‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 141 sur 256 · CLXXXVI · texte numérisé non relu

CLXXXVI

Les mélanges que nous venons de citer méritent en effet l'estime qui leur a toujours été accordée : ils témoignent, au plus haut degré , des vastes connaissances de H. Estienne, de sa pénétration et de sa sûreté d'esprit, en un mot de sa divination merveilleuse de l'antiquité; et ce n'est là néanmoins, ainsi qu'il nous l'apprend, que le résultat de ses heures de loisir, pendant les trois premiers mois de 1578 et trois autres mois de 1589. Ils forment six livres, distingués entre eux par les noms de la moitié des mois de l'année *, et que l'auteur avait l'intention de porter à douze par un complément naturel; mais cette suite a manqué, comme il est arrivé à la plupart de ses travaux. Dans ces improvisations, fruit de l'étude personnelle qui le délassait de ses labeurs journaliers, il déposait les idées que lui suggérait la lecture des écrivains classiques ; il s'y appliquait à discuter et à résoudre leurs difficultés , à fixer les passages indécis de leurs textes et à éclaircir ceux dont l'interprétation était demeurée obscure. En songeant combien l'or de la littérature ancienne avait encore besoin d'être dégagé des scories qui s'y mêlaient, on comprendra la vogue singulière que quelques-unes de ces publications modestes durent à leur utilité même. Les Variœ lectiones de Juste Lipse 2 , les Âdversaria d'Adrien Turnèbe, productions si célèbres et si admirées au xvi e siècle , n'étaient autre chose que des remarques détachées sur les écrivains de la Grèce et de

1. La partie ajoutée en 1589 est la plus rare : la Bibliothèque nationale ne la possède point. Heureusement elle a été , aussi bien que la première, insérée par Gruter dans lé Supplément du t. V e de son Lampas ou Thésaurus criticus , Francofurti , 1607 , in-8°.

2. On a vu plus haut, p. ux, que Victorius avait été aussi Fauteur d'un ouvrage qui portait ce même titre.

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Rome , des épurations de leurs œuvres et des commentaires sur ce que leur sens offrait de contestable. Explications, variantes, leçons proposées, thèses érudites, c'est aussi ce que présente la compilation analogue de Henri Estienne. On y trouve des notes sur plus de quarante volumes latins ou grecs, extraits, comparés, rectifiés au besoin. Beaucoup de ses observations ont été mises à profit dans des éditions postérieures : car, selon le témoignage que lui a rendu André Schott 4 , il a su , par la justesse de sa critique , délier avec bonheur, dans cet ouvrage, les nœuds les plus compliqués. Mais tel n'en est pas pour nous tout le mérite et tout le prix. Grâce aux digressions que Henri Estienne ne s'interdit pas, il y a donné place à une foule d'anecdotes et de petits faits qui lui prêtent souvent L'intérêt d'une chronique littéraire. Là figurent les noms de plusieurs des hommes illustres du xvi* siècle ; là on recueille sur eux l'opinion d'un juge éclairé. S'agit-il par exemple de Muret et d'Érasme , alors rivaux et inquiets par ce motif de leur gloire mutuelle? En blâmant le premier de quelques vives attaques dirigées contre le second au sujet de ses Adages, il fait , non sans raison et d'accord avec la postérité , remarquer à quel point celui-ci l'emporte sur l'autre par l'étendue des idées, l'éclat de l'imagination et la force du génie 2 .

Ces travaux de Henri Estienne nous servent naturellement de transition, par leur double objet, à ceux où il a spécialement traité de la langue et de la littérature latines. Le nombre et l'importance de ces derniers est considérable. Il a été question plus haut de la sympathie reconnaissante qu'il ne cessa de ressentir à l'égard

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