VIII. — "ÉE, GIBRE 'ARBIRRE
vaguement, non sans quelque effroi, que le fantôme se rapproche et que je ne sache pas si demain ce qui me reste de croyance à la liberté humaine n'aura pas été tout à fait résorbé.
Car parmi les subterfuges innombrables que la Nature sournoise emploie pour réaliser son Évolution inépuisable vers des buts impénétrables (à moins que cette Évolution même ne soit son but permanent, rassasiant son avidité, sans qu'il faille tarifer ce qu'elle vaut), pourquoi l'illusion de la Liberté n'entrerait-elle pas comme facteur? En quoi serait-elle plus étrange que mille autres étrangetés que nous voyons la Nature utiliser?
N'est-elle pas perpétuellement indirecte en ses voies, en ses moyens et, du moins en apparence, antagonique à elle-même? Ne semble-t-elle pas, en ses chemins, avoir l'horreur des raccourcis? Ne crée-t-elle pas des superfétations d'êtres pour assurer la vie, sauf à créer immédiatement des causes de destruction et de mort pour balayer Île
superflu? L'ichneumon, dans sa seule utilité visible, ne sert-il pas à détruire les chenilles dévastatrices des forêts de pins en pondant son œuf dans leur corps, seul endroit où il puisse se développer? A cette balance de naissances équilibrées par des morts, n'ajoutet-elle pas les souffrances, le raffinement des souffrances, alors qu’il semblerait si simple qu'une telle suprème Puissance eût dès le début produit, avec une justice royale, exactement ce qu'il eût fallu, sans cette débauche de prodigalité inutile et de cruautés désolantes ?
Et dans les actions humaines ne voyonsnous pas incessamment l’équilibre ne s'établir que par des poussées contradictoires, jamais une longue série d'heurs et de malheurs ne se déroulant sans s’interrompre et sans le surgissement. Dizarré dés contraires. Lé Grec.troôp longtemps dans la joie redoutait le Destin ennemi, et se croyait avisé en le conjurant d'avance par le sacrifice d’un objet précieux jeté au feu ou à la mer, symbole des querelles