XXIX
personnes qui ne lai avaient rendu que des services. Dans son antipathie contre un clergé dont quelques membres l'avaient persécuté, il oublie qu'il y avait trouvé aussi de puissants soutiens : entre ceux-ci était le savant et vertueux prélat Pierre du Chastel , qui s'était presque compromis à force de le défendre. Toutefois , pour atténuer les torts de Robert, il faut songer quelle était la violence des combats de plume à cette époque , et quel vide , quelle plaie saignante le regret du pays avait laissés dans son cœur. Du port qu'il avait choisi , il ne cessa de tourner ses regards vers sa patrie bien-aimée , et de détester les querelles qui lui en fermaient les portes. Cet exil ne fut pas moins préjudiciable aux lettres antiques qu'à son bonheur : dès son arrivée à Genève , sa première publication , Y Institution de la religion chrétienne par Calvin 1 , annonça quelle serait la direction ultérieure de ses travaux. Il ne songea plus guère qu'à mettre ses talents et ses efforts au service de la cause du protestantisme. Des ouvrages de polémique religieuse, et les saintes Écritures, annotées dans le sens de la réforme , tels devaient être désormais presque les seuls produits de ses presses. Quant à l'établissement des Estienne, il ne disparut pas de la capitale. Robert avait laissé sous la garde de son frère Charles la typographie et la librairie de la rue Saint- Jean-de-Beauvais : elles continuèrent à subsister , grâce à ses soins éclairés. En même temps celui-ci , représentant actif des intérêts d'une si nombreuse famille, adressa une requête à Henri II , en faveur de ses neveux
commun aux Estienne. Voy. Schelhorn , Amœnitates litterariœ , t. VII, p. 98; t. VIII, p. 342 et 485.
l. Déjà plusieurs fois imprimée : l'auteur avait achevé à vingtsix ans (1535) ce manifeste du protestantisme.