‹ ConfiteorChapitre 74 sur 105 · VI. — L'AMOUR · texte numérisé non relu

VI. — L'AMOUR

période la plus brûlante de ma vie, celle de l'été, aux feux plus concentrés que ceux de son printemps ? Ou le nouvel avatar que je vis se produire en moi, quand de nouvelles années me couvrirent de leur ombre, refroidissement (ou pénétration plus aiguë des lois immuables), ne fut-1l pas causé par l’'augmentation de l’âge et la croissante aridité sentimentale qu'habituellement 1l laisse dans son morne sillage et que, par un mirage, je ne ressentais pas quoique, peut-être, elle opérât secrètement.

Je l'ignore comme tant d’autres secrets grevant les origines de nos évolutions psychiques. Je ne puis que constater le phénomène dans sa réalité indiscutable, spectateur de ce qui s'est passé en moi comme si j assistais à ce qui se passe en d'autres âmes; plus proche, il est vrai, du spectacle puisqu'il s'est agi de moi-mème et que je my suis dédoublé, à la fois acteur et regardant.

Insensiblement, je me rendis compte

que cette surexcitation, cette exaspération

de sensibilité m'était personnelle; quelle n'attestait pas une loi universelle, mais une sorte d'accident échauffant jusqu'au rouge mon cœur et mon cerveau; apparemiment réalisable aussi chez d’autres, mais encore inconnu de milliers d'êtres, et, même chez ceux qu'elle atteignait de son prodige, fugitive comme les prestiges d'une aurore boréale. Une conception de l'Amour plus vaste et plus durable, embrassant plus largement dans le Monde les faits incessants qu'il suscite, s'imposait, condensant en une forme plus calme et plus simple, son action et sa souveraine puissance.

Je voyais autour de moi dans l'ambiance présente glissant à travers le temps inarrêtable, je voyais dans le passé où sont entassés les accomplissements à jamais fixés, l'Amour vivre sans s'épuiser, dans les végétaux, les animaux, les hommes, sous l'aspect de crises passagères mettant les êtres, par des organes distincts, par un sens spécial, en communication avec une force naturelle

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