E L'AUTOMNE
Je bois ton vent âpre, Automne, acheminé vers des routes incertaines et obscures. Je suis ce voyageai-, jamais las du départ, et qui. parti, rêve encore de s'ea aller toujours. Mon goût de l'aventure est vif et ne sait point se calmer. Je pars sans cesse. Je laisse derrière moi les roules qu'encombrent mes bagages, aies meubles, mes livres, certains bibelots, des clartés et des ombres. Je pars à nouveau et je hume, dans 1© soir vide,
ton venl âpre qai bat mon front devcmu fou.
Le lourd présent acoafel© nies épaules fatiguées, et je suis, dans Le désert où se hasardent mes pae, pareil à un mendiant vieilii qai cherche, au sein d«s ténèbres, les rares étoiles illuminant l'espace sombre. Qui va m'apporter la lainière? Quelle apparition fera de toute cette nuit je ne sais qaeile aurore V
Je m© retourne et sollicite les embres que j'ai laissées là-bas.
Mot; âme d'enfant va-t-e!le renaîtra dans ce soir encore vide? J'écoute; j'écarte les branche» du chemin, et dans Tar-^oisse, j'attends e»ette unie juvénile qai s'était accoutumée de se plaindre et de gémir. Viens donc, i :e pâle, livide, viens recevoir ma caresse. Tu m'as pt mort, qwe c'en était fini des manèges anciens, que h? dormais, blanche et à jamais immobile dans ia poussière heureuse du passé. Je voudrais un silence religieux florissaM tes lèvres et que, sur les tapis de feuilles mortes, ta m"app«araisses, telle use vierge qui vient de désouvrir le baiser et la flamme. Tends-toi vers raa confidence: «J'ai proné le rire, la joie de la
j'ai dormi un moim le lit
pourpre du bonheur rce <]<• croire, je
donnais de L'existence aux .
tnaines. Sous le mirage, je mettais d réels: je trompais à»1 la sorte i ,<>nge
éternel, car, de toute mon imagination, je créais l'amour et la haine, le désir et le baiser. Ainsi, je tenais, dan- des mains avides, les biens les plus chimériques: j'ai été l'homme couronné de pourpre, eriant sa joie, ou ployé sous un sceptre- de roseaux assassins.
Mais il aie fait peur cet être-là. Sa félicité, son mensonge et sa vérité à la fois, n'ont pas épuisé, ma soif de connaître et de sentir. Je hais sa triste possession de lui-même. Je me lève dans l'avenir et dans mon passé. L'avenir, e'est ce qui n'est pas encore. Ànjourd nui, ee n'est que le chemin sombre où je mendie la lumière, où je cherche, espère, attends. J'ai besoin de toi, de ta nouveauté de jadis. Reviens doue dans la douceur sacrée de l'automne, reviens avec tes pieds de neige et d'amour.
Que ce ne soit pas un mirage àc moimême! Est-ce que je vais te recréer?
Brise donc les statues de pierre qui gardent
au | i iir que Lazare, délivré de ses bandelettes, surgisse dans l'éblouissemenl
tcla!
Adieu d >i celte vieille ànae écrasée de fatigue et d'ennuis!
R -vous de rebâtir sur ui, limon moins oscillant, et pour cela, repartir encore, «chercher en gémissante. Sertir de soi-même et s'en ai 1er vers des formes inédites. Que Nar- ; errant parmi des concepts et des moules
ets qui dorment fous I deur des soleils triomphants. Gar, à
n'en pas douter, il sollicite- !o rayon, le rêve nouveau; il veut que le cri qui s'étouffe en lui mente et s'exalte. îl doute de ses chansons d'hier: dan? ses doigts les fleurs sont mortes sans livrer leur ultime secret, et les parfums qui s'éteignent dans le soir lui ont donné une avare caresse. La nuit avait vêtu ses angoisses de noirs manteaux. L'aurore le vit épiant la venue du bonheur, et quand midi sonnait aux horloges son fiont était las d'avoir senti s'y poser le soleii.
Le vent chaud balance maintenant sous son. regard des corbeilles vides: le ciel est dépeuplé des fallacieuses images de son rêve.
Brise dôme, ô créatrice de forces», les «ta tnes qui gardent le tombeau où Lazare im plore la résurrection.
Narcisse rit maintenant des hommes, des choses et de lui-nu' nu : il n'élreindra ; las dans la source son image!
Ses croyances gisent à ses pieds et il promène dans le. doute une nudité qu'oi cehleni le* blessure» de l'expérience. Il sait, pourtant, que l'immortelle naiure continue ses beaux chants inaltérables et que le rythme de lu Terre est une réponse aux jeux des étoiles. Mais, pour lui, les visages de la mort peuplent les bosquets où se tient, pensif, inassouvi, carnassier, le d'eu amour. Sa vision se teinte du reflet de funèb) es images. Il leur sourit amèrement. Vers le cortège des i mbi es <jiii ont commencé de pénétrer dors l'invincible oubli, il tend des mains désolées d'être vides. Plu:-: rien:
Echappé à l'étreinte tentatrice de la source, il n'est plus maintenant que le fantôme de ce qu'il fut jadis, quelque chose de ressemblant à un rêve chu dans le passé. La source a gardé l'expression de soit visage douloureux: mais il s'est sauve de la source!
M francs
PS
Dugas, Marcel Henry Confins