‹ Confins [par] Tristan ChoiseulChapitre 15 sur 16 · DANS LE CHAMP DE CAHNAG · texte numérisé non relu

DANS LE CHAMP DE CAHNAG

Ce champ, c'est nous-mêmes!

Théâtre en ohair et en os, réalité soumise à la joie, à l'enthousiasme et à la dépression; chose qu'habitent, à la fois, le plaisir, la douleur, la vérité et le mensonge; œuvre vivante qui a est jamais terminée et se poursuit sou» l'inspiration contradictoire du bien et du maL Tout cela, véracités de l'esprit, possibilités. du cœur, et ce que» peut eagendrer- au sens de l'éternel — des vitalités méconnues ou

tiVi pris i es; tout (

flux d'émois et de eoncepts (}ui s'affaissent,

aussitôt dressés dans la lumière.

Voyez! <ie ce moi trouble, varié, don de saines, hautes et mauvaises raisons, comme la puissance du mal s'extériorise davantage que celle du bien.

Nous sommes cruels, inhumains, ennemis du bien. Nous sommes hostiles à nous-mêmes, les nihilistes inconscients d'une réalité que nous eussions voulu dévouer à co qui ne meurt pas. Naus, c'est donc, en définitive, et après la tragédie des mensonges, un champ de carnages, de lattes et de défaites finales.

Nous avons beau crier, condamner les forces ob cures et secrètes qui multiplient les oatastrophas et les ruines, l'illusion demeure en-eore chèFe à l'humanité puisqu'elle s'acharne, depuis des siècles, à la création idéale de l'homme.

Mais l'humanité vit de mensonges; ils sont nécessaires à son existence: elle étreint les ombres des ombres. Et le beau poème de vivre s'ébauehe douloureusement à la face des eieux impitoyables.

... La mort plane, se repaît des heures

qui s'écoulent.

Tous nous mourons des vérités de noire être, de les avoir agitées, en vain, au-dessus di: nos têtes et de nôtre ceeur, peur les ramener ensuite dans le cachot de l'âme, vierges moribondes.

Quelle promenade que celle des âmes, ee.pendant, e1 quel délire! Attitudes, provocations, révoltes, discours dans la nuit, immenses supplications qui toschent dans le vide.

Et puis ie silence qui est, à lui seul, us drame où elies s'écoutent penser s&ns se livrer par des saots, des confessions, des adieux définitifs.

•Au fend de leurs mystères, elles se devinent pourtant, penchées sur la raer de ténèbres qui bat la terre de ses houles puissantes. Elles se cherchent, s'appellent, se croisent, se respirent.

Glace rompue, elles chuchotent des confidences, embusquées derrière des phrases indifférentes; elles se livrent même quand elles se mentent.

La minute enivrante est déjà passée lorsqu'elles la désirent.

A foret de se joindre, de se parlai-, (lies s'épandent en distractions, en prose verbale.: ci le moment souhaité entre tous qui les verrait se donner la communion choisie, vol?, moate, nargue, s'éteint.

Les âmes ont lenr destin, des abris temporaires, fictifs, où elles vont se réfugier, là, wii Instant, avant de remonter daws l'azur, portées sur des ailes de chimères «u échouées #hi l'éeueil do l'illusion.

Avmafc d'accepter l'inévitable, et ramenée! souvent à la raison, les âmes humaines s'exaltent, pais font halte, s'interrogent, se sentent gémir et plenrer; tout revient sur le fil électrique que sent les nerfs: les mots, ic.b pensées, les désirs, les sensations, les vérités évidentes, et au bout, l'acceptation, le penchement de la tête sur une volonté résignée.

Le sang ruisselle; et autour du cceu-r et de la tête, il se produit une musique inexprimable, brisée, faite de soupirs des nuits où l'on veut mourir, de gémissements qui. au milieu da l'ivresse des sens crucifiés, s'ex.faalent, perdus, — beau chant fragmenté et que n'achèvent pas les parole, l'espérance

oh le désir

L'effroyable, c'est l'impression que les hic met heures ne reviennent jamais, que certaine pâleur du froal ne s'est pas mirée dans un regard douloureux; que demain va* paraître sans qu'hier lui lègue sa fièvre enivrée; que nous aurons passé cherchant ta vain ta vraie vie.

Le ehaïup de carnage, c'est nous-mêmes.

J'entends des voix...

L'une dit :

«Ne regrette pas d'avoir parié, à l'heure? de minuit, sur la route, et sans que personne entendit tes plaintes; elles jaillissaient si vraies que leur vérité profonde t'agr&ndissait en l'accablant.

»Ne ehorché même pas à les retrouver; laisse-les à L'espaee, à le nuit étciiét; ie destin est immuable; tout ub ocesr déchiré avec sa clameur ne saurait ie fléchir. ï

L'autre :

«Un univers de musiques habite en moi; «tes harmonies qui semblaient de la matière unie à du l'esprit, ou le gémissemeui de

rhomme en proi^ à la Qèv réer, ou

plient ébahi >\s se

; ici se hausser des dans la nuit des mandes, et dans un embrasement îarieux s'éprendre des vo!

armées de délire; toute un? moisson d'épis balancés soas la brise crie* vers le soleil, la lainière, l'amanF.

'J'.ii ?enti. parmi la caresse des vents, ta terre, ronde an sa plénitude, rouler son inlassable tourment vers l'incorruptible beauté des astres.

»Je vous ai accueilli, dans mes bras énamourés. Nuits divises, offrant, en prodigues ferventes, psrmi les parfams, le phème et la douleur, la puipe ardente de vos lèvres.

»J'ai annoncé aux autres mon festin an leur prédisant que le.-, roses qui orneraieat leurs tempes cacheraient les plus meurtrières des épi ses, et qne le via, débordant «les calices, ne gérait qu'un poison déguisé.

»J'ai dit la flamme, le rêve, îa souffrance, la volupté, la mort.

«Et ils ont ri de ce banqnet.

•Us sont allés à d'autres t'êtes, mais je

«nis ({ue leurs festins, à *ux, avaient aussi des poisons et de la mort.

»C©arbé pur ua ohevet d'insomnies, 1? regard ■ de fausses lainières, j'ai salué le spadassin magnifique dm jour dirigeant se* flèehes de pourpre vers la nudité frissonnante de' . »

Cette autre :

«Mon àme, vous nie l'avez à peine révélée, vous vers qui je m'étais avancé les main» ouvertes, le cœur prêt à recevoir en se donnant.

% '/intelligence paraissait à ma studieuse jeunesse un royaume digne d'être conquis.

i)Je eberehais les raisons et les nombres, et la boauiê avait fait de moi un de ses craintifs et fiévreux esclaves.

«Je m'étonnai» de la folie des hommes si de leurs subtiles cruautés.

»J'ai interrogé le sphiax; j'ai crié vers lui, vers ses secrets enfouis dans son front de mystères.

»De rage, ua jour, je l'ai frappé pour «ju'ii me livre des fables que j'eusse apporté aux autres hommes, mes IVères, avec ma

science, mes sanglots et u.

»11 fut sourtl à mes ui<. aux supplications ardentes que, la poitrine gonflée de douleur

tt »ie désir, je poussais vers son immensité indéchiffrable el son silence mortuaire.

» La vie, se as serait alors que des mirages qui se lèvent et créent, pour nos regards intérieurs, l'illusion divine.

»Teut n'était donc que rythmes barbares dans une nature ivre de meurtres el de carnages'/

»Lu roue du destin broyait les êtres sans pitié; elle les choisissait à l'heure où l'aube de ta jeunesse organise dans l'àme, ouverte à la connaissance, un orchestre savant d'harmonies:

3>Gui, là mort, voleuse impitoyable, est venue m'arracher ma jeunesse pour en faire ua paquet de Loue et de sourde poussière.

j> J'eus, sur la nécessité, eette illusoire revanche de partir pour les grandes ombres inflexibles, escorté de la clameur diviae des poèits.

ijMoti agonie s'est confondue avec les sanglots des maîtres de la pensée et du verbe. Et je suis- entré dans la nuit avec des paroles

d; lumière et d'amour.»

Celle-ci:

« Est-ce que les figures s'éteignent peu à peu?

»Estrce que les image? deviennent indécises jusqu'à se dissoudre dans le veut9

» Est-ce que ie désir, à force de n'être pas assouvi, ne recsrt pas lentement dans le cœur humain?

» Est-ce que les yeux qni ne se voient pas s'habitueraient à ne plus se désirer?

» Est-ce que l'amour se changerait en chose usuelle, nécessaire eoBsmc de manger, de boire ou de dormir?

» Est-ce que ce pourrait ne plus être l'émerveillement sans fin?»

Celle-là:

« Je souffre : toutes mes dents souffreat, toule ma tête souffre, mes mains souffrent et mes pieds; et mes bras, et mon corps entier; et mon désir jamais fini et mon âme dont le rêve ne s'éteindra pas.

»Je sais heureax de souffrir, de me regarde* pantelant, déehiré, parce que je m'assure

cruellement de l'amour, de sa persistance, dm tintement de son ineffable grelol dans ma trie et mon àme.

Dje pleur.: da ti s le vent, le matin, la nuit

».Te pleure; j'espère; je doute r mis

parce que j'ai douté. Et je goûte la trisl de ee sourire; c'est une boisson amèn

Celle-là encore:

aJe m'en suis allé avec des aveugles et eedépart minable me faisait mal comme s'il eut enferma quelque symbole effrayant,

» Je suis parti dans la nuit avec dos aveugleset d*es sourds et j'ai cru que je deviendrais aveugle et sourd; et ii aie semblait que, sur cette barque fouettée par les venta d'orage, je n'aurais pas souffert d'être aveugle ou sourd ou que, plutôt, ne sachant rien, j'eusse été, probablement, infiniment malheureux de n& plus voir ni entendre, de ne plus connaître la réalité, même douloureuse, de ne pHs écoûter des mots qui disent la vérité, môme indicible. Abîmes et contradictions i

»J'ai rerapu du pain avec des aveugles et des sourds: j'ai bu de leur vin.

» Et puis, je m'en suis aile dan.s la nuit, le ■vent, tout seul, si seul! et j'ai bu mou âme, mes pensées devenues salées comme la mer.

dLc matin me surprit, un jour, roulé pir l'angoisse. J'ei regarde en moi-même, ea mes sensations; j'ai touché j»es yeux, ai4»ii être. Et il m'a semblé qu? j'étais devenu wur jamais, un sourd et uh aveugle, b

Et cette voix désespérée:

«J'ai eu, à nouveau, la tentation de 1 abime. Jamais je n'aperçois un lac, un fleure en une rivière sans frissonner et me sentir pousser à y élire un repos immuable. Jadis, la mer avee sa vsstitude et eera infini me constituait s'en prisonnier lyrique ei passioune sur des. navires qui m'ost vu atteehé, durant des heures, à leur proue. Nulle haivmenia ne ma semblé eomparnhle à la plainte ri( l'océan. Je nie suis saaulé des géœiBssments qu'il jeteit à l'espace, et si la lune laissait, parfois, sa traîne de diaœauts fulgu- / rer sur les vagues, c'est daes ses plis que mon imagination trouvait une mort idéale. O mer inoubliable!

y> J'ai eu, à nouveau, la tentation de l'abîme.

il aux bords d'un lac où éclatai! «tv ion toile et sai ! -

hommes et de leurs res, le

si le nos et tic la solitude m'y avaient oouduit.

oMon imagination peuplait l'horizon de Souvenirs vivants qui na : ; nne

té choisi'1. Ces êtres idéaux d un souple et capricieux éther. Et ce. n'étaient que vibrations d'ail choses.

»Penehë sur des lys d'eau, j» respirais fleurs merveilleuses q Leur tentative

désespérée de jouir de la lumière avaient vaincu, les puissances de l'abîme; je saluais leur pacifique victoire; je goûtais leur i'ai--

idoutable. ia vie qni, en e 1 î c s . • p< en un poème de lilialc beauté et,

sur un domaine plein de mystères, érigée, glorieuse.

y. St savais que des morts gisaient là, pacifiés de tout leur tragique destin et qu'ils ua connaissaient plus l'iniquité de la lumière. Je désirai les y rejoindre, leur demander de partager avec moi les secrets de leur agonie et leur désormais intangible repos.

»Je me préparais à descendre dans la mort;.

déjà au bord dee lèvres l'eau »»o présentait ses breuvage» d'oubli quand, soudain, un «haut de la rive me fit sentir la beauté du cruel univers: c'était une voix pure qui s'élevait dans un frémi ssoraent de cristal.

»J.e m'arrachai à l'étreinte de la Froide déesse. Mes mains étaient couvertes de glaise, «t dans ma bouche demeurait la saveur acre <les algues, de la mort, du néant.

»Sur le miroir du la©, les lys d'eau qui a- •vaient assisté au drame de la te-ntation, continuaient de boire les rayons et de frémir «ous le baiser des vagues.

•f> Auprès d'eux, j'étais un vainqueur sombre, «levant les flots, le mystère, les jeux du destin «t de l'avenir. »

Le ehamn <ï'e earnago. c'est neus-mèmes.

Pour A. P.

SFR JJtîS CHEMINS

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