XXIII
devenir la compagne de Robert. Elle réunissait à une grande distinction personnelle beaucoup d'instruction et de modestie ; elle était , à tout égard , digne de présider à cette maison savante dont les contemporains nous parlent avec admiration. Quelques vers du poète d'Aurat nous apprennent, entre autres témoignages, que tous ceux qui l'habitaient s'y servaient presque avec une égale pureté de l'idiome de Térence et de Plaute 1 :
Intaminata quam latini puritas
Sermon» et castus décor !
Nempe nxor , ancillae , clientes , liberi ,
Non segnis examen domus , Quo Plautus ore, quo Terentius, soient
Quotidiane colloqui.
Henri Estienne, en divers passages de ses livres où subsistent tant de souvenirs personnels, nous a transmis à ce sujet de curieux et plus amples détails. Dans une lettre latine qui sert de préface à une édition d'Aulu-Gelle 3 , il se plaît notamment à rappeler les doctes habitudes de cette famille dont le travail était le lien; il peint cette imprimerie qui semblait reproduire l'image d'un gymnase antique : « Votre aïeule, écrit-il à son fils Paul, entendait, aussi facilement que si l'on eût parlé en françois, tout ce qui se disait en latin; et votre tante Catherine , loin d'avoir besoin d'interprète pour comprendre cette langue , savait s'y énoncer de manière à être parfaitement claire pour tout le monde. Les domestiques eux-mêmes s'accoutumaient à ce langage et
1. C'est ce qui a fait dire plaisamment à Ménage, «que du grenier à la cuisine et à la cave tout parlait latin chez Robert Estienne. »
2. 1585, in- 8°, p. 12 et 13. Cf. Proloquium Lexici Ciceronis, et Prœfat. in Diodorum.