‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 60 sur 256 · LXXII · texte numérisé non relu

LXXII

ceux qui se sont engagés les premiers sur ce terrain toujours glissant de l'étymologie , s'il est vrai qu'en elle, comme Ta dit Bacon, tout le génie des langues soit renfermé. Sans s'appesantir sur ce que les recherches de Henri Estienne ont souvent d'incomplet en ce genre , et ses conjectures de subtil , on avouera donc qu'elles ont eu un heureux effet, celui de faire pénétrer plus avant dans l'intelligence des mots, d'en déterminer, d'en fixer la signification 1 . Un autre mérite qui lui fut propre, c'est qu'il a traité le premier en français des sujets sur lesquels on n'avait jusqu'alors écrit qu'en latin , et par là imprimé un progrès sérieux à la philologie et à la critique, tout en étendant le cercle de notre littérature.

De son temps, il faut en outre le remarquer, les analogies de notre langue avec le grec étaient plus multipliées que du nôtre , et on les trouverait même plus nombreuses encore, en se reportant plus avant dans le passé 3 . Par suite des changements qui se sont produits parmi nous depuis H. Estienne, bien des observations de détail, justes à son époque, ont cessé de l'être'. C'est à quoi ne songeait point Goujet, en lui reprochant

1 . H. Estienne le dit dans ses Hypomneses, où il revient encore à plusieurs des idées émises dans la Conformité; voy. p. 105 : « Multœ si quidem sunt voces quarum origo cognita non solum multo eas melius mémorise infiget, sed ad cognoscendam etiam significationem multura ad ju menti est collatura. »

2. C'est ce qui a conduit M. Littré à penser que notre vieux langage convenait parfaitement à la traduction des poèmes d'Homère : voy. la Revue des Deux-Mondes , n° du 1 er juillet 1847.

3. Voy., à cet égard, M. Ampère, Histoire littéraire de la France avant le xit e siècle, t. \ n t p. 122. — En traitant, dans le V e de ses chapitres préliminaires, des influences de la Grèce sur la Gaule, M. Ampère a dû apprécier le livre de la Conformité: il Ta fait avec justesse, en éclairant ce sujet par beaucoup d'observations ingénieuses. Cf. le même écrivain dans son Histoire de la formation de la langue française , p. 316.

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