Ce Flamand ou plutôt ce Hollandais est Adrien Junius
( 199 ) qui a osé tenir tel langage (je traduiray son latin en françois) : « Badé et Bayfe l se vantent que les François de toute ancienneté ont aimé le grec, et allèguent quelque peu de mots de ceste langue qui retiennent des traces de la langue grecque ; à combien plus forte raison nous , Belges , nous pourrons-nous vanter de cela , qui avons en nostre langage quelque peu d'avantage de mots gardansles marques du grec?» Ayant ce Flamend usé de ceste préface, adjouste un recueil de mots grecs, lesquels on retient en sa langue : desquels avant que de parler, premièrement je di que je trouve fort estrange ceste façon de parler, Gloriantur illi, argumente paucularum vocum : quanto justius nobis gloriari licebit , quorum in lingua aliquanto plura ? sinon que aliquanto se die pour multo. Et puis je di qu'il s'est bien abusé de penser que nous n'eussions autres mots pris du grec que ceux qu'avoyent notez messieurs Budé et Bayfe. Or , quant au catalogue qu'il met des mots de sa langue pris du grec , je di que la plus part sont mots qu'ils ont eus des Grecs par main tierce : asçavoir par nostre moyen, qui entr'autres mots leur avons aussi preste quelques-
(de Jonghe), l'un des savants du xvi* siècle : le passage ici rapporté se trouve in Animadversorum lib. VI, p. 274. Loin de se tenir pour battu , Junius répliqua à H. Estienne avec beaucoup de violence : voy. in Append. ad Animad. , p. 390. Reiz est revenu sur l'opinion de Junius, qu'il s'applique aussi à faire triompher , mais dans un langage plus modéré et plus convenable : Belga grœcissans, p. 16 et 148.
1 . 11 s'agit de Lazare de Bayf, qui mit quelques tragédies grecques en vers français, et même, comme nous rapprend du Verdier dans sa Bibliothèque, entreprit le premier la traduction des Vies de Plutarque. D'après le même témoignage, le fils de Lazare , Antoine , qui fut un des amis de Henri Estienne , contribua aussi beaucoup « à introduire en France le plaisant usage de la poésie des Grecs. »
uns de ceux que nous avions eus des Grecs : comme plat, tumbe, couper. Et mesmes je luy demanderais volontiers lequel tient plus du grec Y<xpY*pflJeiv , ou son gargelem 1 , ou nostre gargarizer. Apres, à quel propos renvoye-il sonmotankerau grec df-pcupot, non plus que nous nostre mot ancre, puisque les Latins disent anchora? desquels nous pareillement avons eu plusieurs mots grecs (comme par main tierce) , et les autres langues aussi en peuvent avoir eu. Cependant je le supplie de prendre en bonne part ce que j'en di : car ce n'est que par manière d'esbat; et serois marri de l'offenser, pour les bonnes parties que je cognoy en luy.