‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 179 sur 256 · Lettre aux pasteurs de Genève : voy. ibid. , p · texte numérisé non relu

Lettre aux pasteurs de Genève : voy. ibid. , p

( cexxxu )'

griefs ; mats ces démarches restèrent sans succès, puisque, renouvelant plus tard ses doléances, il gémissait encore a du refus ordinaire que l'on faisait à ses requêtes, d et de la dure volonté qui le tenait « forclos du lieu de sa naissance et de sa patrie. »

Ainsi, durant de longues années, Paul Estienne usa dans une lutte stérile contre les accidents d'une existence tourmentée une grande partie de ses forces. L'attachement qu'il professait pour le calvinisme semblait pourtant de nature à le protéger auprès des ministres dont il n'éprouva que la rigueur» Ses lettres attestent notamment la douleur qu'il ressentit en apprenant que l'un de ses huit enfants avait été entraîné, suivant son expression, a dans la religion des papistes. » Ce fut Antoine, qui s'établit à Paris où il abjura en effet le protestantisme entre les mains de du Perron , et fit preuve d'un mérite personnel fort distingué. Mais le sort ne l'en traita pas moins durement. Il devait compléter cette longue série d'infortunes qui accablèrent la race des Estienne» Après s'être signalé par de fort belles impressions * , qui , outre le titre de premier imprimeur et libraire ordinaire du roi , lui valurent beaucoup de dettes , hors d'état de poursuivre son commerce, et réduit au dénùment sur la fin de sa carrière, il n'eut d'autre asile que l'Hôtel- Dieu. Ce fut là qu'il mourut aveugle et plus qu'octogénaire, en 1674, comme l'affirme Almeloveen.

Avec Antoine parut s'éteindre, en réalité, le dernier

1. Principalement celles qu'il fit pour la société des éditions grecques dont il était membre et entre lesquelles on remarque l'Aristote de 1629. — Mais, dès 1631 , comme on le voit dans les Registres de la chambre syndicale de la librairie de Paris', manuscrits cités plus haut, il intervenait une sentence, du 26 mai, qui ordonnait « que l'imprimerie d'Antoine Estienne fût vendue en la salle du collège royal , en présence des syndic et adjoints. »

( CCXXXIU )

représentant de cette famille, qui pendant plus de cent cinquante ans avait dirigé des presses d'où sont sortis tant de chefs-d'œuvre; qui, pour prix de son dévouement à la science et au pays, ne recueillit guère que la gêne et l'adversité; à qui du moins il faut assurer la gloire, ce dédommagement tardif du malheur.

Toutefois, quoique les biographes des Estienne aient fait généralement finir leur maison à la mort de ce vieillard 1 , il est prudent de penser, en raison de ses branches diverses et des nombreux rejetons que chacune d'elles avait comptés, qu'elle ne disparut pas tout entière à cette époque, mais qu'elle rentra seulement dans l'obscurité de la vie commune 2 . On ajoutera même qu'aujourd'hui encore quelques personnes croient pouvoir s'honorer d'appartenir à cette illustre descendance s .

1. Il avait eu lui-même six enfants qui, pour la plupart, moururent très-jeunes.

2. Au commencement du xvm* siècle des imprimeurs-libraires se donnaient à Paris pour représentants directs de la famille des Estienne : mais leurs titres alors admis (Niceron, t. XXXVI , p. 25*) ont paru depuis pouvoir être contestés : voy. M. Renouard, p. 519.

3. Voici ce qu'on Usait, il y a peu de temps, dans les journaux de Paris (voy., notamment, le Constitutionnel du 12 mars 185? et les Débats du 14 de ce même mois) : « Peu de personnes savent sans doute que les dernières descendantes des fameux imprimeurs Estienne, qui obtinrent la protection et l'amitié du roi François 1 er , le restaurateur des lettres, et de ses successeurs, habitent la ville de Valenciennes et y vivent dans une modeste obscurité. Ces deux femmes , dont le nom est illustre dans les arts et dans les sciences , sont filles du colonel Antoine Estienne, mort sans fortune. L'une, Henriette Estienne, née à Mézières, le 18 juillet 1795, est mariée à un honnête artisan; Vautre, Sophie Estienne, née à Charleville le 19 avril 1804, vit avec sa sœur. » — On peut consulter au reste, sur ces points, le Tableau généalogique et héraldique de la famille Estienne, que M. A. F. Didot a fait récemment paraître.

Page 1