DES MOTS FRANÇOIS
Les uns pris du grec entièrement, les autres en parties c'est-à-dire en ayans retenu quelques lettres par lesquelles onpeult remarquer leur etymologie.
ADVERTISSEMENT
En ce recueil , afin que ies mots françois qui n'ont pas seulement retenu les lettres des mots grecs , mais aussi du tout la signification , peussent estre aiseement discernez d'avec ceux qui s'en sont un peu esloignez, es uns (asçavoir en ces seconds) j'ay usé de la particule de : es premiers , non. Exemple : entamer, Ivtajjisîv, et non pas de IvTafAEîv. Couper , xottsîv , et non de xoiceîv. Tumbe , 'lùiL^, et non pas de TufA^oç; car tumbe ne vient pas seulement de tu{a6oc, et en retient les lettres (en changeant , comme il est ordinaire , u en i;*), mais signifie la mesme chose. Ainsi est-il de trépan , Tpuiravov , et d'un grand nombre d'autres nommez cidessus. Au contraire, je n'ay pas mis , tuer , 5ueiv, mais de dueiv , pource que 5ueiv ne signifie pas généralement tuer , mais sacrifier. Ainsi haie , halé , non pas âXioç , mais de ^loç. Monopole, non pas (xovoTrodXtov, mais de {iovottcoXiov ^.
1 . On écrivait alors indifféremment , comme on le voit par Nicot, tombe ou tumbe : on sait, en outre, qu'à cette époque la lettre u se confondait le plus souvent , dans l'écriture comme dans l'Impression , avec la lettre v.
2. Ce mot , pris dans le sens qui lui est exclusivement affecté aujourd'hui, vient évidemment du grec; et, à considérer cette
Au demeurant , afin de contenter ceux qui eussent peu objecter touchant une grande partie de ces mots, que nous ne les avons pas reeeus immédiatement des Grecs , mais les avons eus d'eux comme par mains tierces» asçavoir des Latins, j'ay mis les parolles latiaes telles qu'elles sont (prises pour la plus part du langage latin barbare ou de cuisine] avant les mots grecs ^ pour couper chemin à telle dispute. En laquelle toutesfois s'il falloit entrer , je demanderois volontiers à ceux qui feroyent telle difficulté, puisque ainsi est que nous avons plusieurs mots, lesquels il est force qu'on confesse avoir esté par nous puisez de la fontaine du langage grec , et non des ruisseaux qui en sont découlez au latin (veu que du tout ils ne s'y trouvent point) , pourquoy doqs n'en estimerons autant des autres, J'enten de cenx mesmes lesquels se trouvent en ce latin tel que j'ay dict, si latin se doibt appeler. Je voudrois toutesfois excepter aucuns mots grecs , lesquels nous n'avons pas retenus en nostre langue sans quelque changement , ains avec tel que nous le voyons avoir au latin.
Afin aussi qu'on ne s'amuse à cercher des etymologies phantastiques de plusieurs mots % Je veux bien advertir
seule acception , le doute de Henri Estienne semblerait peu tuplicable. Mais on se rappellera qu'au %yi* siècle nos discordes civiles lui avaient attribué une signification plus populaire, celle « d^assemblee factieuse qui a pour objet quelque menée » : voy. Nicot , qui traduit en latin ce terme par coiiio.
1. Bonaventure des Periers plaisantait à ce sujet, vers le même temps , dans ses Discours non plus mélanckoliqtœs quf divers : « Qui voudra , dit-il au chapitre XVII , resver après ces etymologies prestera force ris pour ceux qui auront la rate ub pea saine. » Au reste , la hardiesse des conjectures , depuis répoqae de Henri Estienne , qui ne s'en est point tout à fait défendu luimême, n'a pas été moins téméraire et moins critiquée. Bouhours, dans ses Observations sur la langue françoiset P* 277, s^est
quejel^ay omises expresseement^. Toutesfois entre celles mesmes que j'ay ici mises , je confesse bien qu'il y en a qui ne me plaisent gueres : mais j'ay souvent adjousté selon aucuns, ou chose telle.
Il ne m'a pas aussi semblé estre besoin de rendre les raisons des etymologies , ni de m'arrester à Texposition des significations des mots tant françois que grecs; pource que j*ay pensé estre plustost matière de dictionnaire , que d'un traicté tel que cestuy-ci. Toutesfois Tetymologie de ce mot de terme ou termes (en la signification qu'il ha en pourtraicture^), m'a bien semblé, mériter d'estre accompagnée extraordinairement de quelque exposition ; et mesmement d'autant que ceste etymologie est de mou creu.
également moqué de cet esprit d^aventure conjecturale qui a suggéré au chevalier de Cailly une épigramme très-connue :
Jl/ana* Tient i^equus sans doute; Mais il faut avouer aussi Qu'en venant de là jusqu'ici Il a bien changé sur la route.
1 . La 1" édition de la Conformité ajoute ici : a Si toutesfois quelqa^un estoit si curieux que d^en vouloir yeoir quelques-unes , il trouvera assez bon nombre de telles en un livre de nostre maistre Perion : je ne di pas seulement de phantastiques , mais de sottes et ineptes, et si lourdes et asnieres, que n^estoyent les autres tesmoignages que ce povre moine nous a laissez de sa lourderie et asnerie, on pourroit penser cest œuvre estre supposé. » Noos avons cité dans notre préface ce travail de Périon. Contentons-nous de rappeler ici qu'il a eu des appréciateurs plus indulgents et même plus Justes. Ce pauvre moine ( ce nom expliquerait seul la mauvaise humeur de H. Estienne contre lui) a fait preuve d'un zèle digne d*éloge ; et si ses faux pas ont été nombreux , on songera que dans une voie non encore frayée , beaucoup étaient inévitables.
2. Ce mot désignait l'art de sculpter, comme celui de peindre.
* Mot espagnol , qui désigne une cavale sauvage, ou, du moins, de pays étranger.
Abboyer (plustost qu'abbayer) , de al6ot , ou de poô) , que les Latins aussi ont retenu. Les autres, escrivans abbayer, le déduisent de baubari *,
Âbysme, abyssus, à6u<j(Toc.
Acariastre, aucuns le déduisent de xàpY), c^est*à-dire teste':
comme aassi ce qui se dit en qudqueft lieux , Acarer des tomoins^, semble venir de la'.
Acier, de àxiç, selon aucuns.
Mais je trouve plus d'apparence de le déduire du latin ocîes, et ce, pour le mesme esgard, asçavoir pource que vcdontiers les pointes sont acérées.
Acolyte , mot que les chrestiens,
1 . On peut comparer à cette espèce de vocabulaire qui termine Touvrage de H. Estienne, un vocabulaire analogue que présente le IV' livre de l'ouvrage latin de Jean Picard , cité plus haut, de prisca Celtopœdia, in-4'', 1556. L'auteur ne se borne pas d'ailleurs à montrer la similitude d'un grand nombre de mots des deux langues ; il tire cette conclusion du k^pprochement de beancoup de tours analogues : « Nemii^em existimarim adeo Midam, qui non bis, quae adhuc adducta sunt, perspectis , recte intelligat ac judicet eam esse nostrae cum graeca lingua aflinitatem , ut h»c aliquando nobis propria ac familiarissima fuisse videatur (p. 154). Atque id sane, continue-t-il, multo magis judicabit, si praeterea agnoscat nullam esse linguam , cujus phrasis propius ac melios nostra graecse respondeat (p. 155). »
2. Baubari lui-même , employé par Lucrèce, parait venir du grec ^aû2;a>.