‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 167 sur 243 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Le traité de la Conformité du langage françois avec grec, par Henri Estienne, nous a semblé le complé- !nt naturel de la publication que nous avons faite tout rnièrementy la Precellence du langage françois par odéme auteur.

Ce n'est pas qu'on attache aujourd'hui beaucoup importance à ce rapprochement des deux langues, ms l'avouerons sans peine : cette idée d'un érudit raitrait fort peu digne de nous occuper encore, si t érudit n'était Henri Ëstienne. Mais le but de celui-ci t, comme on sait, d'examiner notre jeune idiome sous Qtes ses faces , d'en pénétrer toutes les ressources , en déployer toutes les richesses. Il ne se renferme pas , ailleurs, teilemen^t dans ses sujets, qu'il n'y mêle une )Qle de digressions qui ont leur utilité : en somme, 3s précieuses remarques sur notre propre langue , qu'il tudie très-finement , sont à nos yeux le principal in- ^èt de l'ouvrage très-rare que nous rendons au public Quant aux analogies que ce livre signale ou qui exitot réellement entre le français et le grec , il n'entre as dans nos vues de les contrôler en détail , et, partant , B redresser notre auteur, de le suppléer ou de l'étendre : )tis avons assez montré dans notre Essai sur Henri ^tienîie ce que de pareilles discussions peuvent offrir

toujours de contestable , d*incompiet et surtout de superflu. Il faut se borner à dire , avec le comte de Maistre (Du Pape ^ Aise, préliminaire, §2), que^ans notre idiome a on aperçoit les poussières de différentes nations, mêlées et pétries par la main du temps ^ »

Nous avons cru devoir être très-sobre de notes : on nous excusera facilement de ne pas répéter dans cette édition les observations ou explications qui ont trouvé place dans celle de la Precellence.

Voici , toutefois , pour ceux qui voudraient pousser plus loin rétude de la conformité du langage grec avec le français ou d'autres idiomes^ quelques indications qu'ils pourront mettre à profit.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit des ouvrages où Yechner veut établir les points de rapport du grec avec le latin, Mpnosini avec l'italien , Reiz avec le néerlandais : qu'il nous soit permis, au sujet de ces livres et de quelques autres que nous avons précédemment indiqués, de renvoyer le lecteur à notre J:ssai sur Henri Estienne '.

i. Par exemple I suivant la remarque du même auteur, dans ses Soirées de Saiut-Pélersbourg , 2* entretien : « Maison est reltique, palais est latin, basilique est grec, honnir est teutooique, rahot est esclavon, almanach est arabe, et sopha est hébreu. »

2. On citera, comme ayant fort généralisé la question, A. Roullier , dans Tœuvre suivante : « The primitives of tbe greek tongue in five langunges, greek, latin, english, italian and french ; » London , 1806 , in-S". Joignez-y S. Bergier, « Éiéments primitifs des langues découverts par les comparaisons (les racines de Phébreu avec celles du grec , du latin et du frâii' rais ; >» les Analogiœ linguœ grœcœ du célèbre helléniste Van Leniiep ; enfin , Jénisch qui a établi ( Berlin , in-S**, 1796) une comparaison philosophique et critique de quatorze langues, entre lesquelles figurent le grec et le français; et A. Murray qui, traitant de la composition des langues européennes , a recherché les rapports

Mais nous rappellerons que des prétentions semblables à celles de ces auteurs ont été élevées par bien d'autres , au nom de leurs langues respectives. Bernegger , mentionné par Reiz, a fait cette remarque : « Vir de litteris , praecipue graecis, optimemeritus, Henr. Stephanusgallice tractatum in lucem emisit , de linguœ grœcœ cum gallica conformitate. Si quis id operœ laborisque sumere vellet, posset utique multo grandius de germanicae graeeaeque linguae cognatione volumen conficere. ». II a en effet abordé ce point philologique qui a été traité également, avec plus ou moins de détails, par Cruciger , Brendel , Morhof, Helwig , Méric Casaubon , etc.*. Le grand poète KIopstock, qui n'a pas dédaigné d'écrire sur plusieurs sujets de grammaire, a repris la même idée et cherché , par un sentiment patriotique , à montrer qu'il y avait des rapports frappants de parenté entre les langues grecque et allemande : opinion qui a trouvé, il est vrai , un rude contradicteur dans Guill. Schlegel : voy. le Combat des Langues de celui-ci dans son Athenœum. Stiernhielm et Budbeck (fils] ont signalé ies analogies du grec et du suédois. Vétroite affinité du nisse avec le grec a été aussi la matière d'un ouvrage étendu , publié à Saint-Pétersbourg par le prêtre Constantin iconomos, écrivain et orateur distingué ^

rfe Pallemand, du grec, du celte, etc. : « History of the European languages," 2 vol.-ln 8". Wagner a donné une traduction allemande ie cet ouvrage en 1825.

1. Sur ce point les ouvrages écrits en Allemagne abolident, et Inelques-uns portent une date très-récente. Un savant de ce >ay8, Jâkel, a même prétendu démontrer, dans un ouvrage Paradoxal, que ce sont les langues grecque et latine qui ont été ort redevables à l'ancienne langue germanique, en lui faisant le nombreux emprunts (Breslau, 1831) : thèse qui a été aussi soutenue par le savant écossais Jamieson.

2 . AoxC(JLiov itspl Tfi; nXtiaieaTaTTiÇ <nJYy€veîaç T>î;I>.a6ovoptt><T<nx7it; t\wj<Tr\ii irpô; t9jv éXXiQvtxfiv, 1828 , 3 vol. in-8^

Mentionnons encore une thèse assez récente et fort singulière d'un professeur de grec, dans l'académie de Posen , nommé DankowslLi , où il a entrepris de proaver (( Homerum slavis dialectis cognata iingua scripsisse»: in-S*", de viii et 20 pag. ; Yindob. et Posen , 1829.

A l*appui de son assertion il a traduit littéralement en slave les cinquante premiers vers de V Iliade :

Mini ni badei , régna y Paleniada Achilewa

OùXo{i.évT)v, 9j (jLupC 'Axaioïç à^ye' êÔyîxêv Ulomene, ke zmiri Achajom zale wetakoje

Il poursuit la comparaison qui, pour le radical des mots , n'offre pas, dans les vers suivants , des analogies moins frappantes , et il explique ainsi les différences qui se trouvent entre les formes : « Slavorum Iingua hodierna eodem modo differt a grœca , scriptis ad nos perlata, quo antiquum sermonem hellenum a seriore diversum esse Plato in Cratylo testatur. » On peut voir sur cette thèse un article renfermé dans le Bulletin des sciences de M. de Férussac, numéro d*avril 1830, p. 412*.

Quant à ce qui concerne spécialement notre langue quelques auteurs avaient traité, avant Henri Estienne, de sa ressemblance avec le grec.

Charles de Bovelles, dont il est question dans la j^tbliothèque de du Verdier, a laissé un ouvrage « de differentia vulgarium linguarum et gallici sermonis varietate , n> où sont énumérés tous les mots grecs que nous avions dès lors transplantés parmi nous de chez lesGrecs:

1 . On rappellera, à ce sujet, nn ouvrage de Bernd , qui a paroi Bonn en 1823, in-S", sur « la parenté des langues allemande et slave entre elles , et avec le grec et le latin. »

il fut imprimé à Paris, 1533, in-4<*. Périon (l'éloge de ce savant a été fait par Sainte-Marthe) publia , sous le règne de Henri II, quatre livres de dialogues, latins comme l'oeuvre précédente et celle qui suit, a de origine lingus gallicas et ejus cum grsBca cognatione, » Paris, 1555, in-8*. Deux ans après, Jean Picard revenait sur les points de contact du français et du grec , dans un travail singulier, par lequel il prétendait établir que les Grecs avaient dû aux anciens Gaulois leur civilisation et leur idiome : deprisca Celtopœdia lib. Y, in-4<>. C'est assez montrer quelle était , vers l'époque où écrivit Henri Estienne , la vogue des études comparatives auxquelles il se livra sur les deux langues. De son temps, elles furent aussi l'objet d'un intéressant chapitre des Recherches de la France ^ par Est. Pasquier : c'est le deuxième du liv. vni.

Depuis lui , ces matières ont encore été abordées par

plusieurs écrivains. On remarquera particulièrement

ime Observation de Bonamy a sur la conformité du

langage françois avec le grec vulgaire , x» contenue dans

les Mémoires de l'Académie des inscriptions ( 1"" série ,

t. XXIII, Hist,,^. 350 et suiv.); surtout un « Essai de

supplément au traité de Henri Estienne , de la Conformité

du langage françois avec le grec, b par Joseph Dacier

[mêmes collection et série , t. XXXYIII, Hist., p. 56 et

suiv.). Dans ce dernier morceau, se trouve annoncé un

recueil où ce savant* prenait soin de noter, en lisant les

luteurs de l'antiquité grecque , tous les rapports qu'il

ipercevait entre leurs façons de parler et les nôtres. Son

plan est tracé : Dacier ne devait pas seulement constater

1. Il est mort en 1833, dans sa quatre-vingt-onzième année: membre de l'Académie des inscription depuis soixante et un ans , il appartenait aussi à TÂcadémie française.

les similitudes; il se proposait de rechercher quelles étaient les circonstances historiques qui les pouvaient expliquer. Mais le travail promis n'a point paru.

La face opposée de la question a été envisagée dans une autre dissertation cr sur la différence qui existe entre la langue grecque et la langue françoise: » ibid.,

t. XIII, p. 399.

Enfin , de nos jours , M. Fauriel a indiqué de nouveau divers points de conformité dans quelques pages de son Histoire de la poésie provençale , 1. 1 , p. 70 et 197.

Revenons au traité de Henri Estienne. Jusqu'à présent il n'en avait été donné que deux éditions. La première , sans date et sans nom d'imprimeur , est sortie des presses de l'auteur lui-même , et se rapporte à l'an 1565 : ce fait est bien établi; la seconde fut imprimée à Paris chez Robert Estienne , IP du noin> et dans l'année 1569 , comme l'indique le frontispice: à cette double différence près, le titre y est semblable. L'une et l'autre , de même format (petit in 8*) , portent la marque des Estienne. Celle-ci présente des caractères un peu plus forts , et par ce motif contient quelques feuillets de plus que la précédente (l'épitre dédicatoire et la préface n'étant d'ailleurs numérotées dans aucune des deux ) : on suppose qu'elle a été publiée en société avec un autre libraire , J. du Puis , dont le nom se voit sur une partie des exemplaires. Celle-là est d^une impression très-nette et très^élégante , et ce qui la distingue au premier coup d'oeil , c'est un certain nombre de pages ou fins de pages laissées en blanc, et en tête desquelles on lit ces mots : a Place pour adjouster ( ou mettre) ce qui se trouvera (ou aura esté) omis ; » elles terminent chacun des chapitres^

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