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l'aide de ces caractères , dits également les grecs du roi, dont les poinçons et les matrices existent encore aujourd'hui à l'Imprimerie nationale, que furent exécutées» de 1544 à 1550, plusieurs éditions de classiques, qui l'emportèrent sur celles des Manuce en correction et en beauté 1 .
Robert s'appliquait en même temps à reproduire fréquemment les livres saints, dans la langue hébraïque non moins que dans, les langues grecque et latine 2 . Il s'était voué, dès sa jeunesse, à la tâche délicate d'en épurer et parfois d'en interpréter le texte. Cette occupation, l'une des plus sérieuses de sa vie , fut la principale cause des agitations qui la troublèrent. Ses éditions multipliées des Écritures, tantôt entières, tantôt partielles, toujours belles et savantes, ne cessèrent d'exciter contre lui les soupçons et les haines d'un corps redoutable, des théologiens de Sorbonne, qu'il mettait, il est vrai, trop peu de soin à ménager. D'un autre côté, dans cet âge où la passion était prompte à tout envenimer, ses ennemis le poursuivirent avec une violence déplorable , puisqu'elle eut pour effet de nous coûter la perte d'un si éminent citoyen. Il y eut dans cette querelle des torts réciproques , et le blâme peut s'adresser justement aux deux partis.
On se rappellera qu'à cette époque la traduction latine des textes sacrés n'avait pas encore été fixée par ordre
1. Outre beaucoup de réimpressions % supérieures aux impressions primitives , on doit à Robert huit premières éditions grecques.
2. C'était Érasme qui avait publié, en 1516, la première édition grecque du Nouveau Testament; en 1518 il en avait donné une version latine. Mais ces travaux , bien qu'approuvés par le pape Léon X , n'avaient pas laissé de lui susciter beaucoup d'inimitiés et d'ennuis : voyez la Vie d'Érasme par de Burigny, 2 vol» m-12, Paris, 1757, t. II, p. 107.
( xvi ) du concile de Trente 1 . Les nombreuses altérations que l'ignorance de plusieurs siècles avait fait subir au sens devaient donc provoquer la révision des savants. Mais il fallait, pour l'accompagner et l'éclairer, beaucoup de piété aussi bien que de réserve; et la critique de Robert, nous l'avons déjà indiqué, manquait de prudence* Les sentiments de la réforme, prononcés chez lui bien longtemps avant qu'il se rangeât ouvertement de ce côté , tendaient même à se faire jour dans son travail. Ces opinions ne pouvaient passer inaperçues. Alors que le protestantisme venait d'établir deux sociétés dans la société française, et de marquer d'une empreinte ineffaçable la philosophie, la politique, l'érudition, les lettres et les arts, la question de foi dominait tout; sur ce point on s'observait avec une extrême rigueur : rien n'était indifférent de ce qui parait tel aujourd'hui à notre raison plus élevée ou plus froide.
Chargés du dépôt des anciennes croyances , les théologiens n'avaient pas eu de peine à comprendre que si les Écritures étaient livrées à la liberté des commentaires et à la critique du jugement individuel , c'en serait fait bientôt de cette foi docile, nécessaire à la direction morale de l'homme. Mais frappés de la liaison qui leur semblait exister entre la réforme littéraire et la réforme religieuse , l'esprit de recherche et d'examen que stimulait la première étant effectivement en danger d'aboutir à l'autre, ils avaient eu le tort de voir dans la science une ennemie et de la combattre , plutôt que de la vouloir régler : c'était entreprendre d'arrêter le torrent, au lieu de lui tracer un cours. Théodore de Bèze déclare, en com-
i . De là nous vient la version latine consacrée sous le nom <le Vttlgate : cette traduction adoptée par l'Église est, à peu de chose près, celle que saint Jérôme avait composée.