‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 193 sur 243 · Lettres familières ^l ^ 9 : lett. à Lentulus · texte numérisé non relu

Lettres familières ^l ^ 9 : lett. à Lentulus

4. L'acception où est prise ici ce mot se retrouve dans ce vers a Misanthrope ,1,1:

Tant ce ralsoniiement est plein d'impertinence ;

i qui signifie est d*une fausseté choquante^

vouloit faire la guerre. Mais je laisseray ans 'Vi 1*611(116 compte de leurs waloDismes* : il suffit si, compte de mes gallismes ou gallicismes. Toutesf feray bien ce plaisir à messieurs les Italiens, de 1 vertir en passant d'une chose dont ils pourront leur proufGt : c'est que, comme nous ensuivons le des Grecs en ces deux locutions desquelles Je vi< traicter, ainsi eux ensuivent leur IottiXii quand sent , sto à veder ; car Htnr\xii ^limiv ne signifie chose que S>iitiu , ainsi que slo à veder ne signifi plus que vedo : comme sic qui ad aspeltar pour a gui.

Obs. 4. J'entre maintenant en une matière d'i plus difficile [selon le proverbe grec) qu'elle est et non moins prouffitable que belle. C'est l'obser de l'usage des temps : lequel , bien entendu , a| grande clarté pour l'intelligence tant de la langac

1. Le nom Je Wallons dési^iuit, en France, tous [es (les Pays-Bas (tels que ceux du Ilalnaut, de l'Artois e Flandre). Or, comme ils pasuient pour avoir, dans le âge, coneetvé en grande partie le langage primitir de nos on appelait jadis aussi wallon, par extension de sens, l'i

te que de la nostre; au contraire, n'estant cogneu, use grande obscurité en plusieurs passages.

Suivant Tordre , je commenceray par le présent. Je donc que, quand nous usons du présent au lieu du tur y nous ensuivons les Grecs ; comme quand nous sons , Et bien y demeurons-nous ici? Disnons-nous ici? im. Où disnons-nous aujourdhuy? Où souppons-nous main? Item, Nous ne partons point d'ici Jusques à main:au4ieu de dire, Demeurerons, Disnerons, upperons. Partirons. Nous disons aussi souventesfois,

bien, que devenons-nous? Et bien, n'ailons-nous int plus avant ? Ne passons-nous point oultre? Mais suis prodigue d'exemples françois : il vaut mieulx nir aux Grecs. Lucian, en son Asne^ tC Trotoufxev, Icpy) ; aÔTwv, T^v SpaTc^Tiv; ici est mis 7coiou;xev, présent, •ur icoii^arofxev , futur, comme cognoistront aiseement ux qui vouldroient aller veoir le passage. Le mesme teur, en son Toxaris, \ Tftsfiisv xal toutov h xaîç Utaeç ^i^opoiç [x{av tôîv tcsvte eTvoti; ici pareillement il e de T(66fX6v pour 5TÎ<yofxev. Il se trouve aussi plusieurs emples de tel changement de temps en autres auteurs cores plus anciens, et nommeement en Xenophon; lis je me contenteray d'un des siens , qui est notable tre les autres, pource qu'usant de deux verbes apparlansà une mesme chose, il en met l'un (asçavoir le emier) au présent, l'autre au futur. Le passage est

au V« livre de la Pœdie, au commencement de la ge 72 de mon édition r Kai àvSpbç 8', ecpY) , ty) ^uyaxpl [x^

30U («iç àiropT^ceiç diÇiou Tau-nriç* tcoXXoI yip xa\ ^ya^o^ ^01 eiclv l[jioV, 5v SçTi; ^ctit-ei aùx^iv, el [xIvtoc /pT^fxaTa

i TOffauTa gaa S{8o);, etc. Or, cest exemple vient d'au-

it mieulx à propos , que nostre langue use ordinaire-

înt du temps présent au lieu du futur de son verbe

î ha la signification de ^ct^f-eX^ , sçavoir est marier,

Car nous parlons ainsi tous les Jours, Et bien» quand vous mariez-vous? Item, Ne vous mariez-vous point! Et quant à l'usage iu mot grec Y<x(^ivy je ne le di pas estre conforme à nostre marier pour esgard de ee seul passage de ]^enophon , mçds ayan^ esgard à plusieurs semblables, et nommeeipent de Lucian. Quant aux Latins , ils n'usent pas volontiers de telle eschange de ces deux temps : toutesfois on trouve en Terence [si j'ay bonne mémoire) quid ago ? po^r quid agam? comme aussi Aristophane a dict Spco pour S^dco S Toutesfois ee n'est point en ce verbe Spc^ seulement que le présent se prend pour le futur , mais autant s'en fait en aucuos autres, qui sont de la mesme conjugaison; car ainsi se dict éXco pour iXàau), et Siaëtëco pour 8taêiêa(ra>. Lesquels exemples jen'ay voulu alléguer cidessus, afin qu'on ne pensast que telle eschange fust peculiere à tels verbes. Gomme aussi je n'ay point voulu faire mention de â^Uy pource qu'il ha de toute ancienneté, et mesmes de nature (si ainsi fault parler), la significaticm du futur.

Nostre langue ha aussi cela de commun avec la grecque quant à l'application du temps présent , qu'elle en use volontiers au lieu du prétérit, en faisant quelque récit. Car ainsi que les Grecs racontent ordinairement les choses faictes comme si elles se faisoyent sur l'heure, aussi avons-nous ceste coustume, et spécialement ai certaines façons de parler. Mais pource qu'cm ne pourroit amener exemple de ceci qui ne fust bien long (d'autant qu'il fauldroit veoir un discours entier}, il me suffira d'en avoir adverti.

Obs. 5. Quant au prétérit imparfaiçt, je trouve que

1 . On lit en effet dans la Paix ( v, 263 , édit. TAuchDitz)i âye 59) , TC8p(5{jLev... «hé bien, que ferons-nous ? « Pour Tcxeinple ci lé de Térence, voy. Vffeaut, , v. 34a.

>iis ensuivons les Grecs, plustost que les Latins , aussi i certains usages d'ieeluy> desquels j'allegueray ud. est que comme nous disons, Ainsi qu'il mouroit, ou, )mme il mouroit, survint un sien aftii , à grand peine s Latins diront-ils, quum ipse moriebatur, amicus U8 supervenit, au lieu de quum moreretur^ ; mais les recs diront comme nous, ibc $à aÔTo^ dli7^0vr,<rx£v , l^rérv) h 9(X<K ot&Tou , OU , l7re\ Si aôrbç àireOwiaxEV , ainsi que ncian a dictenson Toxaris, htv, $è à7r£0vY)<rxE, SiaO^xxç

x£kl'KS*

Obs. 6. Nous avons aussi deux prétérits parfaicts, esquels il m'a semblé autresfois que l'un se pouvoit ipporter au temps que les Grecs appellent aoriste, est-à-dire indéfini , et non limité. Car quand nous isons, J'ay parlé à luy , et luy ay faict response, cela entend avoir esté faîet ce jour-là; mais quand on dit, i parlay à luy, et luy fei response, ceci ne s'entend ^oir esté faict ce jour mesme auquel on raconte ceci , lais auparavant , sans toutesfois qu'on puisse juger >mbien de temps est passé depuis. Car soit que j'aye iict ceste response le jour de devant seulement, soit ii'il y ait ja cinquante ans passez, ou plus, je diray, î luy fei response y ou, Alors, ou, Adoncje fei res- )n86. Voila comment par ce prétérit nous ne limitons )int l'espace du temps passé : ce qui autresfois m'a ict penser que (comme j'ay dict) il avoit accointance ree l'aoriste grec^ Mais depuis ayant considéré déplus

f . Au snjet de ce tour on consultera arec fruit V ffellenolexias Daniel Vechner,édit. de 1733,1 , 36; et Reiz, Bélga grœcissans,

2. Ce même caractère de ressemblance entre les deux langues ecque et française a été signalé, en ces fermes, par le célèbre lillaume Budé, dans ses Commentaires sur la langue grecque : inimadverttmus et in eo similitudinem idiomatis gallici cum

près la nature de cest aoriste, et pesé les raisons d'une part et d'autre, je me suis doubté qu'il y avoit quelque autre secret caché soubs cest aoriste, quant à son nayf usage ; et conf^i^ que jusques à présent je n'en suis point bien résolu. Or, ce qui principalement me garde de prendre quelque resolution, est que son usage commun n'est autre que du prétérit parfaict. Et qu'ainsi soit, on trouvera souvent dedans les bons auteurs qu'une chose qui aura esté dicte par le prétérit , sera répétée par Taoriste , ou au contraire : ce qui me gardera de parler plus avant pour ceste heure de ceste convenance. Car pour bien enfoncer ceste matière, il me fauldroit entrer en une longue dispute, et par conséquent avoir meilleur loisir que ne me donne la presse où ceci s'imprime, laquelle me suit de trop près.

Ce nonobstant, je penserois faire tort aux estrangers, qui font profession de parler bon françois, si je ne les advertissois que c'est ici l'endroict par lequel ils sont le plus aiseement descouverts , principalement par ceux qui les veulent espier au passage. Car c'est grand cas que de cent à grand peine s'en trouvera-il dix qui ne heurtent , voire choppent à ceste différence de nos deux prétérits, comme à une pierre qui seroit au milieu de leur chemin. Et qui plus est, si tost qu'on leur aura

hellenismo , quod nos aoristo in verbis utimur. Neque enim eadem verborum inflexione indicamus quippiam hodie et heri aut ante annum factum ; ut regem hodie Yenisse , aut ante mensem aut ante triennium : id quod nec lingua latina nec italica distinguère potest verbi inflexione; » p. 18â de la 1" édit. (1529).— Au reste, si l'on veut approfondir cette question, on pourra consulter, au sujet des modes comparés du grec et du français, l'oovrage allemand de J. A. Savels : « Esquisse d'une comparaison des modes du verbe, dans les langues allemande , française, latine, grecque; » in-S**, 1S37. Cet auteur a fait encore paraître un travail analogue sur remploi des cas dans les mêmes langues.

ionné la main pour se relever, on les y verra retomber. \e le scay pour avoir fréquenté avec plusieurs sortes restrangers, gens de bon esprit et de bon jugement, esquels au demeurant se tenoyent si bien clos et couverts en leurs devis, que pour un peu de temps ils pouroyent passer pour François; mais depuis qu'ils veioyent à raconter quelque faict, c*estoit la pitié. Car l'un homme qui f ust venu parler à eux depuis un demiluart d'heure, voire depuis une minute de temps, ils eussent dict. Il vint ici, Il parla àmoy, Je luy di; au ieu de, U est venu ici. Il a parlé à moy, Jeluy ay dict. Stmesmes, sans qu'il soit besoin de les escouter long ;emps pour en donner sentence, ils font quelquesfois eur procès eux-mesmes, quand ils disent, U me vint parler aujourdhuy. Il me vint veoir aujourdhuy. Car lejourdhuy qu'ils adjoustent porte leur condamnation. Obs. 7. Laissant donc en doubte la question que 'ay cidessus proposée , si l'aoriste grec se rapporte à m de nos prétérits, asçavoir à celuy par lequel nous ne imitons point le temps ^ je parleray de son compagnon ivec lequel le prétérit latin aussi ha convenance; c'est [uand nous disons, J'ay faict, j'ay dict. £t premierenent j'advertiray que, combien que j'aye dict que quand lous paillons ainsi. Je suis venu, J'ay faict, nous enendons du jour auquel nous sommes, et au contraire [e vin, Je fei, se dit d'une chose qui n'a point esté 'aicte ce jour-la , je ne nie pas que quelquesfois, selon e propos qu'on tient, on ne signifie par ce preterit-la le temps aussi qui est passé devant le jour auquel on est. Gar nous disons ordinairement, Je luy ay faict souventesfois plaisir , et non pas , Je luy fei souventesfois plaisir. Et toutesfois en la négative nous usons de tous les deux, Je ne luy ay jamais faict plaisir, ou, Je ne luy fei jamais plaisir. Mais» tout bien considéré, il se trou*

vera qu'en l'affirmative ce premier prétérit, J'ay faict, est plus gênerai que le second, Je fei. Car Je luy a; faict plaisir (si par les circonstances cela n'est restreinct), s'entend généralement du temps passé; mais Je luy fd plaisir , ne peult estre si gênerai , d'autant que le joar auquel on est, doibt estre excepté. Or, qui sont les circonstances qui peuvent restreindre la généralité de ce premier prétérit? Ce sont les circonstances du feiet duquel on parle. Exemple : Si je tien propos d'un personnage duquel je n'ay jamais eu cognoissance qu'anjourdhuy, et en la fin du propos je di. Je luy ay faict plaisir ; celuy auquel je parleray ainsi ne pourra doubter que ce plaisir n'ait esté faict ce jour mesme. Au contraire y si je di» Il m'a tant de fois importuné qu'en la fin je luy ay faict ce plaisir , l'auditeur n'entendant autre ckose aura raison de demander , Quand? Ayant adverti les lecteurs (et principalement estrangers) de prendre garde à cest usage de ce premier prétérit de nostre langue, je vien à monstrer un autre usage sien fort notable , lequel il ha conforme à l'aoriste grec. Il n'y a rien plus commun en nostre langage que ces façons de parler : C'est une povre du>se que le fard; sitost qu'il sent le chaud, le voila fondu. Item, C'est un fin rusé : quand il se sent pressé , il a incontinent trouvé ses eschapatoires. Item , C'est un dangereux vilain : si on le fasche, il a aussitost donné un coup de dague; ou, Si vous lefaschez, il vous aura incontinent donné un coup de dague. Item , Si j'oy seulement le bruit d'une souri , je suis incontinent esveillér Item, Si je fay le moindre excès du monde, me voila incontinent tombé en maladie. Je di que ces faç(»s de parler tiennent de l'air des grecques suivantes, esquelle» on use de l'aoriste. Je commenceray par un exemple pris du pQre de tous les poete&» lequel exemple oon-

ml des mots dorez , ou plostost une s^tence dorée % est au premier livre de V Iliade :

squel vers mérite mieux d'estre en la bouche d'un irestien que d'un payen , en changeant seulement les >m et verbe pluriels en singuliers y et disant y

est-à-dîre,

Qui porte à Dieu obéissance entière.

Est exaucé par luy en sa prière.

ais pour ie traduire simplement , et en gardant les esmes temps, il fauldroit dire, Quiconque obéit à Dieu , l'a aussitost exaucé. Ou par le pluriel (pour estre us intelligible) y Celuy qui obéit aux dieux , ils Font issitost exaucé, ou ( avec le pléonasme du pronom) , 3 vous Font aussitost exaucé. Autre exemple pris 1 iy« livre du mesme poème :

*ûç 8' Sts yti^^^^oi TcoTafxol , xar* ctpeorepi f éovteç , ^Eç ^xfr^éi'^yLV.cc* GrujAêaXXeTOV ^êpifxov ô8(op , Kpouvcav Ix [AeYccXcov , xoiXiqç IvToaOs ^ap6i8pY)Ç ' Ttoiv 8é T8 -njXo'ffe Souttov ev oupeatv IxXue tcoijat^v.

insi dirions-nous : Gomme quand il y a .^es torrens li, tombans à vaP d'une montagne, viennent à s'en-

1 . Doré se prenait dans le sens de beau. Venus la dorée , diit Ronsard , à l'exemple du Venus aurea de Virgile. On a donné, «tamment, le nom de vers dorés à des préceptes moraux de Pyagore on plutôt de son école.

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