‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 68 sur 256 · LXXIX · texte numérisé non relu

LXXIX

l'on n'a pas épargnés au caractère de Henri Estienne. Mais , pour avoir le droit de le défendre encore au besoin, nous ne dissimulerons aucun de ses défauts. Dès sa première jeunesse avait percé en lui un esprit mobile, inquiet, prompt à se laisser aller aux chimères. Il avait cette sensibilité maladive , impatiente de tous les froissements du dehors , qui nous prédestine aux mécomptes et au malheur. Depuis, au milieu de ses travaux , il ne sut pas échapper au joug d'une imagination ombrageuse et mécontente, toujours emportée vers le changement. De là comme un voile jeté sur ses qualités solides , la difficulté de son commerce , cette brusquerie et cette rudesse qu'augmentait la multiplicité des occupations qui se disputaient son temps : lui-même s'est peint « forcé de faire part d'une même demi-heure au grec , au latin , au français * ». En outre, son amour-propre intolérant lui suscita une foule d'ennemis. La confiance trop manifeste qu'il avait dans ses lumières le rendait peu accessible aux conseils, rétif à la critique et irritable à l'excès. Passionné lui-même dans ses haines et amer dans ses censures , il donnait volontiers carrière à sa malice et à ses railleries. Cette humeur satirique et mordante lui inspira , l'année même qui suivit celle où il publia la Conformité, une composition d'un genre bien différent, quoique son titre captieux semblât encore annoncer une œuvre d'érudition : mais tel n'est pas le caractère de V Apologie d'Hérodote 2 . Sous prétexte de

mariages dix moururent fort jeunes , et l'on ne voit parvenir à Page mûr que Judith , Paul et Florence dont il a été déjà question , enfin une autre fille de Barbe, Denise.

J. Préface de Y Apologie d? Hérodote.

2. Plus exactement : « l'Introduction au traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, ou Traité préparatif à l'Apologie pour Hérodote, » in-8°, 1566.

Page 1