PREFACE
Contenant, entre autres choses , une remonstrance du desordre et abus qui est aujourdhuy en l'usage de la langue francoise.
£n une epistre latine que je mi, r«n passée audevant le qnelsques miens dialogues grecsS ce propos m*esfaapa : Quia multo majorem gallica lingua cum grœca nbet affinitatem quant latina , etquidem tantam [absit nvidia dicto), ut Gallos, eo ipso quod nati sint Galli , maximum ad linguœ grœcœ cognitionem irpoT^pyjfjia seu rXsovsxTTjfxa afferre putem... €e propos (selon que J*ay eu cognoistre) a esté trouvé de bon goust et de bonne igestion par plusieurs de ma nation , bien disposez pour ager de telle chose : mais je me suis apperceu que •eaucoup d'estrangers , au contraire, Pont trouvé fort reUy et qu'il leur a esté de si dure digestion que tous- 3urs depuis ils l'ont gardé en l'estomach; et mesmes ucuns d'eux m*ont ouvertement faict entendre le peu le contentement qu'ils en avoyent receu. Et d'autant [ue ce sont personnages desquels la qualité mérite l'estre par moy respectée, je me suis mis en tout devoir lecercher les moyens les plus propres et convenables , ant pour remédier au mescontentement de ceux-ci, que )our obvier à celuy des autres à l'advenir. Mais autre expédient ne m'est venu en pensement que cestuy-ci :
1. Ce livre, qui a pour t\tre Colloquioi'um seu D'ialogorum çrœcorum spécimen, fut imprimé en 1564. H. Estienne avait ▼oolo essajrer, pour Tétude du grec, ce que Mathurin Cordier ^^tit fait avec succès pour celle du latin; mais il en est resté à *on spécimen.
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c'est que ce qu'ils ont trouvé trop dur, je tascbede l'amollir par bonnes et peremptoires raisons, sur lesquelles dés lors Je me sentois fondé , et dont aussi feiisse accompagné ce mien propos si le lieu et le temps m'e^issent semblé le porter. Or , les raisons que j'ay à déduite ne seront difficiles à comprendre, d'autant qu'elles consistent en exemples monstrans à l'œil combien le langage françois est voisin du grec , non seulement en un grand nombre de mots (ce que feu mon père a Ja monstre parcidevant en partie), mais aussi en plusieurs belles manières de parler; afin que par ceste comparaison chascun voye combien le latin, l'italien, l'espagnol sont esloignez du grec , duquel le nostre est procbain voisin; et par conséquent combien celuy qui est né François trouve le chemin plus court pour parvenir à la cognoissance d'iceluy: ce qui sera suffisant, ce me semble, pour me Justifier et monstrer que je n'ay rien avancé en cest endroict , mais ay parlé avec bon fondement. Mais Je fay mon compte^ qu'on m'acc(Nrde ce principe (comme aussi on ne doibt disputer contre ceux qui nient les principes en quelque matière que ce soit) , que la langue grecque est la roine des langues, et que si la perfection se doibt cercher en aucune , c'est en ceste-la qu'elle se trouvera. Et de la Je conclu que tout ainsi que le temps passé, après qucApelles eut peinctrimage de Venus, d'autant que son tableau estoit tenu pour un parangon de toute beauté, celles qui luy pourtraioyent* le mieulx, et tenoyent le plus de traits de son visage,
1 . Sur ce terme , comme sur beaucoup d'autres , notre orthographe n'était alors nullement fixée, et les auteurs écrivaienl presque indifféremment compte, comte, conte, quelle que fût Pacception de ce mot.