Hippolyte t v. 424 de l'édit. Didot
4. Le premier de ces hémistiches appartient à la VII e idylle , les Thalysiennes, et le second à la IV, les Pasteurs.
traduisant ces passages en latin , il n'y auroit ordre de traduire tU par aliquis ou quidam, mais lefauldroit laisser; comme aussi a faict Virgile, quand au lieu de ce qu'avoit dict Theocrite lyùv M xiç ou Ta^uwatô^ç, il a dict : sed non ego credulus Mis 1 . Mais qui traduiroit en françois ne seroit en ceste peine ; car nostre quelque ha un usage semblable à cestuy-ci , comme : Ëncores qu'il fust quelque hardi soldat , si craindroit-il telle rencontre. Item , Tu penses bien estre quelque brave homme, où, quelque habile homme. Voila quant au premier usage. Le second, qui n'appartient qu'au nombre pluriel, est quand tivs; est mis après 6X1701 , qui signifie peu au nombre pluriel, ou quand il est mis après les noms que les grammairiens latins appellent numeralia. Lesquels deux usages deTiv£<,ou Tivàç en l'accusatif, sont si communs en Thucydide , qu'à l'ouverture du livre on ne peult faillir de trouver ôXtyouç |*iv xtvaç àTrsxTstvav, ou
Siaxoaiouc f/iv tivoc; tihrexTeivav, OU xpiaxo<j(ou; , ou avec
autre nombre, plustost plus petit que plus grand. Et (si j'ay bonne mémoire) après Thucydide il n'y a nul qui s'y plaise plus que Lucian ; comme au commencement de son Dionysius : àXfyooç U tivoc; àf^oUoxjç veaviorxouç eîvai. Or, je di que nous usons aussi en ceste sorte de nostre quelques, quand nous disons : Il y en eut quelques deux cens de tuez , ou , Il en eschapa quelques deux cens. Item , Ils sortirent quelques trois ou quatre cens; et ainsi consequemment. Semblablement nous adjoignons non pas quelques, mais quelque à ce mot peu, quand nous parlons ainsi : Il n'est demeuré que quelque peu de gens qui s'estoyent cachez. Je voy toutesfois quelque différence en ceci,
1 . Ce trait de la IX e églogue est un des nombreux emprunts que Virgile a faits à Theocrite.
c'est qu'en ceste façon de parler, àXfyou; 8s Tivaç aYpot'xou;, le Ttvà<; , par la confession de tons ceux qui ont quelque peu déjugeaient es lettres grecques, se trouvera estre totalement superflu; mais quand on dit Siaxocfouç ou Tpiaxociouç Ttvàç dbcéxTeivav , il y auroit danger que ce Tivaç ne se trouvast pas du tout superflu ; car en françois mesmes quand on dit : Il y avoit quelques deux cens personnes, cela emporte aucunement doubte, et est quasi autant que si on disoit ; Environ deux cens personnes.
Et puisque je suis sur le propos de ce mot quelque, je ne doy oublier ceste façon de parler, quelqu'un, laquelle correspond totalement au grec eTç tu; , et le tiç y est superflu ainsi que quelque, quand nous disons quelqu'un, Thucydide , xa\ auTwv 2va Tivi xatà Tcfyo; lite^av , où £va suffisoit. Ainsi dirons-nous : Ils y ont envoyé quelqu'un de leur compagnie, où on pourroit omettre quelque, et dire simplement : Ils ont envoyé un de leur compagnie.
D'avantage il fault noter que comme les Grecs usent quelquesfois de eïç pour t\ç (comme quand Thucydide dit évo; àv&poç utov pour tiv<$<), ainsi usons-nous de nostre un. Mais les Latins ne mettent pas ainsi unus pour aliquis; en quoy s'abusent plusieurs jeunes parleurs de latin.
Obs. 6. Je trouve aussi que comme en grec l'adjectif au genre neutre tient quelquesfois la place d'un substantif , en françois pareillement aucuns mots qui sont adjectifs de leur nature servent de substantifs; mais il y a ceste différence , que le grec ne laisse d'avoir son substantif, duquel il use si bon luy semble, ce que n'ha pas tousjours le françois. Exemple : to œuvetov pour *j cuvectç, et to <ppô\if/.ov pour ^ cppdvvjdtç. Item, to 6\a<popov pour 4; âiapopà. Ainsi nous disons : Un accident, Un dif-
ferent. Item: Par conséquent, au lieu de dire, Par conséquence. Et fault noter que quand nous disons, Un différent ( au lieu d'Un débat , ou , Une controverse) nous ensuivons aussi en cela les anciens auteurs grecs , qui usoyent de &ià?opov en ces deux sortes esquelles nous usons de différent. Et ne fault penser que tels mots, Un accident, Un différent, soyent autres que noms, encores qu'ils ayent la forme des participes latins. 11 est bien vray qu'ils pourroyent estre mis au reng des noms participial! lx. Quoy qu'il en soit, ils tiennent la place de substantifs, lesquels ne sont point en usage; car on ne dit pas : Une accidence, pour Un accident; ni Une différence , pour Un différent, qui signifie débat. Et quant au troisième, asçavoir conséquence, il est vray que conséquence aussi est en usage, mais non pas en tel endroict *. Obs. 7. Le grec n'use pas de son adjectif au genre neutre , pour un substantif seulement , mais encores pour un adverbe. Lequel usage aussi est familier au langage françois. Car eomme ceste affettee qui est en Theocrite 2 dit au povre pasteur, Ka\ xaxov é£o<y$eiç« âTc' ifxeu (pi/fe, et en quelque lieu ou quelques lieux de Lucian nous trouvons irov7)pov àbroirvsîv (et nommeement en quelque endroict des dialogues haeteriques 5 ) ne plus ne moins disons-nous tous les jours : Il sent mal ou mauvais , Il sent bon. Ce que le latin ne peult dire que par les adverbes maie et bene, sans licence poétique,
1. On a dit néanmoins, plus tard, en conséquence aussi bien que par conséquent.
2. Cette affétée ou cette femme à prétention est Eunica, qui répond ainsi aux empressements d'un habitant de la campagne : voy. l'idylle XX , le Bouvier.
3. "ETaiptxol SiàXoyoi, c.-a-d. dialogues de courtisanes : production licencieuse , mais propre à nous faire connaître les mœurs du temps de l'écrivain.
par laquelle il use de grave olens, au lieu de graviter olens, et d'autres semblables.
Obs. 8. J'advertiray maintenant les lecteurs de prendre garde à un usage du genre neutre grec, qui de prime face leur pourroit sembler fort estrange; et toutesfois le mesme se trouvera en nostre langue, si nous y regardons un peu de près. Il est vray que devant que venir aux exemples, je veulx respondre à ceste question, si le françois ha un genre neutre comme ont le grec et le latin. Jedi donc qu'il en ha un, mais confus avec le masculin. Et si on replicque , comment n'estant point distingué d'avec le masculin, on le pourra cognoistre, je respon qu'on le discernera par l'application. Et pour donner bien à entendre ceci, je prendray un exemple du latin. Quand nous disons en latin nihil pulchri , nihil honesti, nihil boni , nihil mali, et autres semblables, il est tout évident que ces quatre génitifs ne portent point la marque du genre neutre non plus que du masculin : qui nous fait donc juger qu'ils sont neutres plustost que masculins? Il n'y a point de doubte que c'est l'application; car nous considérons que ces génitifs, estans ainsi applicquez, ont la signification de neutres; et qu'ainsi soit, en changeant de cas, nous avons le neutre, portant sa marque, c'est asçavoir, quand en changeant ces génitifs en nominatifs, nous disons: Nihil pulchrum , nihil honestum, nihil bonum, nihil malum. Or , si ceci est vray au latin , il se trouvera vray au françois aussi, qui r ensuit* totalement en ceci, et non pas le grec. Car nous disons : Il n'y a rien de beau, Il n'y a rien d'honneste, usans semblablement
1 . Ensuivre se distingue de suivre , comme insequi de sequi chez les Latins, par un sens plus fort et plus étendu. Ce verbe se trouve encore dans l'édition, donnée en 1762, du dictionnaire de l'Académie française.
du génitif, et puis le changeans pareillement en un nominatif, si bon nous semble : en telle sorte que nous pouvons veoir évidemment que ces génitifs ainsi appliquez n'ont rien de commun avec le genre masculin ; dont il s'ensuit qu'ils sont neutres : et en pouvons asseurer aussi bien que des génitifs latins pulchri , honesti, etc. Il n'y a que ceste différence , que quand nous avons dict nihil pulchri , et puis venons à changer ce génitif en un nominatif, en disant nihil pulchrum, nous retrouvons la marque du neutre en ce nominatif latin; au lieu que quand nous disons, Rien honnestc, au lieu de, Rien d'honneste, nous n'avons ceste marque non plus au nominatif honneste qu'au génitif d'honneste. Mais que l'application seule , et sans autre indice ou marque , nous doibve suffire pour discerner un neutre, il appert par ceci : c'est que quand nous disons nihil honesti, il fault que l'application nous face cognoistre que ce génitif honesti est neutre (encores qu'il n'en ait point la marque) , avant que nous osions le changer en un nominatif qui soit marqué à la marque du neutre. D'avantage, si les Latins (comme aussi les Grecs) n'ont distingué les neutres d'avec les masculins qu'en une partie des cas (et encores ayans la terminaison commune), pourquoy le françois ne pouvoit-il pas faire le tout pareil? Je di donc, pour conclusion, que le françois ha un genre neutre 1 , reservant les autres raisons
1. Reiz, Belga grœcissans , p. 43, attaque Henri Estienne sur ce qu'il attribue ainsi trois genres à notre langue. Mais si en cette occasion et quelques autres il combat ses assertions , jamais il ne le fait sans témoigner pour lui beaucoup d'égards -. « Hujus verba ea modestia , quœ viro de litteris gratis meritissimo debetur, redarguam ; » Jbid., p. 147. Reiz, dans son ouvrage où il cite à tout moment H. Estienne, en examinant les analogies qui rapprochent, suivant celui-ci, le français et le grec, s'efforce de
à un autre temps , auquel je pourrois avoir meilleur loisir de les déduire*
Gela estant conclu, que nostre langage françois ha un genre neutre aussi bien que le grec et le latin , je veulx advertir d'un usage du neutre grec, qui d'entrée, comme j'ay dict, pourroit estre trouvé merveilleux, et toutesfois nous l'avons aussi en nostre langue : c'est quand on use du genre neutre (principalement au nombre singulier), au lieu du masculin ou féminin, tant pluriel que singulier. Je vien aux exemples. Xenophon, en son
HierOfl) iv y&P twtcj> ll-gGxiv ôj/.ïv, #xi ocv xàXXiaxov fôrjTe, TouTcp cuveïvai. Thucydide, au III e livre, en la page 96 de mon édition, nécpuxe f*p x*l #XXa>; àvôpwitoç to piiv ^spaTcsuov ôîrepcppovetv, to 8è (i4| ôiteTxov SaufxaÇeiv. Et en un autre endroict, ôXfyov B* 3jv to ici<rreuov. Je di qu'en ce premier passage, lequel est de Xenophon, ô* ti xàXXtoTov est dict pour ôVriva xàXXicTov , ou ^vriva xaXXi<raiv. Et es passages de Thucydide, xb 5e p«7reuov et to ôwetxov , pour
to^ç 3epa7reuovxaç et xobç 6ire(xovTa<;, comme aussi ôXiyov to 7riorx6uov pour ôXfyoi ot 7riffxeuovxeç : ce que je monstreray que nostre langue a retenu. Nous disons souvent : Ce qu'il aime est bien aimé; et , Ce qu'il hait est bien hay ; au lieu de dire : Ceux qu'il aime, il les aime extrêmement; et, Ceux qu'il hait, il les hait aussi extrêmement. Et mesmes nous disons en l'autre signification d'aimer : Je ne puis jouir de ce que j'aime. Item, nous parlons ainsi : Ce n'est rien qui vaille, au lieu de dire , C'est un homme qui ne vault rien. Voila où le neutre singulier se prend pour le masculin ou féminin singulier. Or se prend-il aussi pour le masculin pluriel, quand nous disons : On tua tout ce qu'on rencontra armé. Car il est
prouver qu'entre cette dernière langue et le néerlandais les points de conformité sont non moins frappants ou même plus réels.
certain que nous voulons dire : On tua tous ceux qu'on rencontra armez. Et mesraes nous parlons souvent ainsi : 11 tua tout ce qu'il rencontra. Comme aussi ceste façon de parler est fort fréquente aux historiographes grecs, TpiîceTai itSv tb xaô* éautov. Je croy qu'il n'est ja besoin d'user de plus long propos pour monstrer la conformité que nous avons avec les Grecs en cest usage du neutre. Mais, par manière d'esbat, je monstreray comment les Latins aussi, en un certain endroict, ont esté imitateurs de cest usage. Je di, en un certain endroict, pource que je n'ay point souvenance de les avoir ouys user ainsi du neutre, sinon où ils parlent d'aimer. Et pourtant 1 ne fault attendre que j'amène pour le présent exemples sinon de ceste sorte, lesquels conviennent tresbien avec le passage que j'ay allégué de Xenophon. Que si quelqu'un se souvient de quelques autres (je di non pas pareils, mais d'autre sorte), il les pourra adjouster à ceux-ci : et mesmement ceux qui se pourront trouver accordans aucunement à ceste façon de parler que j'ay dict estre familière aux historiens, Tp67rexai irav to xaô' éauTo'v, desquels je ne doubte qu'on ne puisse trouver quelque nombre. Je vien à ces exemples. Plaute , en son Curculio :
Ita tuum conferto amorem ' semper, si sapis, Ne id quod âmes, populus si sciât, tibi sit probro.
Mais Ovide sur tous ha ceste manière de parler fort familière, comme :
Quale sit id quod amas, céleri circumspice mente... Principio, quod amare velis, reperire labora... Hactenus, unde legas quod âmes, ubi retiatendas 3 ...
1 . Ce mot signifiait , à cette époque, par conséquent , partant.
2. Dans le texte du Plaute de la collection Lemaire, on lit amare au lieu d } amorem.
3. Rem. am., \. 89; de Art. am., I, 35 et 263. Ovide, à la tin du dernier vers cité , a écrit ponas.
Et si quelqu'un pense qu'il y ait de la meschanceté cachée soubs ce genre neutre, le rapportant à la licence des payens desbordee et contre nature, il s'abuse : car ^s'il va veoir les passages où sont escripts ces vers que je vien d'alléguer , il trouvera que le poète n'a point voulu laisser ambigu duquel sexe il entendoit. Mais pour ne donner ceste peine , les exemples suivans confermeront mon dire, l'un au commencement du premier livre de Remedio*,
Si quis amat quod amare juvat , féliciter ardet ;
Gaudeat, et vento naviget ille sno :
At si quis maie fert indigna? régna puellse ,
Ne pereat, nostrse sentiat artis opem.
L'autre au vii e livre de la Métamorphose ,
Nerape tenens quod amo , gremioque in Iasonis haerens , Per fréta longa ferar : nihtl illum amplexa verebor.
J'eusse peu amener plusieurs autres passages esquels ce mot amo est ainsi mis avec le genre neutre, mais il m'a semblé que ceux-ci suffiroyent. Et quant aux exemples d'autre sorte (c'est-à-dire où ce genre neutre est joinct avec des autres verbes qu'amo, quelquesfois au lieu du masculin, autres fois au lieu du féminin) , je les laisseray adjouster à quelqu'autre, comme j'ay dict cidessus. Toutesfois j'ameneray cestuy-ci en passant, qui est aussi d'Ovide , en la dernière elegie du second livre qui est intitulé Amorum :
Quod sequitur, fugio ; quod fugit, ipse sequor.
1. Dans quelques éditions d'Ovide, le petit poëme intitulé Remédia amoris est divisé en deux livres : mais en réalité, il n'en doit former qu'un seul. — Lisez plutôt dans le passage cité : féliciter ardens gaudeat, etc.
Obs. 9» Les grammairiens, entre ce qu'ils appellent nominis accidentia, mettent aussi trois degrez de comparaison : asçavoir le positif, comme bon; le comparatif, comme meilleur; le superlatif, comme tresbon. Sur quoy est à noter que, combien que ce comparatif meilleur emporte autant que plus 6on > toutesfois il eschappe souvent au commun peuple de dire plus meilleur, au lieu de meilleur simplement : qui est un vice d'autant plus pardonnable qu'il est pris du grec, qui dit ainsi xpeÎTTOv (xaXXov, et pAxiov (jlSXXov , et ajxeivov fxaXXov. Et
tant s'en fault que ceste superfluité soit réputée vitieuse en ce langage , que mesmes elle est tenue pour élégance. J'ay aussi pris garde à une autre cbose, quant à l'usage de ce degré comparatif: c'est que, comme les Grecs usent en certaines locutions de y etpov pour le positif xaxov , ainsi disons-nous pire en certaines façons de parler, au lieu de mauvais; et en ceste-ci entre autres (laquelle tient de la figure qu'on appelle ironie) : Vrayement voila qui n'est pas pire, que j'aye toute la peine et que vous ayez tout le prouffit. Car c'est autant que si nous disions : Vrayement voila qui n'est pas mauvais. Quant au degré superlatif (dont semble estre venue ceste façon de parler : C'est un homme superlatif, ou, Cela est superlatif), nous devons noter que pour le former nous empruntons des Grecs ceste particule xptç, en changeant le i en e. Et comme le grec disant #X6to; pour heureux, dit TptçoX&oç au lieu du superlatif dXêuÀTotToç, ainsi disons-nous trèsheureux. D'avantage, ainsi que nous usons de nostre très tant en mauvaise part qu'en bonne , aussi usent les Grecs de leur xp(ç. Car comme nous disons tresmeschant , ainsi eux Tpt<x«TapaTo<; : ce que Plaute mesmes en latin a imité en son trifureifer % .