‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 135 sur 256 · CLXXVII · texte numérisé non relu

CLXXVII

que nous offre le xvi e siècle *; de là, notamment, le singulier succès des Adages d'Erasme , tant de fois réimprimés depuis l'an 1500, et accrus jusqu'à l'excès 2 : aussi Henri Ëstienne s'était-il proposé , ce qu'il n'a pas eu le loisir de faire, d'en donner une édition judicieusement réduite*. Epris de ces locutions caractéristiques où le bon sens public est si plaisamment résumé, il s'était plu d'ailleurs à en orner ses différents ouvrages, avant de leur consacrer un traité spécial * vers la fin de sa carrière.

Si , au point de vue moral , les proverbes ont beaucoup d'importance en nous découvrant les instincts, les prédilections et les habitudes d'un peuple , ils n'en ont pas moins au point de vue philologique et littéraire, puisqu'avec la personnification intime de son esprit , ils offrent en abrégé les tours propres et la physionomie véri-

f . Voy. particulièrement Anf. de Baïf, qui a écrit, en vers français, ses Mimes, enseignements et dits moraux; Et. Pasquier, dans son VIII e livre des Recherches, «travail important, dit M. Le ftoux de Lincy de ce livre, rempli de science et qui a servi de base à tous les ouvrages qui ont été composés sur le même sujet. » — Auparavant, Charles de Bovelles avait publié trois livres sur les proverbes, * Proverbiorum vulgarium libri tos, » Paris, 1531 , in-8°; Polydore Virgile en avait également traité. L'exemple de ces recueils remontait d'ailleurs très-haut, s'il est vrai, comme Ta dit Synésius, qu'Ai istote ait lui-même formé une collection de proverbes.

1. Les Adages, qui étaient au nombre d'environ huit cents dans la première édition, dépassèrent, dans l&Hlerhières, le chiffre de quatre mille.

3. Précédemment il avait réimprimé cet ouvrage avec des notes qui ont été reproduites par Jean Leclerc dans sa belle édition des Adages:

4. Les Prémices ou le premier livre des proverbes épigrammatisés, ou des épigrammes proverbialisées (1594) : ce petit livre est d'une rareté extrême.

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table de son langage 1 . Hardiesse de figures, originalité de pensées, et mots saisis au passage, tout s'y recommande à l'attention de l'érudit philosophe. Ces expressions durables , créées par l'imagination populaire pour rendre ce qui Ta vivement frappée , ces types de brièveté, de justesse et de force font une partie très-réelle de la richesse d'un idiome. Gomme grammairien et comme philologue curieux , Henri Ëstienne devait donc naturellement se préoccuper de ces formes indigènes où notre vieille langue en particulier se distingue par tant de concision et de relief.

Dès Tannée 1558, il avait annoncé dans l'une de ses préfaces que, son Trésor grec achevé, il donnerait au public une collection de proverbes pour déployer tout ce qu'à cet égard nous possédions de ressources. Ses conversations avec Henri III le rappelèrent à cette pensée : néanmoins, quoique pressé par lui de la réaliser, il n'entreprit de le faire qu'assez longtemps après la mort de ce prince. Encore s'esWl arrêté presque au début de sa tâche. Il s'était proposé de partager cette matière en plusieurs livres : mais il n'en a paru qu'un seul , où les vers sont mêlés à la prose. Après les Épigrammes viennent en effet des Avertissements, assez longuement déve* loppés , qui les commentent. Apophthegmes , dictons , sentences , figurent avec un peu de confusion dans ce recueil. La source où il comptait puiser avec le plus d'abondance était celle de nos vieux romans, qu'il avait plus étudiés qu'aucun homme de son siècle ; et non content d'en tirer une foule de proverbes, « espèces de rabbins, nous dit-il , pour la connaissance de plusieurs choses qui appartiennent à notre langage, » il devait nous éclairer

1. Voy. M. Nodier, Mélanges tirés d'une petite bibliothèque , p. 130.

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