VI.::=— L'AMOUR
à compliqués rouages, emprisonné dans Île fragile tissu de la peau, là était Imogène, éphémère et muant fantôme.
Mais Imogène n'existait-elle pas avant la floraison de sa radieuse adolescence, avant l'épanouissement du beau commençant midi de sa vie? Imogène ne devait-elle pas exister encore après que la vieillesse l'aurait spoliée et flétrie et qu'elle serait pareille au fruit trop mür ou à la fleur desséchée? Imogène avait donc sa vie propre, sujette aux exaltations comme aux déchéances. L'immuable Beauté ne devait que passer en elle, l'illuminer un instant, puis partir, comme l'oiseau migrateur qui se pose à l'aube sur un arbuste, l'orne de son éclatant plumage, l'anime de son chant, et disparait avec la nuit.
En aimant cette compagne de mes 1llusions, fragile comme moi-même, j'ai aimé alors plus grande qu'Elle! J'ai aimé une force éternelle qui ne naît pas et qui ne meurt pas. J'ai aimé la Beauté et je l'ai confondue avec celle: qui n'en fut que le support, avec.celle
qu'elle ornait comme lartistique décor qui farde la glaise d'une coupe, grise et terne quand elle sort des mains du potier. Cette Beauté qui l'enveloppait de sa caresse me semblait inséparable d'elle, et pourtant elle n'était qu'un fugitif reflet. Sa source était ailleurs, dans les lois inaltérables et dominatrices qui échappent au temps et que nul ne saurait résorber et retenir en soi, fût-1l le plus puissant des hommes ou la plus belle des femmes,
Félène est-:mortel Æ3 Beauté estyeume et vivante comme au premier Jour!
La Beauté promenait sur Imogène l'irisation de son arc-en-ciel et les féeries de sa gloire; sur elle frappait la projection de ses changeantes et ravissantes lueurs. Une heure sonnerait où l'œuvre d'amour pour laquelle elle était ainsi parée, s étant accomplie, elle resterait dépouillée de ces prestiges, dans la simplicité pauvre et blanche de sa personnalité mortelle, semblable à la danseuse sur laquelle ne serpente plus le faisceau des feux versicolores.