‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 238 sur 256 · DES MOTS FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DES MOTS FRANÇOIS

Les uns pris du grec entièrement , les autres en partie s c'est-à-dire en ayans retenu quelques lettres par lesquelles onpeult remarquer leur etymologie.

ADVERTISSEME1ST.

En ce recueil , afin que les mots françois qui n'ont pas seulement retenu les lettres des mots grecs , mais aussi du tout la signification , peussent estre aiseement discernez d'avec ceux qui s'en sont un peu esloignez, es uns (asçavoir en ces seconds) j'ay usé de la particule de : es premiers , non. Exemple : entamer, Ivcapelv , et non pas de IvTafxeîv. Couper , xoweïv , et non de xoraîv. Tumbe , tu{a6oç, et non pas de TOf/.6oç; car tumbe ne vient pas seulement de tu^o;, et en retient les lettres (en changeant, comme il est ordinaire, u en v 1 ), mais signifie la mesme chose. Ainsi est-il de trépan , Tpuwavov , et d'un grand nombre d'autres nommez cidessus. Au contraire, je n'ay pas mis, tuer, Sueiv, mais de Suetv , pourceque 5ueiv ne signifie pas généralement tuer , mais sacrifier. Ainsi haie , halé , non pas #Xtoç , mais de âfXwç. Monopole , non pas [aovo7tu>Xiov , mais de (xovomoXtov 2 .

1. On écrivait alors indifféremment, comme on le voit par Nicot, tombe ou tumbe : on sait, en outre, qu'à cette époque la lettre u se confondait le plus souvent , dans récriture comme dans l'impression , avec la lettre v.

2. Ce mot, pris dans le sens qui lui est exclusivement affecté aujourd'hui, vient évidemment du grec; et, à considérer cette

Au demeurant , afin de contenter ceux qui eussent peu objecter touchant une grande partie de ces mots, que nous ne les avons pas receus immédiatement des Grecs , mais les avons eus d'eux comme par mains tierces, asçavoir des Latins, j'ay mis les parolles latines telles qu'elles, sont (prises pour la plus part du langage latin barbare ou de cuisine) avant les mots grecs, pour couper chemin à telle dispute. En laquelle toutesfois s'il falloit entrer , je demanderois volontiers à ceux qui feroyent telle difficulté, puisque ainsi est que nous avons plusieurs mots, lesquels il est force qu'on confesse avoir esté par nous puisez de la fontaine du langage grec , et non des ruisseaux qui en sont découlez au latin (veu que du tout ils ne s'y trouvent point) , pourquoy nous n'en estimerons autant des autres, j'enten de ceux mesmes lesquels se trouvent en ce latin tel que j'ay dict , si latin se doibt appeler. Je voudrols toutesfois excepter aucuns mots grecs , lesquels nous n'avons pas retenus en nostre langue sans quelque changement , ains avec tel que nous le voyons avoir au latin.

Afin aussi qu'on ne s'amuse à cercher des etymologies phantastiques de plusieurs mots *, je veux bien advertir

seule acception , le doute de Henri Estienne semblerait peu explicable. Mais on se rappellera qu'au xvi e siècle nos discordes civiles lui avaient attribué une signification plus populaire , celle « d'assemblée factieuse qui a pour objet quelque menée » : voy. Nicot , qui traduit en latin ce terme par coitio,

1. Bonaventure des Periers plaisantait à ce sujet, vers le même temps , dans ses Discours non plus melancholiques que divers : « Qui voudra, dit-il an chapitre XVII, resver après ces etymologies prestera force ris pour ceux qui auront la rate un peu saine. » Au reste , la hardiesse des conjectures , depuis l'époque de Henri Estienne , qui ne s'en est point tout à fait défendu luimême, n'a pas été moins téméraire et moins critiquée. Bouhours , dans ses Observations sur la langue françoise, p. 277, s'est

que je les ay omises expresseement 1 . Toutesfois entre celles mesmes que j'ay ici mises , je confesse bien qu'il y en a qui ne me plaisent gueres : mais j'ay souvent adjousté selon aucuns* ou chose telle.

Il ne m'a pas aussi semblé estre besoin de rendre les raisons des etymologies , ni de m'arrester à l'exposition des significations des mots tant françois que grecs; pource que j'ay pensé estre plustost matière de dictionnaire , que d'un traicté tel que cestuy-ci. Toutesfois Petymologie de ce mot de terme ou termes (en la signification qu'il ha en pourtraicture 1 ), m'a bien semblé mériter d'estre accompagnée extraordinairement de quelque exposition ; et mesmement d'autant que ceste «tymologie est de mou creû.

également moqué de cet esprit d'aventure conjecturale qui a suggéré au chevalier de Cailly une épigramme très-connue -.

Alfana* vient d'equus sans doute; Mais il faut avouer aussi Qu'en venant de là Jusqu'ici Il a bien changé sur la route.

1. La i*" édition de la Conformité ajoute ici : « Si toutesfois quelqu'un estoit si curieux que d'en vouloir veoir quelques-unes , il trouvera assez bon nombre de telles en un livre de nostre maistre Perion : je ne di pas seulement de phantastiques , mais de sottes et ineptes , et si lourdes et asnieres , que n'estoyent les autres tesmoignages que ce povre moine nous a laissez de sa lourderie et asnerie, on pourroit penser cest œuvre estre supposé. » Nous avons cité dans notre préface ce travail de Péri on. Contentons-nous de rappeler ici qu'il a en des appréciateurs plus indulgents et même plus justes. Ce pauvre moine ( ce nom expliquerait seul la mauvaise humeur de H. Estienne contre lui) a fait preuve d'un zèle digne d'éloge ; et si ses faux pas ont été nombreux , on songera que dans une voie non encore frayée , beaucoup étaient inévitables.

2. Ce mot désignait l'art de sculpter, comme celui de peindre.

* Mot espagnol , qui désigne une cavale sauvage, ou, du moins, de pays étranger.

Abboyer (plustost qu'abbayer) , de aléot , ou de po<3 , que les Latins aussi ont retenu. Les autres, escrivans abbayer, le déduisent de baubari \

Abysme, abyaus, d6vaao;.

Acariastre, aucuns le déduisent de xàpT), c'est-a-dire teste 9 ;

comme aussi ce qui se dit en quelques lieux , Acarer des tesmoins 4 , semble venir de la'.

Acier, de àxC;, selon aucuns.

Mais je trouve plus d'apparence de le déduire du latin actes, et ce, pour le mesme esgard, asça- ?oir pource que volontiers les pointes sont acérées.

Acolyte , mot que les chrestiens,

1 . On peut comparer à cette espèce de vocabulaire qui termine l'ouvrage de H. Estienne, un vocabulaire analogue que présente le IV e livre de l'ouvrage latin de Jean Picard , cité plus haut, de prisca Celtopœdia y in-4°, 1556. L'auteur ne se borne pas d'ailleurs à montrer la similitude d'un grand nombre de mots des deux langues; il tire cette conclusion du rapprochement de beaucoup de tours analogues : « Neminem existimarim adeo Midam , qui non his, quœ adhuc adducta sunt, perspectis , recte intelligat ac judicet eam esse nostrae cura grœca lingua affinitatem , ut hœc aliquando nobis propria ac familiarissima fuisse videatur (p. 154). Atque id sane, continue-t-il, multo magis judicabit, si praeterea agnoscat nullam esse linguam , cujus phrasis propius ac melius nostra graecae respondeat (p. 155). »

2. Baubari lui-même , employé par Lucrèce, paraît venir du grec ftoûÇw.

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