‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 219 sur 256 · Au commencement du I er livre de V Enéide · texte numérisé non relu

Au commencement du I er livre de V Enéide

Au III e livre des Amours,

Et quisquam pia thura focis imponere curât ?

Au IX e livre de la Métamorphose ,

— Et sunt qui credere possunt Esse deos ?

Mais sans aller jusques aux poètes, Ciceron mesraes en a usé ainsi en quelques lieux 1 .

Obs. 3. Gomme nostre conjonction copulative et convient en ceste signification estraordinaire avec le xa( des Grecs, aussi nostre disjonctive, asçavoir ou, convient avec la leur, qui est -fi. Car de mesme sorte que quand nous parlons ainsi, Aidez-moy, ou je laisseray tout; item , Taisez-vous , ou je vous donneray un soufflet , ceste particule se prend pour nostre autrement, qui respond au latin alioqui : ainsi use Luciliius de i en la conclusion d'un sien epigramme 2 , qui est telle ,

ÏIX^v x^fxoïï {jtv^ff07iTt vô^ou x^P lv * *1 f*5Y a xpàÇo), "AXXa Xéyei MevexX9jç , dfXXa to yoiptôiov.

Lequel auteur toutesfois je n'allègue point comme si cest usage luy estoit plus peculier qu'à un autre; mais pource que ma mémoire n'avoit point faict provision d'autre exemple.

Obs. 4. J'ay aussi pris garde que nostre conjonction mais ne respond point à <xMà (qui est du nombre de celles qu'on appelle adversatives) en l'usage commun

1. Particulièrement pro Lege Manilia, c. 14; pro Milone, c. 33; etc.

2. Les épigrammes de ce poëte grec, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre satirique latin Lucilius, sont imprimées dans VAnalecta cité de Brunck, t. II, p. 317-343. Voy. notamment, pour celle qui est ici rapportée, la p. 335.

( iàz) seulement ; mais particulièrement aussi en certaines façons de parler : comme quand ils disent , v^ AC àXXa , de mesme sorte que nous usons de Voire , mais; ou, Ouy bien , mais ; ou , Vous dites bien , mais. Car tout ainsi que quand nous disons Ouy bien , mais, etc. , c'est autant que si nous disions , Je confesse ce que vous dites , ou , Je vous accorde ce que vous dites , mais , etc. ; aussi est-il certain que quand le grec dit v^j AP àXXà , s'entend quelque chose telle soubs v9j Ai'a : ce que ne considèrent pas ceux qui lisent W) A" àXXa sans distinction. Et ce qui m'a faict prendre garde à ceci , a esté ceste façon-la de parler que nous avons en nostre langage. Or , quant à ces mots v^ Afoc, de combien près le françois les a suivis, je le declareray en son lieu , c'est-à-dire où je traicteray des etymologies.

En quelques endroicts aussi àXXà et nostre mais ont un mesme usage que nous voyons avoir sed en ce passage de Virgile , au livre IX de Y Enéide,

Sed periisse semel satis est : peccare fuisset Ante satis , penitus modo non genus omne perosos Fœmineum.

Car ici sed tout seul emporte autant que sed dixerit aliquis ; et ainsi diroit-on en françois , en prévenant une objection , Mais c'est bien assez que, etc. ; au lieu de dire, Mais vous me direz que c'est assez que , etc. ; ou , Mais quelqu'un dira ; ou , Mais quelqu'un pourra dire.

Obs. 5. Quant à la conjonction si , je me suis apperceu quelques fois que comme nous en usons en ceste façon de parler, laquelle nous laissons imparfaicte , Si je t'empoigne , Si tu me fasches , Si je vay à toy, et en plusieurs autres semblables ; ainsi usent les Grecs de leur et. Mais il plaira au lecteur me faire crédit de l'exemple pour

quelque temps.

Obs. 6. Au commencement de ce chapitre, en parlant de 8xt , ceste observation est eschapee de ma mémoire ,* asçavoir qu'en la mesrae façon qu'Homère a usé de ceste conjonction en ce passage, qui est vers le commencement du IV e livre de de Y Iliade,

Aai(xov(7) , t{ vu « IIpfajAo; IlpiafAOto it 7caîSeç Tosaa xatxlt (téÇoua tv , 8t dairep^èç (jLeveatvetç ; . . .

nous usons ainsi de nostre que , quand nous disons, Que vous a-on faict , que vous estes si fort courroucé? ou, Qu'avez- vous, que vous estes si eschauffé?

TRAICTE

DE LA CONFORMITÉ

DU LANGAGE FRANÇOIS

Page 1