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atmosphère, si imprégnée de science sans pédantisme , il reçut cette première éducation de foyer domestique qui n'en est pas moins efficace, pour ne s'accomplir qu'à notre insu. Par l'effet des conversations nourries qui chaque jour frappaient ses oreilles, bien des connaissances lui vinrent sans lui coûter aucun effort et le préparèrent à en acquérir davantage.
Les grandes occupations de Robert ne lui laissaient pas le temps d'être , pour les langues anciennes , le précepteur de son fils. 11 le confia donc, dès sa plus tendre enfance , aux soins d'un maître qui dut le mettre en état de suivre les leçons des professeurs renommés de la capitale, que la ferveur des études classiques entourait d'un nombreux auditoire. Ce maître avait déjà chez lui d'autres écoliers beaucoup plus âgés, à qui il faisait expliquer les chefs-d'œuvre dramatiques de la Grèce. Pour stimuler leur émulation , il avait même imaginé de les transformer en acteurs; il chargeait chacun d'eux de déclamer l'un des rôles. Le jeune Henri, témoin de ces représentations, aux premiers sons d'un langage qu'il n'entendait pas encore , sentit tout à coup son âme s'éveiller à l'attrait d'une nouvelle jouissance. Séduit de cette harmonie inconnue, il demanda avec empressement d'être admis à figurer dans la pfèce que l'on jouait en ce moment : c'était la Mèdèe d'Euripide. Mais pour faire l'un des personnages, il fallait comprendre la signification des mots, il fallait de plus, d'après l'usage alors général d'interpréter les textes grecs en latin , n'être pas étranger à cette langue. Henri, sur cette objection, répondit résolument qu'il la savait; et, sans avoir ouvert une grammaire , il avait en effet appris à bégayer ses pensées dans cet idiome, pour lui en quelque sorte maternel. On céda enfin à la persévérance opiniâtre de ses prières ; mais on crut pru-
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dent, par une dérogation à la règle, de lui expliquer, cette fois, la Mëdée en français.
En peu de temps, à force d'être Médée, Jason, le coryphée , Egée et Gréon tour à tour, Henri pouvait réciter par cœur la tragédie entière. On rapporte qu'obsédé même la nuit du charme de ces vers, on l'entendit plus d'une fois les déclamer dans son sommeil 1 . Avec cette volonté énergique ou plutôt cette fougue passionnée, il triompha de la difficulté des éléments, devina, plus qu'il n'apprit, les règles de la grammaire , et rassembla si vite dans sa mémoire une multitude incroyable de tours et de mots , qu'on eût dit des souvenirs troublés et confus se réveillant en foule dans son esprit. Il fut bientôt assez avancé pour avoir besoin d'autres leçons que celles de son premier professeur.
Dès l'âge de onze ans il était digne d'être l'élève des plus habiles hellénistes , sans posséder encore la langue latine, dont il n'avait que cette teinture due à son éducation domestique. Mais on sait que Quintilien était d'avis qu'on fit passer l'étude du grec avant celle du latin' : sentiment que partageait Rabelais', très-versé dans ces deux idiomes, et qui fut aussi celui de Robert et de Henri Estienne*. Les nouveaux maîtres de celui-ci furent successivement Pierre Danès, Tusan ou Toussain et Adrien Turnèbe, qui honorèrent tous les trois par leur enseignement le collège de France 8 . Dahès, que
1. Voy. la préface des Poetœ grœci principes , Genève, 1566, in-f ; en outre celles des Parodiœ morales t 1575, in-8°, et du Thésaurus grœcœ linguœ.