeur inestimable ; je le ménageais comme un trésor et ne le sacrifiais qu’à la condition que ce sacrifice m'’aiderait à la découverte de nouvelles expériences, destinées à stimuler la curiosité publique.

Pour me soutenir dans cette voie de recherches, j'avais constamment à la pensée cette maxime :

« Il est plus difficile d'entretenir l’admiration que de la faire naître. »

Et cette autre, qui semble le corollaire de la première :

« La vogue d’un artiste ne peut être durable qu'autant que son talent s’'accroit chaque jour. »

Il ne faut pas croire cependant que je me contentasse des rêves attrayants de mes inventions. Non, quelque amour qu'un homme porte à son art, 1l est bien rare qu'il ne lui vienne pas à l’idée d'associer la fortune à la gloire; d'autant plus que, pour peu que l’on ait vécu, l’on sait que ces deux choses se font mutuellement valoir.

L'une est la pierre précieuse, et l’autre est la parure qui la fait briller.

Rien ne rehausse le mérite d’un artiste comme une position de fortune indépendante. Cette vérité est brutale, mais elle est incontestable.

Non-seulement j'étais pénétré de ces principes de haute économie, mais je savais, en outre, que l'on doit se hâter de profiter de la fugitive faveur du public, qui, elle aussi, descend, quand elle ne monte pas. J’exploitais la vogue autant que je pouvais.

Malgré mes nombreuses occupations, je trouvais encore moyen de donner des soirées dans les salons et sur les principaux théâtres de Paris. De grandes difficultés s’opposaient souvent à ces sortes de représentations, parce que ma séance ne se terminant qu'à dix heures et demie, c'était seulement après que je pouvais remplir les engagements que j'avais pris.

Onze heures étaient presque toujours le moment fixé pour mon entrée en scène dans ces séances. Que l’on juge alors de l’activité qu'il me fallait déployer pour pouvoir, dans un si court espace de temps, me rendre à l'endroit convenu et faire encore quelques préparatifs ! Il est vrai que les instants étaient aussi bien calculés qu'employés. Le rideau de ma scène était à peine baissé que, m'élançant vivement vers l'escalier, je devançais le public et je me jetais dans une voiture qui m'emportait à toutes brides.

Mais ces fatigues n'étaient rien en comparaison

MYSTÈRES ET CONFIDENCES. 29 des vives émotions que me causaient quelquefois certaines erreurs sur le temps qui devait s'écouler entre mes deux séances.

Je me rappelle qu’un jour devant jouer au Vaudeville pour terminer le spectacle, le régisseur de la scène, qui n'avait pas bien calculé la longueur de ses pièces, se trouva en avance sur le moment convenu. Il m’expédia un exprès pour m'avertir que le rideau venait d’être baissé et que l’on m'attendait.

Comprendra-t-on mes angoisses? Mes expériences, dont il m'était impossible de rien retrancher, devaient se prolonger un quart-d’heure encore.

Au lieu de m’abandonner à des récriminations inutiles, je me résignai et je continuai ma représentation; mais j'étais en proie à une horrible anxiété. En même.temps que je parlais, il me semblait entendre résonner à mes oreilles cet affreux trépignement rhythmé du public, sur lequel a été composée cette fameuse chanson : « Des lampions! des lampions ! etc. » Aussi, soit préoccupation, soit désir de terminer plus tôt, je me trouvai, lorsque j'eus fini ma séance, avoir escamoté cinq minutes sur le quart-d'heure. Certes, on pouvait l'appeler le quartd'heure de grâce.

Monter en voiture, arriver place de la Bourse, fut

l'affaire d’un instant; néanmoins vingt minutes s’étaient écoulées depuis le baisser du rideau, et vingt minutes sont un temps exorbitant pour un entr’acte.

Mon fils Emile et moi, nous montàmes l'escalier des artistes avec toute la promptitude possible, mais déjà à la première marche nous avions entendu les cris, les sifflets, les roulements de pieds des spectateurs impatients.

Quelle perspective pour une entrée en scène! Je savais que souvent, à tort ou à raison, le public salue assez cavalièrement un artiste, quel qu'il soit, pour le rappeler à l'exactitude. Ce souverain semble toujours avoir à la bouche ce mot d’un autre monarque : « J'ai failli attendre. » Quoi qu'il en soit, nous nous hâtions de gravir les marches qui conduisaient à la scène.

Le régisseur, aux abois, entendant des pas précipités, nous cria du haut de ce rapide sentier :

— Est-ce vous, monsieur Houdin ?

— Oui, Monsieur, oui.

— Machiniste, au rideau! cria la même voix.

— Attendez donc, attendez done, c’est imp. .…. .

Ma respiration ne put me permettre d'achever ma réclamation. |

J'arrivai sur le pallier du théâtre haletant, n’en pouvant plus.

— Allons! monsieur Houdin, me dit le régisseur,

je vous en supplie, faites votre entrée au plus vite; le rideau est levé, le public est d’une impatience...

La porte du fond de la scène s'était ouverte à deux battants, mais j'étais dans l'impossibilité de la franchir; la fatigue et l'émotion m’avaient cloué sur place.

Ce fut cependant à cette impossibilité d'action que je dus une inspiration qui me sauva peut-être de la mauvaise humeur du public.

— Va, dis-je à mon fils, entre en scène, prépare tout ce qu'il faut pour l'expérience de la seconde vue, je te suis.

Le public se laissa désarmer par ce jeune enfant, dont la physionomie inspirait un sympathique intérêt. Mon fils, après s’être gravement avancé vers les spectateurs, fit tranquillement ses petits préparatifs, c’est-à-dire qu’il apporta sur le devant de la scène un tabouret, et qu’il déposa sur une table voisine une ardoise, du blanc, des cartes et un bandeau.

Ce peu de temps m'avait suffi pour reprendre haleine et pour calmer mes sens. Je m'avançai à mon tour , en m'efforçant de retrouver le sourire de rigueur ordinairement stéréotypé sur mes lèvres. J'y parvins, mais avec beaucoup de peine, tant mes traits avaient été contractés.

Le public resta d’abord silencieux, puis insensiblement les figures se déridèrent, et bientôt un ou

deux applaudissements ayant été risqués, il y eut entrainement et la paix fut faite. Je fus, du reste, bien dédommagé de ce terrible préliminaire, car jamais ma seconde vue n’obtint un plus grand succès .

Un incident contribua surtout à égayer la fin de cette expérience.

Un spectateur, venu sans doute à cette représentation avec le parti pris de nous embarrasser, avait, depuis quelques instants, cherché vainement à mettre en défaut la clairvoyance de mon fils, lorsque m’adressant la parole :

— Monsieur, me dit-il en accentuant ses paroles, puisque votre fils est un devin, il pourra certaine-. ment deviner le numéro de ma stalle.

L'exigeant spectateur pensait me mettre dans la nécessité d’avouer l’impuissance de notre mystérieuse expérience, parce qu’il couvrait le chiffre et que lesstalles voisines étant occupées, on ne pouvait non plus en lire les numéros. Mais j'étais en garde contre toutes les surprises ; ma réponse était prête. Seulement, afin de tirer le meilleur parti possible de la situation, je feignis de reculer pour mieux enferrer mon adversaire.

— Vous savez, Monsieur , lui dis-je en affectant un air embarrassé, vous savez que mon fils n’est ni sorcier, ni devin ; il lit par mes yeux, et c'est pour

cela que j'ai donné à cette expérience le nom de seconde vue. Comme je ne puis voir le numéro de votre stalle, puisque vous l’oceupez, et qu'autour de vous les autres stalles sont également remplies, mon fils ne pourra vous le nommer.

— Ah! j'en étais bien sûr! s’écria mon persécuteur d’un air de triomphe et en se tournant vers ses voisins, je vous l'avais bien dit que je l'embarrasserais.

— Oh! Monsieur, vous n’êtes pas généreux dans votre victoire, dis-je à mon tour d’un ton railleur. Prenez-y garde, si vous piquez trop fort l'amourpropre de mon fils, il pourra bien, si difficile qu'il soit, résoudre votre problème.

— Je l'en défie, fit le spectateur en s'appuyant lortement sur le dossier de sa stalle pour mieux en cacher le numéro. Oui, oui, je l'en défie.

— Vous croyez done cela diflicile ?

— Je dirai mieux : cela vous est impossible.

— Alors, Monsieur , raison de plus pour que nous essayions de le faire. Vous ne nous en voudrez pas de triompher à notre tour, ajoutai-je en souriant malignement.

— Allez, Monsieur, nous connaissons ces défaites-là ; je vous le répète, je vous en défie l’un et l’autre.

Le public prenait grand plaisir à ce débat et en attendait patiemment l'issue.

— Emile, dis-je à mon fils, prouvez à Monsieur que rien ne peut échapper à votre seconde vue.

— C'est le numéro soixante-neuf, répondit aussitôt l'enfant.

De tous les coins de la salle partirent aussitôt de bruyants et chaleureux applaudissements, auxquels s’associa, du reste, mon antagoniste, qui, s'avouant vaincu, criait en battant des mains :

— C'est étonnant! c’est magnifique !

Par quel moyen étais-je parvenu à connaître le numéro de la stalle soixante-neuf? Je vais le dire.

Je savais à l'avance que dans les théâtres, lorsque les stalles sont divisées au milieu par une barrière, les numéros impairs se trouvent à droite et les numéros pairs à gauche.

Or, comme au Vaudeville chaque rang était composé de dix stalles, il en résultait que du côté droit, par exemple, chacun de ses rangs devait commen-" cer parles numéros un, vingt-el-un, quarante-et-un, soixante-un, et ainsi de suite, de vingt en vingt. Guidé par ce renseignement, il ne me fut pas difficile, en partant du numéro soixante-et-un, d’arriver au soixante-neuf, représentant dans le quatrième rang la cinquièmestalle occupée par mon adversaire.

J'avais allongé la conversation dans le double but de donner plus d'éclat à mon expérience et de prendre le temps de faire mes recherches à loisir. Je

faisais ainsi une application de mon procédé des deux pensées simultanées dont j'ai parlé plus haut.

Puisque me voici sur le chapitre des confidences, j'expliquerai au lecteur quelques-uns des artifices qui ont le plus puissamment contribué à l'éclat de la seconde vue.

J'ai déjà dit que cette expérience était surtout le résultat d'une communication matérielle, mais insaisissable, entre mon fils et moi, communication dont les immenses combinaisons pouvaient se prêter à la désignation de tout objet imaginable. C'était un très beau résultat sans doute, mais je compris que dans l’exécution j'allais rencontrer bientôt des difficultés inouïes

L'expérience de la seconde vue avait lieu chaque soir à la fin de ma séance, et chaque soir, je voyais arriver des incrédules armés de toutes pièces pour triompher d’un secret qu'ils ne pouvaient s’expliquer.

Avant de partir pour aller voir le fils de Robert- Houdin, on tenait un conciliabule, on se concertait pour emporter quelque objet qui pût embarrasser le père. C'étaient des médailles antiques à moitié effa- ‘ées, des minéraux, des livres écrits en caractères de toutes sortes (langues mortes et langues vivantes), des armoiries, des objets microscopiques, etc.

Ce qui par dessus tout soumettait mon intelli-

gence à un travail prodigieux, c’étaient les devinations que l’on m’imposait en me présentant des objets enfermés, enveloppés, et quelquefois même ficelés et cachetés.

J'étais parvenu à lutter avec avantage contre toutes ces taquineries. J'ouvrais assez facilement, sans qu’on s’en aperçût, tout en paraissant m'occuper de toute autre chose, les boîtes, les bourses, les portefeuilles, etc. Me présentait-on un paquet ficelé etcacheté? Avec l’ongle du pouce de la main gauche, que je conservais toujours long et soigneusement aiguisé, je découpais dans le papier une petite porte que je refermais aussitôt, après toutefois avoir, du coin de l’œil, pris connaissance de ce qu'il renfermait

Une condition essentielle de mon rôle était d’avoir une excellente vue, et sur ce point mes yeux ne me laissaient rien à désirer. Je devais à l’exercice de mon ancienne profession cette précieuse faculté qui se développait encore, chaque jour, dans mes séances.

Une nécessité non moins indispensable était de connaître le nom de tout objet qui m'était présenté. Il ne suffisait pas de dire, par exemple : C’est une pièce de monnaie, il fallait encore que mon fils fît connaître le nom technique de cette pièce, sa valeur représentative, le pays où elle avait cours et l’année où elle avait été frappée. Si l'on présentait un crown

d'Angleterre, l'enfant devait après l'avoir nommé, indiquer également par exemple, que cette pièce avait été frappée sous Georges IV et qu'elle avait une valeur intrinsèque de six francs dix-huit centimes.

Secondés par une excellente mémoire, nous étions parvenus à classer dans notre tête le nom et la valeur de toutes les monnaies étrangères.

Nous pouvions aussi dépeindre un blason en termes héraldiques. Ainsi, me présentait-on les armes de la maison de X..., mon fils disait :..... écu champ de gueules à deux émanches d’argent posées en pal.

Cette connaissance nous était très utile dans les salons du faubourg Saint-Germain, où nous étions souvent appelés.

J'avais appris à reconnaitre, par la forme des caractères, mais sans pouvoir les traduire, une infinité de langues, telles que le Chinois, le Russe, le Turc, le Grec, l'Hébreu, etc.

Nous savions les noms de presque tous les instruments de chirurgie, de sorte que les trousses de médecins, st compliquées qu’elles fussent, ne pouvaient nous embarrasser.

Enfin je possédais encore, suffisamment pour*en tirer parti, des connaissances en minéralogie, pierres précieuses, antiquités et curiosités.

A la vérité j'avais, pour faire ces études, tous les documents que je pouvais désirer.

Un de mes bons et intimes amis, Aristide Le Carpentier, savant antiquaire, spirituel fabuliste, oncle de l’habile compositeur de ce nom, possédait et possède encore aujourd'hui un cabinet de curiosités antiques, qui fait mourir de convoitise les conservaleurs des musées impériaux.

Nous y passions, mon fils et moi, de longues journées à apprendre des noms et des dates dont nous faisions ensuite un savant étalage. Le Carpentier m'avait appris bien des choses, et entre autres il m'avait indiqué différents signes, auxquels on peut reconnaître certaines médailles antiques, dont le module se trouve effacé. Les Trajan, les Tibère, les Marc- Aurèle, m'étaient devenus aussi familiers qu’une pièce de cinq francs.

En ma qualité d’ancien horloger, je savais ouvrir facilement une montre, et je faisais même cette opération d’une seule main, si bien que, sans que le public s’en doutât, je voyais le nom de l’horloger gravé sur la cuvette; je refermais ensuite la montre et le tour était fait. Pour la devination, mon fils faisait le reste.

Mais ce qui, sans contredit, nous rendit les plus grands services, ce fut cette vue par appréciation que mon fils, surtout, possédait au plus haut point.

I lui suffisait, lorsque nous nous rendions en ville, d'un examen très rapide, pour connaître tous les objets que contenait un appartement, ainsi que les différents bijoux portés par les spectateurs, tels que breloques, épingles, lorgnons, éventails, broches, bagues, bouquets, etc.

On doit penser avec quelle facilité il faisait la description de ces objets, lorsque je les lui in diquais par notre correspondance secrète. Je vais en citer un exemple.

Un soir, dans une maison de la chaussée d’Antin, à la fin d’une séance aussi bien réussie que chaudement applaudie, je me rappelai qu’en passant dans une pièce voisine du salon où nous nous trouvions, javais fait remarquer à mon fils une bibliothèque vitrée, en le priant d'observer les titres des livres et l’ordre dans lequel ils étaient placés. Personne ne s'était aperçu de ce prompt examen.

— Monsieur, dis-je au maître de la maison, je veux, pour terminer l'expérience de la seconde vue, vous prouver sa puissance en faisant lire mon fils à travers une muraille. Voulez-vous me confier un livre?

On me conduisit tout naturellement à la bibliothèque en question, que je fis semblant de voir pour la première fois Je mis le doigt sur un livre.

— Emile, dis-je à mon fils, quel est le nom de cet ouvrage ?

— Un Buffon, me répondit-il vivement.

— Et à côté? s'empressa de dire un incrédule.

— Est-ce le côté de droite ou celui de gauche? répondit mon fils.

— Le côté de droite, dit l'interlocuteur, qui avait ses raisons pour choisir cet ouvrage, parce que le titre en était très fin.

— C'est le voyage du jeune Anacharsis, répondit l'enfant. Mais, Monsieur, ajouta-t-il, si vous m'aviez demandé le nom du livre de gauche je vous ‘aurais nommé les poésies de Lamartine. Un peu sur la droite de cerayon, je vois les œuvres de Crébillon; au-dessous, deux volumes des Mémoires de Fleury ; et mon fils nomma ainsi une douzaine d'ouvrages, puis il s'arrêta.

Les spectateurs n'avaient pas dit un mot pendant toutes ces descriptions tant ils étaient stupéfaits, mais aussitôt l'expérience terminée, chacun vint nous complimenter en battant des mains.

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