XII
rouille dont les avaient entachés plusieurs siècles d'oubli; et y pour cette seule littérature, on ne lui dut pas moins de quatre-vingts réimpressions importantes. En outre il en donna la clef dans un livre d*une érudition et d*un labeur immenses, son Trésor de la langue latine^ y bien digne de ce nom , puisque , les écrivains de Rome fussent-ils perdus sans exception , on retrouverait tout leur idiome dans Touvrage de Robert. Car il ne se borna pas à y exposer avec scrupule le sens général des mots ; il y fixa avec précision ces nuances délicates que leur avait ajoutées le goût sûr et délié des meilleurs esprits. Depuis, on n'a pu mieux faire qu'en prenant ce vocabulaire pour base et pour guide des travaux du même genre^.
Mais ce fut surtout pour la publication des textes grecs et orientaux que Robert ouvrit une nouvelle et large voie à la typographie française. Là-dessus aussi, des voisins, placés alors à la tète de la civilisation européenne, avaient pris sur nous les devants, nous laissant la gloire de perfectionner leurs travaux. Les Italiens firent particulièrement usage, dès 1481 , de Timpression en caractères gi'ecs. Quelques années plus tard. Aide Manuce,,et après lui son fils et son petit^fils , lui donnèrent de grands développements à Venise • : elle ne fut
1. 1531 à 1532. — Entre les nombreuses réimpressions, on remarquera celle de Bâle, 1740-43, où beaucoup de notes de Henri Ëstienne, consignées dans un exemplaire que la bibliothèque de Genève avait conservé, ont pu être reproduites.
2. La maison Didot, qui semble se plaire à confondre ses titres de gloire avec ceux des Estienne, annonçait sur Pun de ses derniers catalogues une édition nouvelle de V admirable Trésor latin de Robert, qui paraîtrait, disait-elle, $(ms les auspices du winistre de Vinsirtiction publique. Espérons que M. A. F. Didot n'a pas oublié cette promesse.
3. Jusqu'à eux , onze volumes feulement avaient été imprimés en
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introduite chez nous qu'au commencement du seiadème siècle. Jusque-là nous nous contentions en général de lirerantiqoité grecque dans des traductions latines, sans recourir aux originaux. François Tissard, originaire d'Amboise, fut le premier qui édita, vers 1510, chez l'imprimeur Gilles Gourmont , des livres grecs fort imparMtement exécutés, malgré les peines qu'ils coûtèr^t. Parmi ceux à qui l'on dut quelque progrès, on remarque Conrad Néobar, qui fut, en 1538, nommé imprimeur du roi pour le grec, si l'on s'en rapporte toutefois à des lettres patentes dont l'authenticité n'a pas paru inattaquable ^ Quoi qu'il en soit , Jusqu'au moment où Robert dirigea de ce côté son activité intelligente, le nombre des auteurs que nous avions publiés en grec était très-restreint et l'on ne se servait que de caractères défectueux. Pour la typographie orientale , et notamment l'impression des livres hébreux, le même Gourmont l'avait abordée en 1508. Néanmoins, en dépit de ses efforts, continués par Gérard de Morrhy et Chrétien Wéchel , on était singulièrement arriéré à cet égard, et il n'y avait encore eu, à Paris , que de rares et d'insuffisant essais, lorsque Robert, encouragé par les libéralités de François I^r, le fondateur du collège des trois langues, au nombre desquelles était l'hébreu , entra dans cette carrière avec plus de courage et de succès.
Par lui , bientôt , tout changea de face. Muni des beaux caractères de Le Bé , fondus sur l'ordre et sans
langue grecque. Les Manuce , en soixante ans environ , donnèrent soixante-trois éditions princeps : on en dut trente-trois au seul Aide l'ancien, de 1494 à 1515, entre lesquelles les ouvrages d'Aristote , de Platon , d'Aristophane^ de Démosthène , etc.
1. £IIes ont été publiées par M. Crapelet *. vpyez à ce sujet le Jownal des savants, avril 1836, p. 248.