‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 192 sur 243 · DU VERBE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DU VERBE FRANÇOIS

En quoy particulièrement il est conforme au verbe

grec.

Obs. 1. Gomme les Grecs ont accoustumé en quelques verbes de mettre en Tun des deux prétérits extraordinaires , nonmiez aore5^e5^ une / simple, au lieu qu'elle estoit double au temps présent , ainsi fait nostre langue es prétérits de certains verbes. Exemple : le grec dit [jieTa6o(XXw au présent , et [XET^êaXov en l'aoriste second; nous disons au présent, J^appelle, et au prétérit, J'ay appelé*. Car ceux qui esCTivent, i'ay appelle, font long ce que la prononciation fait bref, ce qui est contre toute raison. Ainsi est-il du verbe aller ; car on dit. Où allez-vous? avec // double; Je suis aie, avec l simple : combien que je sçache que l'orthographe commune garde ceste reigle encores moins en ce verbe qu'en Tautre ^. Et à dire vray, la différence n*est si évidente en la prononciation de cestuy-ci , qu'elle est entre J'appelle et J'ay appelé. J'adjousteray encores

1. Ici encore Reiz, après avoir, dans son ouvrage cité, rapporté ce passage , prétend que ses compatriotes se rapprochent plus des Grecs ^ sur ce point, que les Français.

2. Henri Estienne lui-même ne Tobserve point, il écrit habituellement : Je suis allé.

[, c'est que (si mes oreilles ne sont deceues) ceux sont estimez bien prononcer, disent, J'eschappe, mis eschapé; Je frappe, J'ay frapé; et es verbes iblables, semblablement.

)bs. 2. Nos verbes françois ont leurs prétérits de IX pièces; en quoy de prime face nostre langue irroit sembler n'estre pas d'accord avec la grecque : is si nous prenons garde de près, nous trouverons elle s'accorde tresbien. Car il est vray que de ypacpw îst-à-dire fescri) se fait un prétérit d'une pièce , pacpa, et une autre sorte de prétérit dict aoriste, xt];a, qui est pareillement d'une pièce; en quoy Je ifesse que ces deux langages n'ont aucune conveice ensemble : mais si nous venons à revisiter les istres des vieux Grégeois, nous nous trouverons isins germains en cest endroict. Car comme nous •ns du verbe /ay (c'est-à-dire habeo) pour faire tre prétérit , ainsi eux ont usé de leur l^^u), qui sifie le mesme ; tesmoin ce vers d'HesiodeS Kpur]/avTsç yàp >(Ti 3*801 ptov avdpcoTrotai : car il dit xpu^avTs; l^^uffi, au i de lxpui{/av, ne plus ne moins que nous disons, Ils caché. Ainsi est-il de ce passage de Sophocle^, irpayoc (WTov Ej^et ICE pavaç, au lieu de dire lirspavs. Or, com- 11 que j'aye parlé des vieux registres, je ne nie pas ! les auteurs qui ont suivi n'ayent aussi quelquesimité en ceci leurs prédécesseurs. Nous formons ilques prétérits encores d'autre sorte quand nous dis , Je suis venu , Je suis allé. Item, Je suis tombé : jue nous et les Latins avons commun avec les Grecs,

. Dans son poème des Travaux et des Jours ^ y. 42. Ajax, Y. 21 et 22. Henri £stienne rappelle cet exemple dans Thésaurus et y joint d^utres citations semblables : voy. l'édi- Didot,t. III,col. 2622.

( 102) qui disent ^v 7reirop£U{ji£voç, ainsi que nous. Il estoit allé, et les Latins, erat profectus.

Obs. 3. Nous suivons aussi (si je ne m'abuse] les traces de ceste manière de parler grecque MsXXu) ypaçeiv, M^co TToiEiv , quand nous parlons ainsi , Il est pour parvenir , ou , 11 sera pour parvenir. Item , Il est pow devenir riche. Item, Cela sera pour le ruiner. Pour le moins J'ose croire que quelque peine qu'on mette à cerclier une façon de parler latine , italienne ou espagnole, on n'en trouvera point qui approche si près que ceste-ci. Et mesmes quiconque ha cognoissance des deux langues (je di de la grecque et de la nostre] peult veoir comme une locution exprime l'autre , mot pour mot, en adjoustant seulement ceste particule pour. Mais i^oici en quoy il y a quelque différence : c'est que celuy qui dit fxéXXet TcXouTeïv , ne laisse point son propos doubteux, comme celuy qui dit, Il est pour devenir riche, ou,D est homme pour devenir riche. Pareillement c^uy qui dira [lùlta TropsusaOoit , ne laissera point l'auditeur en suspens, comme celuy qui dira, Je suis pour y aller, ou, Je suis homme pour y aller, ou , Je suis bien homme pour y aller. Car celuy qui parle ainsi i monstre qu*a n'est point encores du tout résolu d'aller. pTous avons bien encores des autres façons de parler, esquelles nous usons du verbe substantif avec l'infinitif, en mettant au devant la préposition à (coipme quand on dit, Je devrois estre Ja de retour, et je suis encores à partir); mais d'autant que la signification n'acc(u:de pas^ si bien avec le [tlklta joinct à son infinitif , je les laisseray. Mais quant à ceste-la que j'ay proposée , si quelqu'un

1. Forme neutre alors reçue : comme on dit en latin non co»venit. Toutefois , dès cette époque , on employait le plus souvent ce verbe dans le sens réflécbi.

efkisoit de la prendre en eschange de la grecque, à ause de la différence que j'ay confessée, je luy en preenteray eneores une autre , et puis iuy donneray le bois. GestQ autre<ci est telle, Je doy demain soupper vec mon frère, au lieu de ce que le Grec dira, MeXaoj upiov deiicvsiv [u-ziL tou àSsX^u. Ou, Je doy tantost aller l'esbat*, ou, Tea doy sçavoir des nouvelles ce soir. îar je eroy qu'il n'est besoin d'advertir ceux qui sont ''rançois naturels que ce doy ici ne signifie pas , Je suis enu de devoir, ou. Mon devoir m'oblige à ce faire; omme il signifie quand on dit, En me faisant apparoir^ lu dommage, je l'en doy recompenser. Quoy qu'il en oit, pour le moins il est certain que ce (xéXXro ha trop >lus de convenance avec nostre doy qu'avec le debeo les Latins. Car qui jamais a leu en quelque bon auteur Bitin, Debeo ire cosnatum cum fratre, pour Statuiire œruUum, ou plus simplement ifurus sum cœnaum ? £t qu(mt à ce passage de Ciceron^ , Certorum ominum (quos jam debes suspicari) sermones réfèreantur ad me , ui ce debes respondoit à fAsXXct;, il luldroit dire que debes suspicari signiûast suspica- }Arus e^ : ce qui seroitfort impertinent * ; et à mon jugelent, ce debes seroit plustost ce que les Grecs disent xoç Iot{ (7£ , suivant un infinitif. Voila ce que j'avois à

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