‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 218 sur 256 · DE LA CONJONCTION FRANÇOISE · texte numérisé non relu

DE LA CONJONCTION FRANÇOISE

En quoy spécialement elle est conforme à la conjonction

grecque.

Obs. 1. Premièrement, quanta la convenance qu'ont ensemble le foi grec et le que françois, pource que les exemples sont assez aisez à trouver, je ne diray autre chose , sinon que ceux qui ont esté les premiers auteurs de nostre langue, ont esté bien advisez de cercher une particule qui respondist en tout et par tout, ou à peu près, à ce fei des Grecs: je di, mieulx advisez ( pour le moins) que les Latins , qui pour s'en estre voulu passer, ont privé leur langage de grandes commoditez. Ce qu'on ne peult mieulx appercevoir que quand on vient à traduire de grec en latin, et principalement livres de dialectique. De quoy je parle comme expérimenté : car traduisant les livres de Sextus Philosophus, qui s'appellent Pyrrhoniœ hypotyposes *, quand je vin à l'endroict où il combat les préceptes de dialectique , et amené plusieurs exemples de syllogismes, de peur que quod ne rendist mon langage barbare , j'estois contrainct, au lieu d'aller tout droict , de prendre un grand tour, et passer par plusieurs infinitifs, dedans lesquels encores à la fin je me trouvois enveloppé. Or quand je parle ici de quod, je n'enten pas de celuy qui signifie quia (car chascun sçait qu'il est fort bien latin ) , mais

1 . Cette traduction de Henri Estienne et les notes dont il l'a accompagnée ont encore été réimprimées très- récemment : Leipsick, 1842, in-8°.

de ce quod duquel la plus grand part du latin d'Allemagne est farci , comme Ego scio quod dominatio tua nos amat. Auquel endroict on a raison de rejecter ceste particule, puisqu'on peult parler par l'infinitif amare ou amari, plus briefvement et avec meilleure grâce , et sans offenser l'oreille des muses latines; mais je ne sçay si elles-mesmes feroyent conscience d'en user pour eschaper de tels passages que je vien de dire.

Obs. 2. La conjonction françoise et s'accorde trèsbien avec la grecque xai , en une signification extraordinaire, telle que parcidevant nous avons observée aux adverbes e?t<x et emi™, quand nous disions qu'ils emportoyent une déclaration de despit ou indignation. Il fault donc sçavoir que comme quelquesfois nous usons de et simplement au lieu de et puis, ainsi usent les. Grecs de xa( au lieu de eTtoc. Exemples : Et vous me faisiez tant le beau beau 1 , traistre que vous estes ; ou , Vous voyez maintenant , et on ne me vouloit pas croire quand, etc. Lucian, en son dialogue intitulé Jupiter tragœdus, Ka\ itou tout', Z *Ep|jtfi, S(x«iov ;

Or, que les Latins ayent donné pareillement à leur et ceste signification, il appert non-seulement par ce passage de Virgile qui est assez commun 2 ,

— Et quisquam nnmen Junonis adoret Praeterea, aut supplex aris imponat honorem?

Mais aussi par ces passages d'Ovide , au II e livre de Remedio amoris,

Et quisquam pracepta potest mea dura vocare?

1 . Locution familière , pour : vous vous montriez si complaisant, si dévoué à mon égard, a Faire beau beau à quelqu'un, suivant l'explication du Dictionnaire de Trévoux, c'est faire semblant de l'aimer. »

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