‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 7 sur 256 · VI · texte numérisé non relu

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des services rendus à la raison humaine : ce sont elies que l'histoire littéraire s'applique maintenant à renouveler. Non contente de perpétuer le souvenir de ces hommes bien rares, dont le nom rappelle des chefsd'œuvre, elle a pensé que toutes les carrières laborieuses renfermaient des enseignements utiles; et plusieurs écrivains, dont la modeste existence n'avait pas pressenti un tel honneur , ont trouvé dans notre époque de studieux biographes.

Avant de traiter spécialement ici de Henri Estienne , il est à propos de se reporter aux origines mêmes de l'illustration que sa famille s'est acquise à différents titres , durant tout le seizième siècle et une grande partie du dix-septième. Le chef de cette race célèbre s'appelait également Henri ; on le connaît sous le nom de Henri I er (car dans les membres de cette maison se rencontre le privilège affecté aux rois, d'être désignés par les seuls noms de baptême et distingués par des chiffres , l'éclat répandu dès le principe sur les prénoms des Estienne les ayant fait, parmi eux, conserver presque invariables). Destiné à fonder cette espèce de dynastie du travail et de l'intelligence , il vint au commencement du seizième siècle exercer à Paris l'art de la typographie, découvert depuis cinquante an» environ , et qui comptait déjà , en Italie surtout, de si honorables représentants. On a dit qu'il était issu d'une bonne noblesse de Provence et qu'il fut conduit par un goût passionné, contre lequel la fierté de ses parents lutta vainement, à embrasser ce que l'on appelait alors la profession mécanique d'imprimeur*. Les preuves manquent à l'appui de cette extrac-

t . Au reste ce préjugé ne dura pas , et le grand Adrien Turnèbe, ainsi que le nomme Passerat, ne crut pas déroger, quoique issu d'une famille noble , en se faisant imprimeur peu de temps après.

( Vil )

tion illustre dont n'ont pas besoin les Estienne ; et sur ce point , comme sur la date précise et le lieu de la naissance du premier Henri , on est réduit en réalité à de simples conjectures. Il parait qu'il s'était formé en partageant les travaux d'un typographe allemand : c'est, en tout cas, aux années 1502 et 1503 que remontent les plus anciens livres sortis de ses presses; d'abord une traduction latine de la Morale d'Aristote , ensuite un abrégé de Y Arithmétique de Boëce. La renaissance classique n'avait pas encore commencé en France; mais les écrits d'Aristote y étaient en honneur , son nom florissait dans nos écoles, grâce à la scolastique dont le règne n'était pas fini : on le voit assez par les titres seuls des ouvrages que ce Henri fit paraître. La plupart appartiennent à la liturgie et à la controverse, ou roulent sur des matières de piété. Parmi eux figurent aussi quelques parties de Xénophon, d'Hippoçrate et de Galien, publiées dans des versions latines ; en outre deux premières éditions, l'une de Celse, l'autre de l'Itinéraire faussement attribué à Antonin. On remarque les noms de Politien, de Sabellic, d'Érasme et du fécond docteur Glicthoue en tête des livres modernes. Il n'y en a qu'un en langue française , celui du chanoine de Bovelles a sur l'art et la science de Géométrie pratique. » Nous devons à M. Renouard une liste exacte de tous ces volumes. Un intérêt de ce catalogue et d'autres semblables, c'est qu'ils conservent la trace des études, des tendances et des prédilections de nos pères : en replaçant sous nos yeux bien des œuvres tombées dans l'oubli , mais qui ont eu leur part de faveur publique et leur moment de renommée, ils nous rendent une image fidèle de l'état des mœurs et des esprits dans notre ancienne société.

Plus de cent vingt ouvrages publiés, tel fut le produit de près de vingt années de travaux , remarquable pour cette

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