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d'abord ses presses par cinq éditions grecques, données en peu de temps et consacrées à des auteurs dont une partie vit le jour pour la première fois : magnifique début, qui répondait à la noble idée qu'il s'était faite des traditions domestiques que son ambition était de perpétuer 1 . Les grands travaux naissent des grandes pensées. Dans cet âge où s'élaboraient les éléments de l'avenir , la passion qui se mêlait à tout inspirait la force de concevoir les unes et d'exécuter les autres. Dès l'entrée de Henri Estienne dans la carrière typographique, il est curieux d'étudier la source d'où sortiront de si mémorables effets. Avec une haute opinion de la dignité d'une profession étroitement liée au développement des sciences et des lettres , Henri avait devant les yeux l'illustration déjà conquise par sa famille. Ce saint dépôt lui semblait remis entre ses mains : jaloux de le conserver intact , il brûlait de justifier son nom en rivalisant avec l'activité de son père et partageant sa gloire 2 . C'était là pour lui comme un oracle de l'honneur et du devoir auquel il ne cessa d'obéir, et qui lui fit en quelque sorte vaincre sa nature.
Cet homme, à qui nous sommes redevables de si pro-
1. Les seutes productions de cette année (1557) eussent suffi et au delà , d'après la remarque de Maittaire , pour établir la réputation d'un érudit.
2. « Ut paternam in paterna diligentia gloriam aemularetur...» De là ces deux vers d'un contemporain qui célébrait les travaux du père et du fils , voy. Maittaire, p. 495 :
Lis oritur gralas inter musasque latinas, Natus utrum palma dlgnlor, anne pareas.
La postérité a prononcé, et l'on a pu dire du fils que « si les Estienne tenaient le premier rang parmi tous les imprimeurs du monde , ils n'avaient eu entre eux personne de comparable à Henri II e du nom : » voy. Almeloveen, p. 128.
( *xi ) digieux travaux , était effectivement né , qui pourrait le croire s'il ne nous en avait fait la confidence , avec un penchant décidé pour une vie insouciante et oisive 1 . Il n'est pas rare de voir ces vocations naturelles, troublées ' par une volonté ferme , aboutir à l'excès qui leur est opposé. Henri Estienne, alors âgé de vingt-cinq ans, avait déjà appris à se surmonter lui-même, lorsque l'émulation généreuse dont il était animé donna un nouvel essor à ses talents héréditaires.
Ses sentiments se révèlent surtout avec éclat dans une publication de cette époque, le Lexique grec-latin de Cicéron. Là sont recueillis et rappelés, dans un ordre alphabétique, les mots , les tours, les phrases empruntés aux Grecs par l'orateur romain , et les parties qu'il a traduites de leurs ouvrages 2 . Mais ce qui rend ce livre principalement remarquable, c'est la préface, sorte de manifeste où l'auteur, nous faisant pénétrer jusqu'au fond de son âme, décrit la voie qu'il veut parcourir. Il s'y représente plein de ce culte filial qui forma toujours un trait touchant de son caractère, rempli d'admiration pour les travaux paternels et poursuivi par leur souvenir. Pouvait-il donc s'assoupir dans un lâche repos, réveillé qu'il était, comme un autre Thémistocle, par les trophées deMiltiade? Ah 1 bien plutôt il devait , ainsi qu'Alexandre , éprouver une crainte : c'était que son père, à force d'exécuter de glorieuses entreprises, ne lui en laissât plus aucune à accomplir 1 .
Le Lexique était accompagné de Corrections sur le style de Cicéron. Dans cette suite de leçons nouvelles , ingénieuses pour la plupart, que proposait Henri, se