DE LA CONJONCTION FRANÇOISE
En quoy spécialement elle est conforme à la conjoncti
grecque.
Obs. 1. Premièrement, quant à la convenance qrf» ensemble le ^Tt grec et le que françois, pource < les exemples sont assez aisez à trouver , je ne di autre chose , sinon que ceux qui ont esté les prem auteurs de nostre langue^ ont esté bien advisez de ( cher une particule qui respondist en tout et par tout
jf à peu près » à ce ix% des Grecs: je di, mieulx adv
(pour le moins) que les Latins , qui pour s'en estre t( passer, ont privé leur langage de grandes commodl Ce qu*on ne peult mieulx appercevoîr que quam vient à traduire de grec en latin, et principalen livres de dialectique. De quoy je parle comme ex] mente : car traduisant les livres de Sextus Philosopl qui s'appellent Pyrrhoniœ hypotyposes^, quand je à Tendroict où il combat les préceptes de dialectlq et amené plusieurs exemples de syllogismes, de
; J que quod ne rendist mon langage barbare , j'estois <
;î trainct, au lieu d'aller tout droict , de prendre un gi
tour, et passer par plusieurs infinitif, dedans les(
'I encores à la fin je me trouvois enveloppé. Or quai
parle ici de quod, je n'enten pas de celuy qui sig quia (car chascun sçait qu'il est fort bien latin ) ,
1 . Cette traduction de Henri Estienne et les notes dont accompagnée ont encore été réimprimées très-récemment : sick , 1842 , in-8".
e ce quod duquel la plus grand part du latin d*Àllelagne est farci , comme Ego scio quod dominatio tua os amat. Auquel endroict on a raison de rejecter ceste articule, puisqu'on peult parier par Finfinitif amare i amari, plus briefvement et avec meilleure grâce , sans offenser Foreille des muses latines; mais je ne ay si elles-mesmes feroyent conscience d'en user pour chaper de tels passages que Je vien de dire.
Obs. 2. La conjonction françoise et s'accorde tresen avec la grecque xai , en une signification extraornaire , telle que parcidevant nous avons observée X adverbes sT-ca et iTretTa, quand nous disions qu'ils iportoyent une déclaration de despit ou indignation, fàalt donc scavoir que comme quelquesfois nous ons de et simplement au lieu de et puis, ainsi usent Grecs de xat au lieu de eTtoc. Exemples : Et vous me siez tant le beau beau S traistre que vous estes ; ou , »us voyez maintenant , et on ne me vouloit pas croire and, etc. Lucian, en son dialogue intitulé Jupiter igœdus, Kal izw tout', S 'EpfAYJ , 8(xatov ; Or, que les latins ayent donné pareillement à leur et ite signification, il appert non-seulement par ce pas- ^e de Virgile qui est assez commun^,
— Et quisquam numen Junonis adoret Praeterea , aut supplex aris imponat honorem ?
lis aussi par ces passages d'Ovide, au II« livre de medio amoris.
Et quisquam prœcepta potest mea dura vocare?
. Locution familière , pour : vous vous montriez si complait, si déToué à mon égard. «Faire hecM beau à quelqu'un, rant Texplication du Dictionnaire de Trévoux, c'est fain; iblant de l'aimer. »
. Au commencement du V livre de V Enéide.
{ 152 ) Aa 1II<^ livre des Amours,
Et quisquam pia tliura focis imponere ctirat ?
Au IX<^ livre de la Métamorphose y
— Et sont qui credere possnnt Essedeos?
Mais sans aller jasques aux poètes, Ciceron mesmes en a usé ainsi en quelques lieux*.
Obs. 3. Gomme nostre conjonction copulative et convient en ceste signification estraordinaire avec le xa( des Grecs, aussi nostre disjonctive, asçavoir ou, convient avec la leur, qui est ^. Car de mesme sorte que quand nous parlons ainsi, Aidez-moy, ou je laîsseray tout; item, Taisez-vous, ou je vous donneray un soufl9et, ceste particule se prend pour nostre autrement, qoi respond au latin alioqui : ainsi use Lucillius de ^ en la conclusion d'un sien epigramme'» qui est telle ,
'AXXa "key^i Mev£xX^< , SKka to yotptôtov.
Lequel auteur toutesfois je n'allègue point comme si cest usage luy estoit plus peculier qu'à un autre; mais pource que ma mémoire n'avoit point faict provision d'autre exemple.
Obs. 4. J'ay aussi pris garde que nostre conjonction mais ne respond point à àXXa (qui est du nombre de celles qu'on appelle adversatives) en l'usage commun
1. Particulièrement pro Lege Manilia, c. 14; pro MUone, c. 33; etc.
2. Les épigrammesde ce poète grec, quMl ne faut pas confondre avec le célèbre satirique latin Lucllius, sont imprimées dans VAnor lecta cité de Brunclc, t. II, p. 317-343. Yoy. notamment, pour celle qui est ici rapportée, la p. 335.
iilement ; mais particulièrement aussi en certaines fans de parler : comme quand ils disent , v^ IC âXXdé , de ssme sorte que nous usons de Voire, mais; ou , Ouy sn, mais; ou y Vous dites bien , mais. Car tout ainsi le quand nous disons Ouy bien , mais, etc. , c'est auit que si nous disions , Je confesse ce que vous dites , , Je vous accorde ce que vous dites , mais , etc. ; aussi -il certain que quand le grec dit v^ À(' àWa , s'entend elque chose telle soubs v^ Àia : ce que ne considèrent s ceux qui lisent v^ IC àXki sans distinction. Et ce qui a faict prendre garde à ceci , a esté ceste façon-Ia de rler que nous avons en nostre langage. Or , quant à \ mots v^ Aia, de combien près le françois les a suivis, le declareray en son lieu , c'est-à-dire où je traicteray 3 etymologies.
En quelques endroicts aussi àWi et nostre mais ont mesme usage que nous voyons avoir sed en ce pasçe de Virgile, au livre IX de V Enéide,
Sed periisse semel satis est : peccare fuisset Ante satis, penitus modo non genus omne perosos Fœmiiieum.
r ici sed tout seul emporte autant que sed dixerit quis; et ainsi diroit-on en françois, en prévenant e objection, Mais c'est bien assez que, etc.; au lieu dire. Mais vous me direz que c'est assez que , etc. ; , Mais quelqu'un dira; ou, Mais quelqu'un pourra e.
Obs. 5. Quant à la conjonction si, je me suis apperceu elquesfois que comme nous en usons en ceste façon parler , laquelle nous laissons imparfaicte , Si je t'emigne , Si tu me fasches , Si je vay à toy, et en plusieurs très semblables ; ainsi usent les Grecs de leur si Mais )Iaîra au lecteur me faire crédit de l'exemple pour elque temps.
Obs. 6. Au commencement de ce chapitre , cd pai lant éeSxt, ceste observation est eschapee de ma mi moire, asçavoir qu'en la mesme façon qu'Bomere usé de ceste coigonction en ce passage, qui est ym commencement du !¥« livre de de Y Iliade,
AaifjLOviY) , Tt vu (Ts lIpia{jLoç lIpia{jLOto xe tzaiBi^ Toffoa X9xk ^el^ouaiv, Sx* àcTze^^M K-^veaivetç;...
nous usons ainsi de nostre que, quand nous dison Que vous a-on faict , que vous estes si fort conrrouo ou, Qu'avez- vous, que vous estes si escliauffé?
TRAICTE
DE LA CONFORMITÉ