‹ ConfiteorChapitre 3 sur 105 · ACTE DE SINCÉRITÉ · texte numérisé non relu

ACTE DE SINCÉRITÉ

lité? Ne puis-je espérer qu'un éclaircissement et un apaisement salutaires seront ainsi obtenus ?

Non pas que je pense à me faire donneur de conserls où à me proposer en exemple. Je crois trop à l'immense variété des intellectualites humaines ef à la fatalité des directions auxquelles elles sont asservies pour prétendre à un tel rôle. Mais parmi les votes indirectes que l'énigmatique Nature emploie pour réaliser ses plans, peut-être les récits fraternels, entre les hommes, des phénomenes curieux, pittoresques ou bizarres qui se passent en eux, sont-ils un des moyens qu'ingénieuse et sournoise cette grande muette a combinés.

Zel est, dans son sens profond, ce Confleor pour lequel je me sens mûr maintenant que j'ai touché l'automne des idées, — ce Confiteor où mon être se dédoublant m'a placé comme Spectateur el narrateur en face de mes actions, — ce Confiteor par lequel j'essaie de solennisSer à mon tour la solennité dont on mn honore : aveu dévénements intimes que

d'ordinaire on garde dans le secret de sa conscience, et avec lesquels le plus souvent on meurt sans les avoir proférés ; comme si l’homme, cet inconnu qui sort des ténèbres pour rentrer dans les ténebres, se plaisait à conserver en lui, durant son court passage, une part de l'obscurité où plongentet son contmencement et Sa fin.

Je pressens que le tort principal de ce livre sera que j y devrai parler constamment de mot. Les hommes eurent toujours un tel sentiment de l'insigmfance de chacun d'eux dans l'universel total, que mème quand elle est demeurée latente, celte cause profonde à compromis les Sympathies pour toute œuvre où l'auteur à nus en Scène sa personnalité, dut cette œuvre viser un bututile de révélation ct d'enseignement comme je l'espère pour la mienne. J'en veux néanmoins courir la chance, ne me sentant pas un vantteux qui se pavane odieusement en public, mais plutot un pénitent fort humble qui S'agenouille au confessionnal.

4 PFatrie

Elles se sont débattues en moi à qui aurait la première place, les Puissances aux grandes ailes qui, sans cesse, voltigent autour et au-dessus du combat de notre vie : telles sur les luttes homériques les divinités en qui l'âme grecque, 1mpuissante aux abstractions qui nous sont devenues familières, incarnait les Forces naturelles, permanentes, indestructibles, alors aussi présentes, aussi agissantes qu'aujourd'hui.

Et, peu à peu, l'idée de la Patrie, résumatrice des multiples influences de la race, du milieu géologique, du milieu social, de l'ata-

visme historique, mapparut en base et ambiance de toute activité positive humaine, et simposa comme devant être exprimée avant tout.

Ah! comme elle sest ‘transformée en moi depuis la conception embryonnaire, et en quelque sorte intra-utérine, de mon enfance, jusqu’à la notion nette, robuste et, je le crois, épurée, actuellement assise, calme, dans mon for.

Mon enfance! Loin, loin, je la considère, et malgré ce si loin je me souviens.

Petit garçon vaguant, vers 1840, dans une wvieiulle- maison ‘dé PBruxélles: rue de Minimes, encore debout. Écoutant parler mon père, écoutant parler ma mère, jeunes encore, de notre Révolution de 1830, événement récent, heureux, non pas terrible mais extraordinaire et de la'batarlle de Waterloo, événement moins récent mais formidable celui-là en son écroulement d'Empire. C'était un mélange confus de sympathies contradictoires, où le plaisir d'être Belges de fraiche

1, Sr ALAMPATRIE II

date s'enchevèêtrait aux souvenirs pompeux de l'éblouissante domination napoléonienne.

Quand j'essaie de retrouver mes impressions d'alors, je les vois en leurs flottants contours, sous des draperies ornées, par des paroles sans nombre, de broderies rappelant l’inépuisable légende de l'Épopée et de son dénouement sanguinaire et mélancolique.

Mon aïeul, établi brodeur passagèrement à Paris, avait couvert d'abeilles d'or le manteau du sacre, De ses deux fils qui y naquirent, l'ainé fut enrégimenté comme mamelouck dans la garde enfantine du Roi de Rome. On m'apprit à lire dans le Mémorial de Sainte- /lélène et mon père, grand promeneur, Îles dimanches de temps clair, me menait, tout petit encore, par la vaste et murmurante forêt de Soignes, au champ de bataille fameux, me racontant, au long du chemin sylvestre, les épisodes émouvants où toujours 11 faisait pencher du côté de la France la balance de l'héroïsme, où toujours sourdement grondait son hostilité contre l'Angleterre qui, inutile-

ment victorieuse pour le cœur fluctuant des hommes, n'avait pas réussi à attirer vers elle leur amour ou mème leur reconnaissance.

Dans ma mentalité à peine naissante, une prédilection se formait, arbitraire, et faussait l'inévitable instinct qui relie tout être au sol et aux traditions dont 1l est organiquement sorti. Cette prédilection allait à la nation étrangère, à la France, dont le nom sonore retentissait autour de moi au milieu d'un concert d’admirations et de regrets, inconscient du pays où J'étais né et où avaient vécu mes ancètres, originaires, du côté paternel, de. Vance et derChantemelle aux sources dé la Semois sur les dernières déclivités de nos Ardennes’ du côté maternel, -de-Catzand, village aux maisons basses et coloriées de la Flandre zélandaise voisin du Zwin aux chiens marins et de la sablonneuse mer du Nord.

Cette tendance s'intensifiait encore par l'atmosphère psychique du Bruxelles de cette époque, aimant la France gauloise par une réaction contre la germanique Hollande dont

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