DU NOM FRANÇOIS
£n quoy particulièrement il est conforme au
Nom grec.
Obsebvation 1. Entr'autres cboses qui sont comme i la suite et train du nom [que les grammairiens latius )pellent nominis accidentia) ^ il y a les cas, au devant esquels nous mettons ou des articles, ou des particules ai tiennent lieu et font office d'articles. En quoy nous ^ensuivons pas les Latins (qui n'ont point ceste
1. Ce verbe signifiait seulement sortir de son sujet. CmfomUlé, 3
partie d*oraison)» mais les Grecs. Or, comme j'ei^o ce propos ou des articles, ou des particules qui tiennent lieu d'articles , je le declareray quand je traicteray f de ceste partie d*oraison; et pour le présent parleray do '^ second cas, appelé génitif , sçavoir est d'aucuns usages ^ siens, esquels nostre langue est de fort bon accord avec la grecque, et avec lesquels, au contraire, la latine n'ha rien de commun.
Nous disons : Manger du pain, manger le pain; et quelquesfois sans ces particules du et le^ Manger paiOi comme en ce propos : Il a juré qu'il ne raangeroit jamais pain ni boiroit vin qu'il n'eust faict cela. Lesquelles façcms de parler ne peuvent estre discernées par les Latins, qui disent indifféremment panem edere; mais les Grecs les discernent tresbien , usans de ces trois manières correspondantes aux trois nostres : ^rfw Tou apTou, ^ayeiv xov olptov, ^«ygiv apxov. Et ccste différence de construction n'ha point lieu en ces exemples seulement ou en semblables (comme Manger du fruit, Boire de Teau), mais s'estend jusques à toutes les autres locutions esquelles le génitif nous déclare une part et portion seulement de la chose dont il est question. Car la mesme distinction que nous mettons entre Il lui a desrobé son argent, et. Il lui a desrobé (feson argent, est mise par les Grecs entre 'ËxXe^^s tk -ipi^uxa auTou , et 'ExXê^ê twv ^^prifxàToùv aurou ; et n'y a point de double que comme les Grecs, quand ils disent 'Exk^s wv )^pY|{xàT(ov auTou , laissent à entendre {xépoç ou autre mot semblable , nous pareillement en ceste façon de parler. Il lui a desrobé de son argent, ne voulions qu'on entende |?ar^/e ou une partie, et que ce soit autant que si nous avions dict : Il lui a desrobé une partie de son argent. Au moyen de quoy, ce que Thucydide dit aa
commencement de son livre y, xcà Ste^ùy tou iraXaioû
xeC^ouç , le latin ne le sçauroit traduire mot à mot et sans rienadjouster; mais si fera bien le françois, quand il dira : Et ayant retrenché de la vieille muraille ; suivant la mesme différence qu*il met entre : Il fault retrencher cela , et , Il fault retrencher de cela. Et toutesfois ni Laurent Yalle y ni messire Claude de Seyssel n*ont pris garde à cest usage du génitif; car ils ont traduict ce passage comme si Thucydide eust' dict : ^leXùv sh iraXaiov 'zeX/pç, combien que cela mesme qui suit les deust
avoir advertis , xaxà to di7]prifjL£vov tou TcaXaiou Te(^ouç.
Mais il n'est pas de merveille s'ils ne se sont arrestez à ceci 9 quand ils ont passé légèrement choses de bien plus grande importance ; donnans souvent aux lecteurs de leurs traductions des qui pro quo d'apothiquaire , comme j'ay monstre clairement en mon édition du Thucydide latin. Nous pouvons adjouster à l'exemple de Thucydide cestuy-ci deXenophon* : aùxo; Ss twv ttojXojv
Xafxêavet, xal twv aXXwv CTpaT-yi^wv xal 'koyjx'^m fôwxev
êxa(TT(j> TcwXov. Bien est vray qu'ici il vauit mieulx entendre Tivà; avec le génitif 7ru)X(ovy que (xépoç : ce qui revient tout en un au françois, qui dit une partie des chevaux , au lieu de quelques-uns ou aucuns,
Obs. 2. Continuant mon propos de l'usage du génitif, je diray une chose fort digne d'estre notée : c'est que comme les Grecs , devant un génitif d'un nom propre d'homme ou de femme , omettent ce mot uloç (c'est-àdire fils), ou J^uyaTYip (qui cst à dire fille), ainsi le vieil françois omettoit ce mot fils en tel endroict , ou pour le moins devant le génitif d'un nom propre d'homme ; et luy laissoit sa place justement entre l'article et le génitif, ne plus ne moins que les Grecs la laissent à ulo<;. De quoy je m'apperceu premièrement en