CXCIV
joint la pratique au précepte, en donnant un modèle de ce style , qui , n'appartenant à aucune école exclusive, n'emprunte ses mots à aucun ancien de préférence aux autres, mais se contente de les puiser dans le vocabulaire de la langue mûrie par le temps , et cherche surtout ceux qui conviennent le mieux à l'expression de la pensée. C'est avec autant de facilité que de finesse qu'il manie le souple et abondant idiome des Romains; et, à voir sa diction dégagée et rapide, simple et élégante, on reconnaît qu'il a tout d'abord suivi le conseil renfermé dans ce vers, adressé par lui à la foule de ses trop timides adversaires :
Eia , roetum et linguam solve : latinus eris.
Une courte dissertation, placée à la suite de ce traité et qui le complète, roule sur la latinité de Plaute : c'est, en d'autres termes, un exercice préparatoire à la lecture de cet auteur 1 . Là, prenant sa cause en main, Henri Estienne s'élève contre les dédains de certains érudits du xvi e siècle , qui s'autorisaient des préventions d'Horace pour le rejeter comme entaché de rouille et « usant du langage de la mère d'Evandre. » À ces répulsions peu motivées il oppose l'admiration de beaucoup d'illustres Romains et notamment celle de Gicéron. Il s'attache à montrer que Térence, dont le style est réputé classique, appartient à l'école de Plaute et a parlé presque absolument la même langue que lui. Dans ce dernier il loue , outre la force comique et une certaine saveur indigène, la riche variété des formes, très-propre à remédier, observe-t-il , à la disette des latinistes modernes 2 .
1. De Plauti latinitate dissertatio et ad lectionem illius progymnasma.
2. De là le lien qui unit ce traité au précédent : « Cum Platitum scriptorem esse talem scirero , ut prœ quovis alio copiosos ex
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S'il est peu circonspect dans ses plaisanteries, elles n'ont du moins rien de plus choquant que celles d'Aristophane, qui n'offensaient pas les oreilles si délicates des Athéniens. Deux motifs l'intéressent , quant à lui , à la réputation de ce poète : l'un est le souvenir de son père, qui avait pour Plaute une prédilection marquée; l'autre est le caractère de sa diction , où de fréquents idiotismes offrent une affinité singulière avec le français. Les altérations qu'ont subies ses pièces expliquent d'ailleurs, en partie , les jugements sévères dont il a été l'objet. Telle a été la négligence de ses éditeurs , que souvent une ponctuation vicieuse a défiguré le sens de ses pensées, et que des paroles placées dans la bouche d'un interlocuteur ont été mal à propos attribuées à un autre. Henri Estienne, en citant des passages corrompus qu'il s'efforce de restituer, donne , pour le texte de cet écrivain, le signal d'une révision nécessaire ; et il constate , avec la sûreté de son coup d'oeil critique, quelques-unes des améliorations qu'il est susceptible de recevoir.
Ces deux dissertations , que H. Estienne avait composées à sa campagne de Grières, furent suivies de son dialogue le Pseudo-Cicéron, où il s'étendait sur le style, sur le texte et les éditions de l'orateur romain. Selon lui, les adorateurs superstitieux de Cicéron avaient d'autant plus tort de se borner à un modèle unique, que ce modèle, comme tous les monuments de l'antiquité, ne nous était parvenu qu'endommagé par plusieurs siècles d'ignorance. Pour le prouver, il soumettait à un rapide examen les impressions successives de cet auteur, dont toutefois Robert et Charles Estienne , Lambin , Manuce et Victorius, entre autres savants, s'étaient déjà
inoplhus reddere possit, brevem de latinitate iliius dissertalionera... sobjungercThuic libro placuit. »
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occupés. Malgré leurs estimables travaux , il lui était aisé d'établir par cette revue , à laquelle se mêlaient d'excellentes observations littéraires sur les écrits de Cicéron , qu'ils demeuraient falsifiés en nombre d'endroits, et qu'ils appelaient, pour longtemps encore, d'intelligentes rectifications.
Le titre du Nizoliodidascalus* , où se continue la même polémique contre les cicérooiens, a d'abord besoin d'être expliqué. Nizolius, un savant de Modène, pour soulager la mémoire de ceux qui voulaient étudier les ouvrages de Cicéron , dont il était enthousiaste , avait imaginé d'en distribuer dans un vocabulaire les fragments dépecés. Cette compilation, d'un usage commode, avait acquis auprès des partisans aveugles de Cicéron tant de crédit , qu'ils ne le lisaient plus que dans Nizolius; ils se bornaient également, pour écrire, aux exemples que leur fournissait cet abréviateur. En signalant l'abus de ce livre, où l'érudition était simplifiée outre mesure , et Terreur de ceux qui le considéraient comme un résumé de la langue latine , Henri Estienne poursuit sa croisade contre ces esprits absolus et exclusifs qui, entre tant d'heureux génies de Rome, n'admettaient que les chefs-d'œuvre d'un seul et prétendaient y trouver toutes les règles, toutes les sources de l'inspiration. Asservis sous un joug ridicule, il ne leur suffisait pas, pour employer une locution, qu'elle rendit fidèlement leur pensée: ils n'avaient garde d'en user sans être autorisés de Nizolius. Pour ces auteurs sans fonds, épris d'un vain culte pour la phrase, le mérite d'une transcription matérielle effaçait entièrement celui de l'invention originale.
C'est à Hubert Languet, comme lui hardi pen-
t. Nizoliodidascaltts , sive Monitor ckeronianorum Nizolianorum, in- 8°.