‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 179 sur 243 · Racine , employant ce tour , a dit dans Athalie , H · texte numérisé non relu

Racine , employant ce tour , a dit dans Athalie , H

... Hàtez-voas û^éclaircir votre mère...

lire 9 Telle chose m*a esté esclarcie. Autant en est-il idvena à ce mot practique , quand on a commencé à lire : Il e&t practique de ces choses , au lieu de, Il ha, 3a il sçait la practique de ces choses : d'autant que ce mot practique est substantif, non adjectif ^ Que si je voulois recueillir tous les exemples que je pourrois trouver, tant des sortes d'affectations, desquelles j'ay desja ici touché briefvement, que des autres, j'en pourrois faire un bien gros volume. Mais encores tout cela n'est que sucre , au pris de l'affectation qui se voit es mots qu'on arrache du latin , desquels on ne sçauroit dire le'nombre ; car chascun descharge sa cholere sur ce povre latin, quand il ne sçait à qui s'adresser : de sorte que je m'esbahi comment il est encores au monde, veu les coups de taille et d'estoc qu'il reçoit tous les jours. Yoire n'est-il pas jusques aux femmes, qui ne se vueillent mesler de l'esgratigner, faulte de luy sçavoir pis faire.

C'estoit ced, lecteur, touchant quoy j'avois envie de descharger mon cueur, avant que prendre congé de vous : ce que toutesfois je n'eusse pris la hardiesse de dire, si j'eusse pensé qu'il eust deu estre trouvé mauvais par aucuns notables personnages, desquels se lisent aujourdhuy les escripts françois , et mesmement aucuns traduicts du grec, avec grande admiration. Car je m'asseure que quand il leur plairoit de dire franchement leur opinion touchant les mots et façons de parler que j'ay condamnées, et autres semblables, nous nous trouverions d'accord; et diroyent que, où ils ont usé d'aucunes d'icelles, c'a esté plus pour s'accommoder au lieu et au temps, que pour les vouloir préférer aux autres. Quoy qu'il en soit, je ne pense avoir rien dict que je n'aye

1. Voy. , sur ce mot , notre édition de la Precellence , p. 1 13.

premièrement advisé d'en pouvoir rendre compte à qui il appartiendra.

A tant mettray fin à tous les propos que j*avois avons tenir, lecteur, avant que d'entrer en matière : vous priant, qui que soyez, de les prendre en aussi bonne part comme ils procèdent d*un bon cueur ; car jen'ay autre chose devant les yeux, en cest endroict, que l'honneur de ma patrie, duquel je suis tellement jaloux, que pour le maintenir je me hazarde d'espouser plusieurs querelles contre ceux-mesmes de ma nation: tant s'en fault que je m'espouvante de celles que j'ay à soustenir contre plusieurs estrangers, suivant ce que j*ay dict au commencement de ceste préface, puisque desja nous entredesfions et envoyons cartels. Et à fin que telle entreprise ne me soit imputée à présomption, comme ayant conceu quelque opinion d'une sufiBsance trop plus grande qu'elle n'est en moy, je di et proteste qu'au contraire le sentiment que j'ay tousjours eu de mon insuffisance m'a servi long temps de bride pour ï me retenir et me garder de rien attenter. Mais quand j'ay veu que ceux desquels on devoit espérer cest exploict (tant pource qu'ils en avoyent les moyens meilleurs que nuls autres , qu'à cause du devoir qu'ils estoyent tenus de rendre à leur patrie), estoyent si froids qu'il n'estoit possible de les y eschauffer , alors ay rompu ceste bride, par laquelle, comme j'ay dict, j'avois esté long temps retenu. Que si je n'ay exploicté si bien que ceux-là eussent peu faire, pour le moins ce n'a point esté faulte de bon vouloir et courage. Et quand bien ce que j'ay faict ne serviroît que d'acheminer les autres eiapres, et, comme on dit, rompre la glace, je n'estimerois point avoir perdu ma peine.

Mais il y a deux poincts ausquels j'ay à respondre : l'un est, pour parler ouvertement, comment moy qui

ne fay profession de bien parler mon langage , ay voulu Taire du critique; l'autre , à quel tiltre Je me suis ingéré le parler si avant de ces autres quatre langages, du vrec, du latin , de Titalien, de l'espagnol. Quant au premier poinct, Horace me fera ce bien d*y respondre pour moy , et dire que , combien que la queue ne puisse trencher, elle ne laisse de faire trencher les cousteaux pi'on y aguise^ Quant au second , je respon que je n'ay point parlé de ces langages comme clerc d*armes'; nais que, quant au grec, feu mon père Robert Estienne n'y feit instituer quasi dés mon enfance , et mesmes ivant que d'apprendi*e rien de latin (comme je conseilleray toujours à mes amis de faire instituer leurs enfans , pour plusieurs bonnes et importantes raisons, combien ç[ue la coustume soit aujourdhuy autrement) , et n*est pas de maintenant. Dieu merci, que je commence à faire essay publiquement, comment j'ay employé le temps en Testude tant de ceste langue qu'aussi de la latine. De la langue italienne je confesse avoir eu meilleure cognoissance autresfois, que je n'en ay pour le présent (car il me fut une fois bon besoin, en un voyage ie Rome à Naples, de parler italien correct, pour oster le souspeçon qu'on avoit sur moy que j'estois François, au temps que la guerre estoit nouvellement allumée à Sienne); mais, pour avoir séjourné assez longuement es meilleures villes d'Italie, sont demourez en ma mémoire quelques vieux registres de la plus grande part de

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