‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 146 sur 256 · CXCI · texte numérisé non relu

CXCI

tions de Sénèque et sur les dangers de son imitation trop exclusive, mérite d'être remarqué dans un si bon connaisseur, à l'époque principalement où une admiration fanatique pour Cicéron érigeait les œuvres de cet orateur en modèle unique du langage latin. Cet engouement datait de loin, et déjà Érasme s'en était raillé avec une grande supériorité de raison. L'objet de son Cicértmien, dont l'apparition fit tant de bruit*, était de réfuter la secte de ces enthousiastes, très-nombreux en Italie , qui, renfermant dans ce seul écrivain toute la richesse de l'idiome et l'idée de la perfection absolue, prescrivaient que l'on se bornât à l'étudier et à l'imiter. Par là ils substituaient le culte étroit de la forme au fécond exercice de la pensée; ils allaient jusqu'à oublier le respect que commandait la religion , en transportant dans le domaine de la foi chrétienne des expressions empruntées au paganisme 3 . Cette superstition philologique devait choquer le goût de Henri Estienne, ennemi de tous les excès , qui voulait la liberté dans le style et n'excluait que la licence. Dès sa jeunesse, il avait décoché contre les cicéroniens, qualifiés par lui de troupeau d'esclaves, plus d'un trait satirique 3 : mais trois

1. 1528 ; Ciceroniamis, sive de optimo Génère dicendi : voy. sur ce livre la Vie d'Érasme par de Burigny, t. V, p. 551 et suiv. ; Hallam, Littérature de l'Europe, t. I er , p. 327. Cons. notamment au sujet de la querelle qui s'éleva, dans le xvi e siècle, sur la mesure et le genre de l'estime due à Cicéron , les Mémoires de l'Acad. des inscript., t. XXVII, p. 195; et M. Charpentier, Histoire delà Renaissance, t. II, ch. v. Il faut rappeler encore une œuvre du malheureux Dolet, qui fut distingué aussi comme imprimeur et comme auteur : « Dialogua de imitatione ciceronianà, adversus Erasmum ; » Lyon , 1 535 , in -4°.

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