‹ Confidences et mélancoliesChapitre 7 sur 10 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

A deux Voyageurs

0 morts avant la luoit ! o séparations !...

Enfant, je n'avais pas de })eino plus amère

One treiTcr par les lieux oi^i n'était point ma mère !

Plus tard, landis qu'aux champs fleuris de papillons

L'essaim des écoliers volontiers vole et joue, Je préférais, assis au balcon sans témoin. L'œil fixé dans un livre ou s'égarant au loin. Sentir l'àme des vents frissonner sur ma joue.

En ce temps-là déjà, comme un pressentiment. L'aspect seul des bateaux que soulevait la vague Me faisait tressaillir d'une tristesse vague. L'un d'eux, un jour d'été, m'arracha brusquement

A ma rive natale, et vogua vers la France... Oh ! l'horizon qui fuit dans la brume du soir, L'isolement des flots, le ciel gris, le quai noir !... Huit ans n'ont point encor calmé cette souffrance !

Mais tandis qu'à l'écart de ses yeux désolés Grandissait tout pensif son premier-né, ma mère S'en allait pour jamais reposer sous la terre. De ce jour, j'ai compris le sort des exilés,

IV2 (;OM-inE>CES F,T MÉLA>«:OI,IES

Et mes vers ont cessé de sourire, avaiil l'heure... — Amis, vous qui partez, le cœur plein de soleil. Pour le pays de lete, aux vieux contes pareil, Gardez-vous indulgents au poëte, en qui pleure

Un regret que le lemps ne saurait apaiser; Et quand vous serez loin de la douce patrie, Songez bien qu'un ami, cpii s'effraie et qui prie. Regarde au bord des flots ses rêves se briser.

Port-au-Prince, i88

SouVortxn

A ma sœur L.

(^)nand au souflle du soir les feuilles balancées, Sur uu mode dolent, pareil à ces refrains Qu'improvisent en chœur la vague et les marins. Accompagnent dans l'air la danse des pensées ;

Quand l'haleine des nuits commence d'embaumer : Quand le contour des bois à l'horizon s'efface : Quand des étangs la lune argenté la surface. Qu'il est doux de rêver, de prier et d'aimer!...

Ainsi chantait mon ca^ur à la brise sonore. Tandis que tour à tour, dans le berceau des cieux , Les étoiles ouvraient et refermaient les yeux : On eût dit le réveil rougissant de l'aurore !

Une troupe d'enfants, au seuil de leurs maisons

.louaient, sous le regard des mères attentives.

L'écho me renvoyait les paroles naïves

Qu'ils mêlaient sans comprendre aux airs de leurs chansons

114 (;OM-iDiiN(:i;s i;r miôi.wcomes

CV'laieiil Ions do \ ieu\ airs cliriis de mon enfnnro ! Comme nous point au cœur Taspcct inattendu D'un A oyaf>our aimé que l'on croyait perdu, Lémoliou des pleurs me trouAu sans défense.

Je les revis, ces lieux cpiillés depuis six ans. Complices bienveillants d'une jeunesse ardente : La longue galerie où, dès la nuit tombante, Les rondes se formaient, en dépit des passants ;

La tonnelle, où les clials avaient fait leur couclielle Le jardin, dont cliacun gouvernail un carré, Avec droit d'y tailler et planter h son gré ; La cour, d'où nous allions dérober en cachette

Les fruits de la voisine, en brisant son enclos ; Le salon, qui servait, selon la circonstance, De salle de théâtre ou de salle de danse; Le balcon, dominant l'immensité des flots,

Je les vis ! Je les vis ! Un instant, je crus même Que mon exil était un conte mensonger : Comme bruit dans les bois un murmure léger, 11 me semblait ouïr les chères voix que j'aime.

Une blonde fdlelle, aux yeux pleins de douceur. Au visage candide et mignon, dont le rire Montait vers le ciel bleu sous l'aile du zéphyre, Me ht penser longtemps à toi, petite sœur.

Combien d'autres encor, dont j'aperçus l'image, VA dont le franc regard ne me sourira plus !... >tOs grands arbres d'autan, que sont-ils devenus ? — Ceux du vieux cimetière ont gardé leur feuillage..

(;()\i'[DF.\f;ES i.r Micr.Wf.or.ins 11."

Ilélas ! je m'aliciidris eu le disiinl ceci : C'est qu'envers nous le sort ne fut pas toujours tendre: Mais comme si nos morts allaient enfin m'entendre, Ma peine s'atténue à t'en parler ainsi.

Souvenir! Souvenir ! ange aux ailes de gaze! Quand mon àme, qui saigne aux ronces d'ici-bas, ^ oie vers l'idéal qu'elle n'atteindra pas, Toi seul sais lui verser le baume de l'extase !

Toi seul as le secret de refouler ses pleurs ! Comme un luth que le doigt d'un artiste caresse. Elle vibre à ta voix, et, chassant la tristesse, Dans les champs du passé cueille aussitôt des fleurs.

Garde-toi de quitter ta frissonnante amie ! Fuis le désespéré qui voudrait ouljlier ; Mais, guidé par la nuit, viens souvent réveiller De tes accords plaintifs ma pensée endormie !

l'aris, i88j.

Soir d'Hi^^î^

IHiisqu'uu vent clc bise, ébranlant les toits Des frêles cbalets qui bordent la plage, Couvre tous les bruits du bruit de sa voix Et de ses longs fouets cingle ton visage,

Clierclions pour abri cojilre Taigre biver Quelque coin perdu, d'où Ton puisse entendre Monter les sanglots lointains de la mer ; Et donnons, mignornie, un souvenir tendre

Et dolent et doux à ces écoliers, Qui de nos pays de flamme et d'auiore Exilés trop tôt, meurent, oubliés Dans ce grand Paris distrait et sonore î

Sous le ciel d'avril, Ti mineuse bateau, La ville en rumeur, le parc des collèges, l'ont s'illuminait d'un cbarme nouveau ! Ils riaient encore aux premières neiges...

Puis, un jour, la lièvre, ayaul sur leur front Mis eu frissonnant son éclat factice, De leur chambre aux lits fraternels, ils sont Tout endoloris portés à Tliospicc.

Mais en vain les Sœurs de la Cliarité Sous des mots câlins endorment leur peine : Au clair souvenir du soleil d'été Leur esprit dérive à la mer lointaine.

Oh ! qui leur rendra le sol des aïeux, D'oii l'âme des fleurs s'exhale embaumée Dans la splendeur gaie et calme des cieux î Oh ! qui leur rendra la patrie aimée :

La rivière au doux murmure argentin ;

Et la rade avec ses cent voiles blanches :

Et l'oiseau qui fuit au ras du chemin ;

Et les manguiers, lourds dupoids de leurs branches !

Une nuit, ils font approcher la Sœur ; Puis, berçant toujours la même chimère.

Reposent leur tète auprès de son cœur.

Et meurent ainsi, songeant à leur mère.

Des enfants en corps suivent le cercueil : Compagnons de jeux, émules de classe.

Ils ont tous au bras un crêpe de deuil. La foule les voit, se découvre, et passe !...

Un psaume latin, à peine écouté.

Un caveau (ju'on ferme, un pas qui résonne.

Et tout est fini pour l'éternité!,..

— Que le vent, ce soir, est froid, ma mignonne !

La grande Sœur

J'ai souvent caressé dans mon àme ravie

Le lève consolant d'une amitié de sœur,

Oui, comme un flot de miel s'épanclianl sur ma vie

M'eùî sans cesse baigné de sa tiède douceur. •

Je n'aurais point cherclié dans ma so'ur idéale La beauté du dehors, ([ui ne dure qu'un temps ; Je n'aurais point cherché la science inégale Qui lait paraître habile aux regards des pédants.

Pour\ u que la bonté se lût sur son visage ; Qu'on se sentît meilleur rien qu'à la contempler ; Que sa voix au moins fort inspirât du courage Et conm^it tous les mots qui savent consoler ;

Que son sourire émût comme un lever d'aurore, — ^ ite, j'inclinerais mon front vers ses genoux, Et mon cœur se fondrait en un chant si sonore Que les anges au ciel s'en montreraient jaloux!...

CONFJDE>CES r.T MKLVNCOMES 119

Avec quel nol)le orgueil et quels élaus sublimes Je lui mettrais à nu mou amo et ses secrets ! Tout mon trésor d'espoirs et de rêves intimes, Mes luttes, mes douleurs, je les lui confierais !

Je vivrais doublement, car je vivrais en elle ! Comme un ramier qu'au nid la peur fait sentbncer, Je blottirais craintif ma tète sous son aile, Et nous verrions au loin les nuages passer!

rJO ( I iM.iDENCE>

\ii:r,A\(:oi.ii:s

Tant qa'il noas est donné de voir

Tant qu'il nous est donné de voir S'épanouir autour de nous Ceux pour qui vivre nous est doux, Nous avons peine à concevoir

Que leur présence familière Puisse manquer à notre vie : Bravant Finstinct qui nous convie A leur prodiguer tout entière

La tendresse de notre cœur.

Nous nous confions au hasard Du soin d'en faire à leur regard Etinceler la profondeur.

Puis, au milieu de ce beau rêve.

Où se berce notre imprudence, Un jour de deuil, sans qu'on y pense, La mort vient qui nous les enlève.

Et les pleurs coulent plus amers.

Lorsque, seul avec ses remords.

On se dit cpie jamais nos morts N'ont su comme ils nous étaient chers!

l^os A/agalDoncts

Les pauvres chiens errants, les chiens qu'on ahandonne. Et qui vont, mendiant un regard d'amitié Dans tous les yeux, hélas ! sans attendrir personne. Ont toujours eu le don d'émouvoir ma pitié :

Et pour en avoir vus quelquefois sur la route Passer, j'ai le cœur triste encore en ce moment. Comme un soldat hlessé, qu'une armée en d<'Monle Roule dans le torrent de son effarement,

Ils courent, allongeant leur patte endolorie. Leur toison, qu'une douce et caressante main Jadis peignait peut-être avec coquetterie, Elottc luguhrement aux ronces du chemin.

\'2'2 lONFlDENCF.S ET MÉLANCOLIES

Avec leur roi pendant el leur ('•cliine l)asse. On les dirait honteux de leur abjection. Pour IVancliir une cour, traverser une place. Quels regards de côté, quelle liésitation!

Ils se glissent, furtit's, et, frôlant les niuiailles, Disparaissent, tandis que s'exhale en brouillard Le parfum capiteux des chaudes victuailles. . . Pas de nom, pas de gîte : ils mangent au hasard,

llanimant leur vigueur pour un plus long supplice. Vainement la foret, où s'égarent leurs pas, Offre à ces bohémiens son ombre protectrice : Le repos les attire et ne les retient pas...

Partout la même angoisse humecte leurs paupières. S'ils s'attardent au seuil d'une ferme, contre eux Chacun s'arme à l'envi de bâtons et de pierres ; S'ils tentent d'aborder leurs frères plus heureux,

La meute les pourchasse avec des cris de haine. Et s'acharne en hurlant sur ces tristes vaincus. Jusqu'à l'heure oii, les reins brisés, à bout d'haleine, lis tombent, et du coup ne se relèvent plus î

Or, l'homme, qui de loin voit s'accomplir ce crime, S'en va du même pas, disant : « Ce n'est qu'un chien ! » — O pèlerin du rêve, ô vagabond sublime, Poëte, sois-leur doux : car leur sort est le tien !

Non, je ne dirai pas.,.

^o^, je lie dirai pas le secrel loi et leiulre.

Qui comme un faon blessé pal jyile dans mon cœur.

Môme si je pouvais èlre sur (pTà reiilendrc

^ ous n'eussiez dans les yeux un souiiie moqueur.

Je reliendrais encor TMAeii de ma di'li'esse. Cette A^oix qui viendrait, d\m ton mal assuré, \ ous offrir les débris d'une ancienne tendresse, \ ous en suspecteriez Faceenl désespéré.

Quand sur l'orgueil des Ijois exerçant ses colères.

Le vent du \ord abat les cliénes séculaires.

Il laisse à leurs troncs verts des boiiriicons el des lleins

Mais les cliènes Inimaiiis, saignanis sous les morsures Qu'à leurs lianes décbirés lait la dent des douleurs. Qui les croirait vivants, à sonder leurs blessures ?. ..

Plus Inrd, lorsqu'il aura bien iicii^r sur nos fronts, Assis loin du fracas dos riios cl des danses. Dans le calme du soir propire aux eonfidenees.

Comme deux voyageurs lassés, nous causerons. Je vous révélerai, — mais voudrez-\ ous y croire ? — De quel prix j'ai payé ma cniell(> \ icloire,

Et ce que j'ai souffert sans en mourir, le jour Où je vous vis au bras d'un époux apparaître. Alors, compatissant au sort de cet amour Si profond et si fier, vous me direz peut-être.

Gomme on dit sa douleur : a Que n'avez-vous parlé ! » Et cet aveu tardif d'un cœur qui s'abandonne Passera sur mon cceur, toujours inconsolé, Mélancolique et doux comme un souffle d'automne.

f:oM'iDE>cr:s et mki.vncomi.s l'J'J

L'écho rajeuni des airs (Fautrcfois

Que tu nous clianlais, le soir, à mi-voix.

Elles nous (lisaient, tes chansons câlines. Qu'en ce monde, où tout s'achève en ruines,

Il n'est de douceur que celle d'aimer ; Que les fruits du ciel ne sauraient "ermer

Dans l'àme qu'aucun ilôt d'amour n'arrose ; Qu'amour et bonté, c'est la même chose.

(( Sois bon : le secret de bien vi\ re est là ! » Te ressouvient-il de ce refrain-là ?

J'ai fait de mon mieux. Aujourd'hui, je doute Et j'hésite, hélas ! Le ciel sur la route

Est si noir ! si noir ! Aux rosiers d'amour

J'ai voulu cueillir, — cueillir tour à tour

Des roses de pourpre et des roses blanches :

Le sang de mon cojur est encore aux branches ! . . .

Inquiet du sort des tristes humains,

J'ai voulu leur tendre en tremblant les mains ;

Mais lorsque, fiévreux, je sentais la flamme Des purs déNOuements embraser mon àme.

Pour mon front penché, pour mes yeux en pleurs, Les hommes n'ont eu que des mots railleurs !

Alors des grands bois j'ai connu l'ivresse. S'ils n'ont pu cabiier mes cris de détresse,

Du moins ne m'ont-ils jamais repoussé.

J'ai tourné vers Dieu mon regard lassé.

Quêtant un secours: nul secours n"airi\e — Mère, elle avait tort, ta chanson naïxe ?

CO?JFlDE>Ci;S ET MKLANCOLIES

Quelqu'un dans la niiil a parlé tout bas, Quelqu'un qui me a oit, que je i\c Nois pas.

Sa voix, douce au cœur connue un chant qu'on aime, A dit à mon cœur :

— (( Sois bon tout de même ! »

Crépuscule

Le jour baisse. A loisir, de Fair Trais je m'eiiivie. Comme un duvet d'oiseau baliolté par le veut. Sous le souille du cœur mon esprit va rêvant, Prisonnier du réel (|ue le rêve déliMe.

Sur la place, où tantôt on voyait iburmiller. Alerte et bourdonnant, Fessaim des paysannes. Voici le défilé pacifique des ânes.

Qui reprennent, cbar^és du fardeau l'arnilier,

L'Apre cliemin des monts, donl laciuiese dresse V Fliorizon lointain, là-bas, vers le ciel gris. Bien que dans leurs regards vaguement attendris ^ acillent par instants deslueurs de détresse :

Que la faim et la soif frissonnent dans leurs lianes : Que sous le poids des coups, dont retentit peut-èlri' Leur pensée en travail qui s'elTorcc de naître, Le sol sendjle manquer à leurs pas ( liaucelanls,

Ils vont, insoucieux <le Fignorance buniaine. Semant par les sentiers où s'égoulle leur sang. Aux funèbres clartés du soleil pâlissant. Leur dévouemeid candide el Iimu' bonté siM'eini> !

Or, marlyrs et bourreaux, auos et paysans,

— Frères par la douleur, — se lèguent d'Age en âge Et des pères aux fils, un semblable héritage

De misère et d'ellioi. Depuis (piatre-vingls ans,

Cesl aux mêmes chemins la même multitude,

— Qui de la main du maître a pareillement peur, — Pèle-méle roulant vers le même labeur.

Que doit payer demain la même ingratitude !...

— Oh ! qui donc nous dira si le voile des cieux iNe cache pas un jour plus chargé d'épouvante : Ou si, perçant la nue épaisse et décevante, L'arc-en-ciel du matin va surgir à nos yeux ?...

Mais la ville assourdit ses murmures sans nombre. La dernière lueur du jour s'évanouit.

Au fond des airs muets, comme un voleur, la iniit Se glisse à pas furtifs, couvrant tout de son oml)re.

L'immense horizon fume, ainsi qu'un encensoir. Un doux calme s'épand sur la terre assombrie, Tandis que, l'œil distrait, je suis ma rêverie. Qui se perd lentement dans la ])rume du soir.

Port-au-Prince, iSqô.

prière

Seigneur, mon Dieu, je viens à vous Comme au Père infiniment juste.

Et devant votre autel auguste, Je me prosterne à deux genoux.

Qu'au spectacle imposant des choses D'autres assistent, proclamant Le vide du bleu firmament Et l'inutilité des causes;

Que, rebelles à votre voix, Ils dédaignent mon ignorance, Moi qui sens ma détresse immense, Je crois en vous. Seigneur! Je crois

Que votre pouA oir sans limite S'exerce, pitoyable et doux.

Sur ce monde créé par vous, Et qu'aucun soufflo n'y palpite

134 ( I iMIDENCES ET MKF, VNCOLIES

Sinon par votre volonlc' :

Je crois qii"ti travers ràj)re loiile, Oii Ion se meurtrit, où l'on donte, A ous conduisez l"hunianil('>

Au bonheur sincère cl (liirahlc:

Que vous aimez d'un tendre amour, Bien qu'elle erre cent fois le jour, La créature mis('ral)le ;

Qu'aucun effort n'est oublié De ceux qu'on tente pour vous plaire ; Que la prière aous est chère.

Sortant d'un cœur purifié;

Je crois que, dans un anlie monde, jNous serons pour toujours unis Aux morts qui nous furent amis :

Telle est ma foi ferme et profonde!

Mais sur ce peuple agonisant, Qui de son salut désespère, IS'inclinerez-vous pas, mon Père, A otre regard compatissant!'

Sans vous sa perte est bien certaine.

Vous le savez pourtant. Seigneur, 11 est com\ageux au malheur.

Mais depuis si longtenqis il peine !

Secourez-le ! Secourez-iinns !

Et s'il faut à votre jusiicc Que nous buvions tout le calice Pour être pardonnes de vous :

Si, pour prix de tant de soulïVanccs, Vous ménagez à nos enfants Des jours nombreux et triomphants, Rajeunissez nos espérances.

Et nous dirons, n'aspirant plus Qu'à voir venir la mort prochaine :

(( Que votre volonté sereine « S'accomplisse sur vos élus! »

136 I 'i\FIDE>'CES ET MÉLAACOLIES

l^o r^orroiiVoaLi

Pour mon amie.

...Le jour, au bruit des nids, s'éveillait dans les hranelies.

Je vis un bel enfant, aux cbairs roses et blanches,

Qu'une femme en chantant berçait sur ses genoux.

Il avait les yeux noirs, vaporeusemcnt doux,

Indécis et fermés à demi, comme un rêve

Dont la nuit fit Tébauche et que l'aurore achève.

Sur le sein maternel reposait son bras nu.

Jusqu'au bord du sommeil, un sourire ingénu

Illuminait encor ses lèvres entr'ouvertes :

Ainsi rayonne Avril autour des feuilles vertes.

La mère le couvait d'un regard attendri.

Et de ce frais tableau, de ce cadre fleuri.

Une sérénité s'épanchait sur ma peine.

A l'écart, attentif, retenant mon haleine.

Je contemplais le groupe harmonieux... Soudain,

Je sentis sur ma main se poser une main

Si tendre, que mon co'ur battit d'étrange sorte.

A genoux, près de moi, priait ma mère morte.

Qui, désignant l'enfant, me dit avec bonté :

(( 11 est à toi, prends-le : je te l'ai mérité ! »

Anniversaire du 18 Août 1879.

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