‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 74 sur 256 · LXXXV1I · texte numérisé non relu

LXXXV1I

nombre est une version latine des psaumes de David qu'il donna en 1568', et dont le mètre rappelait son Anacréon. Mais dans un mouvement de repentir que Ton croira volontiers poétique , le traducteur semblait regretter la charmante découverte de sa jeunesse; comme si son imagination plus sombre eût condamné ces poésies profanes, il voulait, disait-il, en offrir un correctif et placer en quelque sorte le remède à côté du mal :

Sic œmulabor hastam Quœvulnus inferebat, Addebat et med elam .

Quos sauciavit olim Nervis chelys profanis , Sanabit illa nervis Aptata christianis...

Les graves pensées de l'écrivain s'associaient d'ailleurs assez bien à la situation d'esprit de l'imprimeur, mécontent du présent et soucieux de l'avenir. Cette humeur chagrine, justifiée par les événements, se fait voir dans une pièce latine de 1569, en vers élégiaques. Henri Estienne y suppose que l'art typographique gémit de l'état de langueur et d'abaissement où il est tombé 2 . Une lettre en prose, non moins curieuse que l'œuvre, lui sert de préface; et l'auteur signale,

1. Henri Estienne a de plus traduit en vers grecs quelques psaumes de David : on trouvera ces pièces jointes à la Paraphrase des Psaumes par Buchanan, édit. de 1566 et 1575.

2. « Artis typographies Qnerimonia de illitteratis quibusdam fypograpbis, propter quos in contemptum venit : » pièce réimprimée par Almeloveen, Maittaire et M. Renouard; reproduite aussi avec une traduction française par le libraire Lottin (in-4% 1785), qui a fait suivre cet opuscule d'un tableau généalogique de la famille des Estienne depuis 1 500.

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parmi les causes de cette décadence, l'incurie et la nullité de plusieurs de ses confrères. L'indignation qu'il ressent contre eux suffira, dit-il comme Juvénal , pour le rendre poète :

Si natura negat, facit indignatio versuiu.

11 les poursuit en effet avec une certaine verve satirique , et c'est par la bouche de la Typographie, qui se plaint amèrement de ceux qui font tout à la fois outrage à leur profession et à l'antiquité 1 . Elle réclame de tous ses vœux le concours des hommes instruits , capables de lui rendre son ancien lustre ; elle repousse ceux qui la déshonorent : ce sont d'une part les mécaniques, que dirige le seul amour du gain et qui reculent devant l'achat de bons manuscrits ou l'entretien d'habiles ouvriers; de l'autre les ignorants qui , non formés par l'habitude à la pratique de leur art, n'en soupçonnent pas même les difficultés et prétendent l'exercer sans préparation , comme chacun au temps d'Horace croyait pouvoir composer des poèmes. A en croire Estienne , beaucoup de typographes et de libraires ne comprenaient pas une ligne des épîtres dédicatoires, en latin ou en grec , qui précédaient leurs livres ; bien plus, ils auraient éprouvé de l'embarras à désigner les lettres de leur nom : discerner, dans leurs publications , une page blanche d'une noire était tout ce qu'ils savaient faire. Comment , dès lors , s'étonner des fautes multipliées qui défiguraient les anciens chefs-d'œuvre?

1. Ces plaintes devaient reparaître dans la Lettre de Henri Estienne sur l'état de son imprimerie dont il sera question tout à l'heure, où « il déplore la condition des écrivains qui tombent «ntre les mains de certains typographes. »

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