Considérations sur V éloquence françoise
2. Yoy. les Soirées de Saint-Pétersbourg , deuxième entretien : «Je pourrais , dit de Maistre, vous montrer, dans l'un de ces volumes manuscrits que tous Toyez sur ma table , plusieurs pages chaînées de mes pieds de mouche , et que j'ai intitulées Parallélismes de la langue grecque et française. Je sais que j'ai été précédé sur ce point par un grand maître) Henri Estienne; mais je n'ai jamais rencontré son liyre, et rien n'est plus amusant que déformer soi-même ces sortes de recueils , à mesure qu'on lit et que les exemples se présentent. » Les conformités qu'il recherche et dont il rapporte plusieurs exemples dans ses notes , ne sont pas d'ailleurs, le plus souvent, celles qui concernent les mots acqnis par voie de communication , mais celles , de préférence , qui résident dans les idées, et qu'établissent des synonymes de sens, landis que la forme est dissemblable. Entre autres réflexions qu'il fait on signalera cette remarque générale : » LorsquMl est question de rendre quelques-unes de ces idées dont l'expression naturelle offenserait de quelque manière la délicatesse , les Français ont souvent rencontré précisément les mêmes tournures employées jadis par les Grecs pour sauver ces naïvetés choquantes : ce qai doit paraître fort extraordinaire, puisqu'à cet égard nous avons agi de nous-mêmes, sans rien demander à nos intermédjaices , les Latins. »
mots d'origine étrangère qui pénétraient alors paml nous. li n*a guère, pour lui, d'indulgence que posr ceux qui sont empruntés au grec : ou plutôt , ce sont iei je seuls qu'il soit empressé d'accueillir. is
Le traité lui-même se compose de trois livres , dont ile premier roule sur cliacune des parties de l'oraison en- . visagées tour à tour; le second renferme les locutions et a les idiotismes communs aux deux langues; le troisième i attribue à beaucoup de nos termes des étymoiogies » grecques. Oa reconnaît assez par ce seul énoncé que s c'est un ouvrage de grammaire et non de haute critique: il ne faut y chercher ni de larges vues d'ensemble, ni = des considérations philosophiques. Cependant il eût été . curieux de ne pas se borner à établir un fait plus ou moins contestable, mais de lui assigner ses causes. On r , peut donc regretter qu'avec un esprit si délié et si pénétrant l'auteur se soit volontairement arrêté à l'étude superficielle des mots et qu'il n'ait pas donné à son œuvre, en descendant au fond des choses, une pwtée p plus sérieuse. Il eût dû, ce semble, pour relever et i agrandir son sujet , se demander comment le courant grec s'était répandu chez nous; et, en interrogeant les relations des deux peuples , examiner quelle empreinte l'influence phocéenne avait laissée sur nos mœurs et sur notre idiome; Jusqu'à quel point ensuite ces vieilles traditions avaient pu être renouvelées au xii« siècle par l'établissement des croisés français à Gonstantinople : mais éclairer la philologie par l'histoire n'était pas un procédé fort en usage à cette époque ^ H. Estienne se
1 . L*iBflaence des livres d'Aristote , retrouvés an xi* siècle , eût pu aussi être rappelée, bien qu'elle n^ait été que très-faible, parce ({tt'elle a été restreinte à ua fort petit nombre de personnes : la plupart des hommes instruits eux-mêmes, alors si rares , n'ajrant