‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 51 sur 256 · LY · texte numérisé non relu

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un excellent connaisseur de cette époque S entre Jean Second et Marulle , il remettait en idée l'exquis et le simple; il eut à la fois pour effet de tempérer le pindarique et de clarifier le Rabelais. » On peut suivre à la trace ce doux rayon qui éclaire la seconde partie du xvi e siècle. Il se reflète surtout dans du Bellay, dans Ronsard , dans Desportes. Mais bien d'autres encore ont été , par moments, inspirés d'Ànacréon : Tahureau , Passerat , Durant , Rapin , Magny , Baïf , Thiard , Vauquelin de la Fresnaye, enfin Belleau, plus heureux toutefois lorsqu'il se contente de l'imiter 2 que lorsqu'il veut le traduire.

Il ne faudra pas en effet chercher la reproduction du gracieux modèle dans les vers français de ce tourneur, que Ronsard, en jouant sur son nom , accusait d'être pour son rôle un biberon trop sec 1 , mais bien plutôt dans la copie latine de Henri Estienne, qui n'a pas été surpassée: tel est l'attrait de sa traduction, admirablement fidèle à la lettre et à l'esprit du texte grec , tout en se présentant avec l'allure facile d'une conception originale*. Jamais il n'a manié avec plus d'aisance cette langue qui

1. M. Sainte-Beuve, « Anacréon au xvi e siècle : •» voy. ce morceau placé à la suite du Tableau historique et critique de la poésie française au xvi* siècle; Paris, Charpentier, 1843, p. 440 et suiv.

2. Témoin sa pièce d'Avril où il n'est pas demeuré trop audessous de la Cigale d'Anacréon.

3. Scévole de Sainte-Marthe a dit, en s'adressant à Belleau lui-même, dans ses Épigrammes , liv. 1 er ,

Sobrius ebria cantas

■\ Seuls facetl pocula.

4. 11 plut à quelques-uns, tels que Joseph Scaliger, d'attribuer la traduction latine à d'Aurat : bruit qui s'explique par la grande célébrité de ce poëte : Colomesii Opuscula, p. 109.

( lvu ) lai était comme naturelle ; jamais la versification , asservie cependant aux lois d'un mètre rigoureux , n'a eu plus de souplesse et d'harmonie sous sa plume. Mais l'illusion que cette version a faite aux contemporains est à elle seule un éloge hyperbolique qui nous dispense de tout autre 1 .

Henri Estienne comparait à bon droit, dans sa préface, ces charmantes compositions à cette merveille de l'antiquité, à ce navire d'ivoire, parfait dans sa petitesse , qu'enveloppaient tout entier les ailes d'une abeille. Doué de cette variété d'aptitudes et de qualités que nous offre le xvi e siècle, le savant Henri Estienne avait la main assez légère pour ne pas froisser ce chef-d'œuvre si délicat ; et , presque en même temps, ses recherches s'appliquaient avec non moins de succès aux plus graves monuments de l'ancienne littérature. Vers la fin de 15.34, nous le retrouvons à Rome découvrant une partie inédite de Diodore de Sicile, dix nouveaux livres qu'il devait bientôt mettre en lumière. Encore ces exhumations laborieuses ne suffisaient-elles pas à son activité. Ici se montre à nos yeux un trait saillant de sa physionomie, son dévouement à la France qu'il avait quittée, mais qu'il ne cessa jamais d'aimer. Ce patriotisme, qui eut plus d'une face, faillit à cette époque lui coûter la vie. Son mérite personnel le sauva. Notre ambassadeur à Venise,

1. On sait moins généralement, et il est moins nécessaire de savoir, que H. Estienne a donné des mêmes odes une traduction française : cons. à ce sujet Maittaire, p. 219 et 500; et Longepierre, Œuvres d'Anacréon et de Sapho, traduites en vers français, Paris, 1684, in-12 : Pré fi. La préface de M Ue Lefebvre (depuis M me Dacier , qui , elle aussi , a traduit Anacréon ) lui avait appris , dit-il , « que Henri Estienne avait mis auparavant en vers français les mêmes odes qu'il a rendues latines. » Mais il ajoute qu'il n'avait vu que les dernières.

( tntt ) Odet de Sel ve, avait grand intérêt, pour le bien de nos affaires , à être informé de quelques secrets politiques qu'il fallait aller chercher à Naples. Il s'adressa à Henri dont il appréciait la résolution et l'attachement an pays. C'était en avril 1555, lorsque Sienne, énergiquement défendue par Strozzi et Montluc contre les troupes de Gosme de Médicis , était forcée de céder à la famine* Henri se rendit aussitôt à Naples et y remplit habilement sa mission : mais reconnu par un Italien , qui prétendait ravoir vu à Venise et auprès de l'ambassadeur français, il n'échappa au danger qu'en parlant l'idiome napolitain avec une perfection qui le fit passer pour un indigène 1 . Il excellait à se servir de chacun des dialectes aussi facilement que s'il n'eût pratiqué que l'un d'eux : circonstance rare , même parmi les philologues d'une contrée où le langage commun subit tant d'altérations. Sa prononciation ne trahissait en rien son origine étrangère. En revenant, au milieu de la même année, avec de nouveaux trésors patiemment amassés (aucune préoccupation ne pouvait le dérober entièrement à celle de l'érudit), H. Estienne résida à Paris pendant quelques -mois. Il y rapportait un choix d'idylles de Théocrite , de Bion et de Moschus , traduites en vers latins , qu'il avait publié à Venise et qui peu après le fut une seconde fois par Robert II 1 . D'autres impressions de Paris qui appartiennent à cette époque , et où se voit le nom de Henri , sortent en réalité des presses de son frère et de

t. C'est ce qui est raconté dans la Précellence, voy. p. 32 de notre édit.; cf. la fin de la préface de la Conformité, où il est aussi question de cette mission diplomatique.

2. A la suite de cette version , où H. Estienne a retenu çà et là l'accent de tendresse et l'abandon gracieux qui distinguent les pièces originales, sont placés quelques autres morceaux, entre lesquels une élégie de Properce rendue en vers grecs.

( tf* ) son oncle , avec qui il contracta peut-être une association temporaire. Son Anacréon avait paru chez Charles Estienne : chez celui-ci il édita, en 1554 également» plusieurs parties des œuvres critiques de Denys d'Hall* carcasse. Elles étaient précédées de deux épîtres , en forme de dédicace, l'une latine, à Victorius 1 , l'autre grecque, adressée à l'ambassadeur Odet de Selve dont on sait l'honorable liaison avec Henri. Dès ce moment et jusqu'à la fin de sa vie, il ne manqua jamais de saisir l'à-propos de ses publications pour se rappeler à ses protecteurs ou à ses amis : un vif intérêt de ses épltres préliminaires, c'est qu'elles jettent beaucoup de clarté, non pas seulement sur les travaux et les projets de Fauteur, mais sur les relations et le caractère de l'homme. Henri préparait vers le même instant une réimpression annotée et complète des œuvres de Cicéron. Un exemplaire de l'édition qu'en donnait alors Charles Estienne (1551- 1555), couvert de savantes observations et retrouvé récemment , nous fait connaître ce dessein qui n'a pas eu son exécution.

Après ce séjour dans sa ville natale où il se plaisait à s'attarder , Henri était de retour à Genève vers la fin de 1555. En 1556 ou au commencement de 1557, il reçut de son père les moyens d'y fonder une imprimerie 2 . A vrai dire , bien que dans un établissement distinct de celui de Robert, il lui succéda pour la publication des livres de l'antiquité : on n'a pas oublié que celui-ci les avait délaissés afin de s'occuper presque exclusivement des œuvres de polémique religieuse. Le fils inaugura tout

1. Pierre Vettori : savant éditeur et commentateur italien, auteur des Variœ lectiones. On le connaît davantage sous son nom latinisé : il est cité parmi les amis de Henri Estienne.

2. C'est par erreur qu'on a prétendu quelquefois qu'il avait possédé une imprimerie dès Tannée 1552.

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