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reconnaîtra volontiers que Robert a été souvent bien inspiré par la passion qui l'anime. L'ardente conviction qui se fait jour dans ce plaidoyer personnel , donne à ces sortes de mémoires scandaleux un certain accent de vérité. Le style y est incisif et pittoresque, la logique serrée; des mouvements d'éloquence, répandus même çà et là, assignent à ce factum un rang distingué parmi ceux du xvi« siècle. C'est une preuve, entre plusieurs, de l'excitation que la réforme communiquait aux esprits et du progrès qu'elle imprimait à l'idiome. Quant à l'amertume et au défaut de mesure que présente cette pièce, ils résultent de l'entrafnement d'une colère longtemps amassée. Érasme avait su , il est vrai , vers le même temps , en répondant à la Sorbonne qui avait censuré ses ouvrages , éviter cette intempérance de paroles et se ménager l'avantage d'une modération railleuse : mais c'est là un secret des maîtres que ne possède pas Robert. Il livre carrière à son indignation contre des ennemis qui l'avaient fait trembler tant d'années. Ce que Ton pardonnera moins que cette fougue et cet emportement, ce sont les in j ares qu'il adresse à des croyances que jadis il avait feint de respecter *, et son ingratitude pour des
où il y a beaucoup d'esprit sous une forme âpre et sévère, aurait plutôt encore, ce me semble, quelques points de conformité avec un ouvrage dont la malice charmait si fort Érasme, les Lettres des hommes obscurs, Epistolœobscurorumvirorum. On sait que cette ingénieuse satire fut dirigée contre les docteurs de Cologne à l'occasion des disputes qui éclatèrent entre Reuchlin et Hoocstrate. « Plusieurs savants y eurent part, dit l'auteur cité de la Vie d'Érasme, tll, p. 555, mais Hutten est celui qui en a fait la plus grande partie, si même il ne les a pas toutes faites lui seul. »
1. D'après cela, on ne sera guère surpris que, lorsque 1559, sur Tordre de Paul IV, une première liste des livres prohibés par l'Église fut dressée, Robert ait été placé au nombre des auteurs dont les publications étaient interdites : sort qui fut, d'ailleurs ,