On tronvera ce tour dans Racine, Briiann. , III
Tant d^horrenn n'aTaient point épuisé son ooninox , Madame ; U me restait d*étre oublié de tous.
2. Budé : c'est une allusion à Popinion qu'il a exprimée» ]). 841 de ses Commentaires de la langue grecque {i^*éàïl), et contre laquelle H. Estienne nous semble avoir effectivemeit raison. On remarquera toutefois que le dernier sens donné parBodé n^est que fort peu éloigné de celui que met en avant H. £stieBDe.
-cotbuTov oîov. Laquelle subaudition (j'use du mot des grammairiens) est si aecoustumee, que quiconque la trouvera estrange, monstrera qu'il est bi^i nouveau apprenti. Mais pour venir^ aux exemples , Demosthene , en l'oraison contre Midias, âv^Yvcodi S' aô-rov ^oiXaêcbv Tov TYJç Cêpecac y6[L0V * ouSlv ydep oIov âxouetv a&rou tou
v<^{iLou. Ici, suivant l'opinion de ce bon personnage, où8èv oTov signifie Rien n'empesche : et moy je pense que c'esl^à-dire , Il n'est rien tel que, etc. £t s'il est besoin d'exemple pour nous remettre en mémoire l'usage de ceste locution françoise, souvienne-nous que souvent nous parlons ainsi. On a beau y envoyer des serviteurs, il n'est rien tel que d'y aller soy-mesme ; ou (comme disoit un jour un certain personnage * ) , On a beau dire qu'il fault sçavoir du latin pour parvenir, il n'est rien tel que de sçavoir du passelatin ^. Ainsi est-il de l'exemple de Demosthene que je vien d'alléguer. Car ayant commencé à déclarer l'intention de la loy , se tourne vers le greffier, et luy dit , Mais lisez-moy la loy , car il n'est rien tel que de l'ouir: comme s'il disoit, Quelque explication que je vous sçache donner de la loy , encores n'est-il rien tel que d'ouir ses propres paroUes ; ou (comme aucuns parlent) , ses parolles formelles. Or, si cette in-
1. La première édition porte ici, au lieu de ces trois derniers mots : un vénérable evesqiie.
2. En d'autres termes, c'est de savoir quelque chose de mieux que du latin (un passe-Cicéron , voit-on dans le Dictionnaire de Trévoux , signifie un orateur plus éloquent que Cicéron ; La Fontaine a usé de ce mot, Fabl., VI, 19) : on dirait aujourd'liui , dans le même sens, il n^y a rien de tel que d'ajouter au savoir, le savoir-faire, ou, si Pon aime mieux, défaire valoir son mérite par cette science de V entregent que recommande Montaigne. Déjà l'intrigue, à cette époque, valait mieux sans doute, pour parvenir, que l'instruction.
terpretation de oMiv oTov convient fort bien à ce panap l|| de Demosihene, aussi fait-elle à cestay-cid'AristopbaneS jiXX' o&$iv oT^ lot* àxovetv twv Iicmv : et ne convient pas moins aussi à cestuy-ci de Platon » à l'entrée du Gorgias, ou^v oTov ti auT^ IpdUT^v , Si Sc&xpatec. Car c'est autant que s'il disoit, U n'est rien tel que de l'interroger Inyroesme» sans en parler d'avantage. Que s'il se trouve quelque passage auquel ceste signification de ouSlv olov semble estre aucunement diverse, il ne s'ensuit pas que ceste-^ ne soit la vraye et naturelle.
Ayant parlé de oùSiv oS^y, il ne viendra pas mal à propos de tndcter d'une façon de parler par xotourov, qui est fort familière à Thucydide ; sçavoir est ^v U ti m toiqStov : laquelle je trouve dedans Lucian aussi, vers la fin du dialogue intitulé Zelic IXeYx<>iA&vo(; , où il dit, *E^ ^, cl luh Tt xai TOiouTOv lortv , eiaofjiat th aacpèç litet^Y àtco6avtii« Je di donc que ?!v $é ti xai toioutov respond mot pour mot à ce que nous disons, Il estoit quelque chose de tel. U est vray que nous en usons autant oo plus souvent avec la négation , disans, Il n'estoit rien de tel, ou, Il n'est rien de tel: comme. On m'avoit fait entendre que, etc., mais j'ai cogneo par expérience qu'il n'estoit rien de tel ; c'est-à-dire , Que de ce qu'on disoit, il n'en estoit rien : car il fault entendre , Rien de tel qu'on disoit, ou, qu'on a dict. Au contraire si je parle ainsi , Le bruit a esté qu'il avoit assemblé grands deniers en intention de faire guerre; et à dire la vérité, il estoit quelque chose de tel : c'est autant que si je disois. Gela estoit vray en partie , Gela n'estoit pas du tout fauli.
1. Dans les Oiseaux, v. 967 (édit. Didot). On y lit; olov iax' àxoOaai... Cf. sur cette locution le Trésor grec^ nouv. édit. , t. V, col. 1829.
e qu'on dit autrement, Il en estoit quelque chose, ou ,
y avoit quelque chose de tel. Ainsi use souvent Thu* ^dide de ^v Se Tt xal toioutov : à quoy il semble que ses iterpretes n'ayent bien pris garde.
Tout d'un train j'advertiray de ceste manière de ourler ou '/étpov, qui se joind aussi à un infinitif, et se rend ainsi qu'en françois , Il n'y a point de mal : comme, [àis il n'y a point de mal de parler à luy, au lieu de îre , Ce sera bien faict de parler à luy; ou par inter- >gation. Quel mal y aura-il de parler à luy? Mais il mit noter qu'en la locution grecque, xe^pov se met pour zxov, comme aussi nous mettons pire pour mauvais, uand nous disons en parlant par ironie, Yrayement oila qui n'est pas pire.
Ce mot ici pire, duquel j'ay dict que nous usions queluesfois par ironie, me ramentoit ceste façon de parler recque <a yotOe, et S péXTicrie. Car nous disons ainsi auanesfois par ironie , l'homme de bien ! l'honneste omme I Et comme Lucian dit ^ PêXt^oty) 7cev(a, et ^ peX- [crcTi TzoBd^poL^, et autres tels, ainsi disons-nous souvent, a bonne dame. Il me semble aussi que , quand nous isons , Vous estes un merveilleux homme , ce merveilma: convient fort bien' à ce que les Grecs disent ordiairemeîit, b> 5au[jLa(rts ; et principalement quand il se rend en la façon que Xenophôn a pris en un passage e son Anabase *, 5 S-aufiiacrroTaToi.
Je trouve que nostre langage ha conformité avec le ree en plusieurs autres idiotismes, comme quand nous djoustons sans qu'il soit besoin, Afin que vous le sça-
1. Voy. limon , c. 36; et le traité cf es Gens de lettres qui se Ment aux gages des grands^ c. 39.
2. C'est dans le V chapitre du Vir livre : cf. ibid.y Ilf, l.
{ tu)
chiez , Afin que vous ne vous abusiez. Theocrite , en son xv« idyllie , f
IIa(rdf{jievoc èititcutsat' Supaxo^iatç eTcttdctf 9£tç ;
*ilc elS?iç xa\ TOUTO, Kop{v9tat slfxiç ^vcoOev^ IÛç xal, etc.
Et ce que nous disons ordinairement, Sçacliez que , etc., Je vous advise que , c'est le eZ icrOi des Grecs.
Quant à ceste autre façon de parler , Afin que vous ne vous abusiez, nous l'exprimons aussi par Timperatif, non tant par forme de commandement toutesfois comme d'advertissement , quand nous disons, Ne vous abusez pas, ou , Ne vous y abusez pas. Laquelle façon de parler se trouve en saint Paul mot pour mot, et ayant un mesme usage, ou je suis grandement deceu : premièrement au vi« chapitre de la I^^ epistre aux Corinthiens y M^ TcXavSaôs, outs iropvoi, etc. Et puis au chapitre vi de l'epistre aux Galates, [kii icXav3(i65, Bso( où (xuxTifiptCsxac. Et afin qu'on ne pense que saint Paul ait usé de ceste locution sans exemple (suivant ce que J'ay dict cidessus, qu'aucuns à tort et sans cause trouvent estrange le langage du Nouveau Testament en plusieurs endroicts), j'allegueray un passage qui nous servira d'un tesmoignage authentique. Ce passage est de Philemon, comicque ancien, contenant une fort belle doctrine , pour estre sortie de la bouche d'un homme payen * :
E? yàp ô Sixaeoç xal dtrsê^c ^ou9iv Sv , "ApicaÇ' dTteXôwv, xX^tît', éicocrrepei , xuxa. Mviôèv icXavTjOîjç • hxi x^v 5Sou xpCtJtç , TivTïsp TcoiT^ffÊi 0eoç 6 TcàvTwv SeŒTToryjç , 06 Touvofxa (po^Epov , ouS' àv 6vo(Ji.affai{x' lyco.
1 . Ce passage , cité au nombre de ceux qni nous restent de Philemon, n'est pas toutefois considéré comme authentique ; voy., à
£n lisant aussi ce passage d'Âristopliane, en ses Gre*
milles, £î {a^ xataôi^^sic Suo Spa^{&jcç , \k^ StaXeYOu , il e souvient de ceste façon de parler que nous avons , vous ne m*en voulez payer autant , ne m*en parlez as. Pareillement en lisant cestuy-ci de Theocrite^ :
M-^ jjLvàffT[iç, TopYOÏ' icXsov dç>y\jpitù xaôapS javSv, *H Suo,. . me souvient de la locution de laquelle on use quand L parle de quelque chose qui ne va pas ainsi qu'on luidroit : comme, Ne m*en parlez point, vous avez Lct un fol achept^; ou, Ne m'en parlez point, j'en ' trop payé ; ou , Ne m'en parlez point , c'est un auvais homme. Il est vray qu'au contraire aussi, lelquesfois, on use de ceste locution en parlant d'une Lose de laquelle on reçoit contentement.
Au mesme idyllie de Theocrite, duquel je viend'a^ ener un passage, je trouve plusieurs autres idiotismes irrespondans aux nostres : et premièrement ceste fin du srs qui précède celuy que j'ay allégué, itocmù xaréêa toi fl<rztù; s'accorde fort bien avec ce que nous disons,
combien vous revient ceste toile ?
Item, un peu après, Sdfxpu' Sct^a 5Aeu, Crie tant que i voudras , Crie tout ton saoul.
Item , ^puyfa , T^v (Aixxov iralçSs Xaêoîaa , et en la page recedente , tm (aixxô) luape^vToç , en omettant iralôa et xt8o; : ainsi que nous disons. Le petit, omettant le ibstantif enfant.
Item, Si 5£o\ , 6g(soç i-/\o<; * Mon Dieu, que de gens 1 ou ,
mon Dieu , que de gens ! Et comme aussi les Grecs
suite de TÂristophane de Didot, les Fragments de Ménwadre de Pliilémon, p. 132.
1. Ce vers est dans la XV* idylle, précédemmeBt indiquée, qui Ta fournir encore plusieurs citations à H. Estienne.