DU PARTICIPE FRANÇOIS
En quoy spécialement il est conforme au participe
grec.
Obs. 1. Ainsi que la langue grecque use souvent du participe au lieu du nom verbal (comme de oi irat$£uovTE(
pour oi TcaiSeuxai, et of (rrpaxeuofxevoi pour o! dTpaTuoraOf
aussi fait le françois en certains mots , du nombre desquels sont mesdisarhs , combatans (comme quand on dit. Bons combatans), malvueillans. Entre lesquels toutesfois il y a différence, en ce que le premier, asçayoïi mesdisans , ^ ^e,\Al dire aussi autrement (car on dit quelquesfois mesdiseurs, qui est nom verbal] : mais les deux autres ne se peuvent mettre en autre forme. Car on n'use point de combateurs, ni de malvueilleurs.
t. Échapper^ est encore pris comme verbe actif par Bossuet: K J*ai échappé la mort, » lit-on dans ses Sermons, p. 482 de l'édit. in-12 donnée chez Didot, 1844.
2. Cette forme se trouve seale dans le Thresor de Nicot, in-fi 1606; mais, par le grand Dictionnaire qui parut à Rouen peti d^années après, on voit que dès 162 S on écrivait préférablemeot, comme aujourd'hui , sain et sauf, '
Obs. 2. Tout ainsi que nostre participe actif convient ivee le grec en Tusage que je vien de déclarer, aussi l'accordent certains participes passifs de nostre langue ivec certains participes passifs du langage grec, comme ESaxpufjLEvoç, esplouré; [xefXYivcoi; , forcené ou enragé; TrovevoTjfjLsvoç , désespéré. Que si quelqu'un veuit obecter quant à ce dernier, que les Latins aussi disent xmto desperatus, il trouvera la response en la fin de ce hapitre.
Obs. 3. Je retourne au participe actif, pour en monsrer un usage que nous avons commun avec les Grecs , n ce qu'ils parlent ainsi , eZ e7ro(7]<roi(; Hbm. Car il n'y L point de doubte (selon mon jugement) que quand tous disons , Vous avez bien faict d'estre venu , nous l'exprimions leur façon de parler. Il est vray que quel- [uesfois ils renversent ainsi ceste locution, ^Xdeç sZ tcoicov.
Obs. 4. Gomme aussi il fault aucunesfois, en la langue ;recque, resouldre le participe en son verbe, en mettant levant la particule ei ou làv (c'est-à-dire si); de mesmes 3 fault-il faire au françois. Gomme, Tauta tcouov, ou
aîÎTa XéycDv, xot; çtXoiç Ttpoçxo^J^etÇ, pour liv Tauxa iroivjç,
u lâtv TauTaXéyYiç, En françois. Faisant cela, ou, Disant ela , vous offenserez les amis; au lieu de dire, Si vous àites , ou , Si vous dites cela. Thucydide , en son prenier livre, en la page 12 de mon édition, y^vr^eTat Bl jxîv 7cetôo|jLevoiç noîk^ ^ ÇuyTuyJa xaxà TuoXXà ty)? ^{jLSTépaç [^peiaç :ici semblablement TreiÔojjiévoK; pour làv Tcetôy^aôe. ^insi parle Lucian aussi en son Asne, usant de ce nesme participe , quand il escrit , Tceiôo^evoç ydlp {xoi , rpd^etç tZ TràvTa. Et en tels passages se sont souvent ibusez les traducteurs , faulte d'entendre que tels propos )ar le participe estoyent souvent dicts conditionellenent. Or je di que tel usage du participe nous est plus 'amilier et mieulx séant qu'aux Latins; comme, Groyant
bon conseil , vous aurez bonne issue de vos aMrc&i c'est-à-dire y Si vous croyez. Item, Faisant vostred( voir, vous aurez la victoire : c'est-à-dire , Si vous fait vostre devoir*
Obs. ô. D'avantage, ne plus ne moins que les Gn adjoustent quelquesfois superfiuement des partidpei^] après les verbes, il se trouvera qu'aussi faisons-nous,'! si on espluche bien nos façons de parler. Eux usent de ces deux participes entre autres , ospcov et l^^v^ sans besoin ; et mesmes si souvent qu'il n'est besoin d'exemple : nous aussi (mais principalement le populaire) adjoustons aucunesfois bâtant, comptant, après certains verbes , mettans au devant ce mot tout; comme, Je ne fay que d'en venir tout bâtant. Item , Vous vous abusez tout comptant; ou , Vous avez perdu tout comptant. Je confesse cela estre plus usité^ du populaire que des autres (comme j'ay desja dict); mais que dirons-nous si, en ceste façon de parier qui est ordinaire entre tous également, nous trouvons ce comptant superflu ? J'enten quand nous disons, Je vous payeray comptant, ou, Je l'ay payé comptant. Car si un payement ne se peuit faire realement et de faict sans toucher argent, encores qu'on die simplement, Je l'ay payé, il s'entend, Je Fay payé comptant ; c'est-à-dire comptant argent : sinon qu'il y eiisl quelque pays auquel fust la coustume de payer à crédit, aussi bien qu'on parle en ces pays de deça^ de vendre à crédit et de vendre comptant ou à comptant. Mais je croy que s'il se trouvoît un tel pays , les banqueroutiers n'eussent pas attendu si long temps à le descouvrir,
1 . Je confès plus du populaire , etc, , porte la première édition de la Conformité : omission évidente qui trouble le sens de la phrase.
2. Les pays de deçà, dit le Dictionnaire de Trévoux, ce sont les pays voisins.
SMqoe caché qu'il fast. Or, j*enten (comme j'ay dlet) U payement qui se fait realement et de faict : et pouruit, ne rôe doibt-'On objecter ces autres façons de ayer; comme, Payer en papier, Payer de parolles, «yer de mines ou en mines, Payer en gambades*. ar toutes ces espèces ne sont point de mise entre les tarchans pour le jourdhuy , lesquels ont bien estudié iste leçon de Plante ,
Semper oculatœ nostrœ sunt manus , credunt quod Tident ^ :
est-à-dire. Nos mains ont toujours des yeux ; elles oyent ce qu'elles voyent.
Addition à V observation deuxième de ce chapitre.
Je retourne au propos que j'ay tenu du mot latin isperatus, lequel par le voisinage qu'il ha avec nostre ot désespéré, déçoit aîseement plusieurs de nous. Car n'auray point honte de confesser ceci , que la semance qu'ont quelques mots latins avec les nostres, est tuse que nous parlons souvent latin françois, au lieu i pur et vray latin ^ ; je di, quand, sans y bien penser, )us usons des mots de ce langage voisins aux nostres , )ire mesme desquels les nostres sont descendus ; »mme si de la s'ensuivoit qu'ils signifiassent la mesme lose. Et au contraire (car je confesseray tout d'un
1. C'était là ce qu'on appelait, et a?ec beaucoup de vérité , onnaie de singe : nos anciens règlements de police prescrivant le toutes les fois qu^un bateleur passait avec ses singes sur un ant où un péage était dû , il leur Ht faire, en guise de payement, iieiques tours devant le receveur.