‹ ConfiteorChapitre 94 sur 105 · VIII. — LE LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

VIII. — LE LIBRE ARBITRE

et ses constantes surprises, la vie fertile en joies et chances si souvent injustifiées, la vie fertile aussi en souffrances iniques, qui amenèrent en moi l'ébranlement dont je fais ici la Confession et qu'un irrésistible besoin de sincérité me pousse à dévoiler, parce que souvent je me suis entendu représenter comme un type d'homme à volonté opiniâtre et libre, et qu'il me semblerait hypocrite et indigne de ce Confiteor, de cacher au moment bu Jevais Je clore, quesprésentement, 514€ sens bien en moi la Volonté d'agir, j'en suis arrivé « malgré moi > à douter qu'elle agisse sous l'impulsion de ma prétendue Liberté.

Des faits innombrables, petits, minimes, insignifiants, à côté d'autres, considérables, ont contribué à faire naitre et à développer Gét état d'âme, Je lai dit, «dépuis. des ans je m'observe comme mon double, je mespionne et Janalyse les moteurs de mes Actions, Peu à ‘peu, ces ‘mobiles que je croyais simples, me sont apparus en une multiplicité inouïe et souvent effrayante,

et quand j'aiessayé de mettre à part ceux que je pouvais considérer comme émanant de ma liberté, en quel petit nombre je les ai trouvés toujours et parmiles plusfaibles! Ces mobiles, avais-je même une raison de les croire tous aperçus? Quelle garantie que ma mentalité était suffisamment armée pour les dégager et les pénétrer sans en omettre aucun? En quel nombre et de quelle puissance étaient ceux qui narrivaient pas jusquà mon entendement et néanmoins exerçaient leur influence occulte ?

Peut-on douter qu'une part des événements qui nous prennent dans leurs engrenages et une part des actions qui simposent à nous sous leur influence ne soient pour nous des inévitables? Et si, malgré cette oppression, 1l reste quelque recoin pour notre liberté, quelque refuge réservé où 1l lui est permis de se mouvoir, comment en, discerner lé Jeu et l'étendue: comment, dans la multitude des circonstances qui fourmillent autour de nous, dégager celles

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qui circulent dans le champ aux vagues limites où 1l nous serait permis d'agir à notre guise absolument dégagés des tyrannies du Sort?

Je veux soigneusement, en ces délicats et poignants aveux, éviter de poser une théorie et de dire que ce que j'essaie de révéler maintenant soit autre chose que mon cas individuel. Certes je dois incliner à croire que je ne suis pas une exception parmi les êtres auxquelsles influences toutes-puissantes fontsubir leur despotisme et qu'aucun motif n'existe pour qu'un homme quelconque soit une exception quand il s'agit de phénomènes qui, dès les origines, ont tourmenté les cœurs et les esprits des « mortels lamentables ».

D'autres, peut-être, se reconnaitront dans ce que je décris ici. Je sais aussi que d’autres ont décrit des effets analogues observés en eux. Qu'importe : je ne saurais trop dire que je ne suis pas un philosophe exposant un systéme, mais Un homme isolé racontant son humble histoire.

Histoire fluctuante, histoire de doute!

Car malgré tout ce qu'on peut alléguer pour démontrer que l'étoffe de la vie n'est ni tissée, ni brodée par nous et que la Fatalité, constamment dérouteuse de nos projets, nous l’impose, nous avons néanmoins l'habitude tenace et immémorialement humaine d'agir en êtres libres et de traiter nos semblables en êtres libres. Est-ce que je ne suis pas moimème engagé étroitement dans cette attitude extérieure qui, pour tant d'Européens, fut si énergique durant les années du milieu du xIX° siècle et qui, quoique maintenant s'affaiblissant, demeure encore la conviction de l'immense majorité dans notre race? N’ya-t-1l point là un argument suprème qui surnage au-dessus des flots troubles de toutes Îles controverses, les âmes ayant une invincible répugnance à croire ce quelles démentent incessamment par leurs actions?

Oui, oui, oui! Aussi jhésitel! À me consulter scrupuleusement, j'hésite! Je n'ai pas là-dessus de certitude, quoique je sente

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